Il se prénomme Vincent; mort ce matin à Nice, dans son église

Minuit approche, et je reviens à la mémoire de Vincent, le sacristain de Notre Dame. Il n'a pas fui. Il a fait face. Il est mort dans l'honneur, aux cotés des paroissiens. Il se prénomme Vincent, il est mort assassiné à Nice, dans son Église. Ne l'oublions pas.

Un mot ce soir pour dire la peine que je ressens.

Ce matin même, avant 9h00, je passais devant la basilique Notre Dame, pour aller travailler.

Ignorant qu'à quelques mètres de moi un drame se jouait.

Ce matin même, un jeune Tunisien "en situation irrégulière" paraît-il, assassinait, décapitait à coups de couteau.

Une femme âgée de 70 ans décapitée, une autre d'une quarantaine d'années poignardée à mort.

Et puis le sacristain. Assassiné au couteau, lui aussi.

 

Le sacristain se prénomme Vincent. Il avait dans les 45 ans.

Je l'ai un peu connu,car il était sacristain d'une paroisse plus petite, où je me trouvais.

Sa nomination à Notre Dame, qui est une Basilique, c'était en quelque sorte une promotion.

Si l'on peut dire quand l'on connait les salaires modestes d'un sacristain.

Et puis voilà. Depuis ce matin, il n'est plus de ce monde. Un type bien, discret, efficace, dévoué, sérieux, devient un absent.

Il est mort assassiné, au service de son Église.

 

J'écris d'habitude des phrases moins courtes, moins sèches.

C'est qu'il est plus simple de parler des gens que l'on ne connait pas que de ceux que l'on a connu, même de loin.

C'est une véritable peine, que j'ai partagée au téléphone avec son ancien curé.

J'ai lu et entendu tant de commentaires depuis ce matin, et j'ai même aidé quelques un, quelques unes, à en émettre. Je n'en garde qu'un, celui d'une amie arrivée sur place qui m'a dit: "je revis 2016". Fin de citation.

 

Dans les rues de Nice, là où je me suis arrêté dans la journée, les commentaires étaient durs. Durs contre l'assassin, ce qui se comprend mais aussi assez caustiques contre nos policiers, ce qui est injuste. Très injuste.

La Police Municipale, celle qui met des PV de stationnement d'habitude, s'est retrouvée d'un coup en première ligne. Ce sont eux les primo-intervenants. Ce sont eux qui ont eu à tirer pour neutraliser l'assassin. Ils n'ont ni hésité, ni failli. Ils ont fait leur travail. Ils ont rempli leur mission. En quelques minutes, ils étaient les premiers sur place. Ils ont fait aussi bien que tout autre primo-intervenant sur une alerte TDM.

D'ailleurs, ce que l'homme de la rue leur "reproche" c'est "juste" de ne pas avoir tué l'assassin; et de le faire soigner, juger, et en quelque sorte entretenir aux frais des contribuables. Ce n'est pas un vrai reproche.

Nos policiers ne sont pas des assassins. Ils ont ouvert le feu pour neutraliser un suspect, pas pour l'assassiner sous couvert d'arrestation. Alors c'est un reproche que l'on ne peut pas leur faire. On ne peut, bien au contraire, que les féliciter. Les féliciter eux en premier, sans oublier leur chef, le commandant Richard GIANOTTI, venu de la Police Nationale, pour avoir mené la Police Municipale à ce niveau d'implication, de réactivité, et en vérité... d'efficacité professionnelle.

Les commentaires politiciens, le pannel TV soigneusement sélectionné où étaient exclus certains et mis en avant d'autres - pas forcément les meilleurs - avec les habituelles paroles martiales jamais suivies de lignes budgétaires, je vous les laisse, je n'en parle pas plus.

Certains des plus doués ont même créé un nouveau mot: "Islamo-fascisme". Sans doute parce que le tueur était passé par l'Italie? Parce que la contribution de Benito MUSSOLINI à l'Islamisme est à ma connaissance particulièrement modérée dans l'histoire. Quant à la contribution de l'Islam au Fascisme elle n'existe pas plus.

Les mêmes - au micro de Radio France ce matin - on demandé que l'on quitte "les lois du temps de paix".

Sérieusement? Cette personne sait-elle de quoi elle parle? J'en doute fortement. Elle parle de "loi martiale" parce que le mot est beau et qu'il sonne bien après cet horrible assassinat. Mais au fond, instaurer l'état de siège ou donner "les pleins pouvoirs" de l'article 16 de notre constitution au Président de la République c'est totalement disproportionné. Même la simple création d'un Secteur Opérationnel Temporaire n'est pas adaptée après cet attentat. D'ailleurs nos plus fervents adeptes d'un changement si radical et si martial sont en réalité opposés au transfert des pouvoirs de l'autorité civile à l'autorité militaire, aux perquisitions militaires jour et nuit, et autres sévères restrictions. Ils en parlent, ils se paient de mots, mais ils ne vont jamais plus loin. Heureusement d'ailleurs.

Alors on a tout de même bien voulu reconnaître que l'Islam dit "radical" s'en prend directement aux Catholiques. Avec trois assassinés dans une Basilique, difficile de le nier. On a fini par devoir dire d'où venait l'assassin: de Tunisie. Il a bien fallu dire par où il était passé: Lampedusa et l'Italie. Et il a bien fallu reconnaître qu'il était "en situation irrégulière". Pas "fiché S" ou "connu des services de Police" pour autant.

En fait, un homme discret, comme peut l'être celui qui est envoyé pour commettre un attentat et qui évite de se faire remarquer avant de passer à l'acte. Mais cela bien entendu il ne faut pas en parler, car ce serait reconnaître le danger de la gestion Européenne des frontières.

Restent maintenant les victimes et leurs familles douloureusement frappées, anéanties par la douleur.

Que la République sache faire autre chose qu'organiser des allumages de bougies comme celles auxquelles j'ai assisté ce soir.

Que la République sache faire autre chose que déployer après coup des CRS par cars entiers dans un centre-ville déjà sécurisé.

Que notre Saint Mère l’Église sache prier Saint Vincent, en mémoire de son serviteur fidèle, ce brave sacristain, qui ne sachant ni le jour ni l'heure tenait toujours les lumières allumées. Jusqu'au jour ou l'ombre du mal est venue jusque dans son Église, et où seul et sans armes, il a fait face à l'assassin.

Et si l'on doit prier en ce moment, n'oublions ni l'archange Saint Michel ni Saint Georges ni surtout Saint Martin, qui savait qu'avec un glaive on peut faire plus et mieux que juste partager un manteau...

Basilique Notre Dame de Nice, vue de nuit, lumières allumées © X Basilique Notre Dame de Nice, vue de nuit, lumières allumées © X

Minuit approche, et je reviens à la mémoire de Vincent, le sacristain de Notre Dame.

Il n'a pas fui. Il a fait face. Il est mort dans l'honneur, aux cotés des paroissiens.

Il se prénomme Vincent, il est mort assassiné à Nice, dans son Église.

Ne l'oublions pas.

 

Didier CODANI

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