Primaire light ou électrochoc ?

S'il est une certitude concernant la primaire socialiste dont la campagne officielle devrait s'ouvrir après le 13 juillet, c'est précisément que tout y demeure indécis. DSK pourra-t-il revenir ? Après les favoris des sondages DSK puis François Hollande, y en aura-t-il un autre ? La « Joly surprise » de la primaire des Verts peut-elle annoncer une surprise identique pour le PS ? Ségolène Royal pourra-t-elle gagner ? Dans ce contexte éminemment problématique, où le pire comme le meilleur peut advenir, essayons cependant de prendre un peu de recul par rapport aux aléas !

S'il est une certitude concernant la primaire socialiste dont la campagne officielle devrait s'ouvrir après le 13 juillet, c'est précisément que tout y demeure indécis. DSK pourra-t-il revenir ? Après les favoris des sondages DSK puis François Hollande, y en aura-t-il un autre ? La « Joly surprise » de la primaire des Verts peut-elle annoncer une surprise identique pour le PS ? Ségolène Royal pourra-t-elle gagner ? Dans ce contexte éminemment problématique, où le pire comme le meilleur peut advenir, essayons cependant de prendre un peu de recul par rapport aux aléas !

Généalogie d'un dessaisissement

Pour le PS, la primaire de 2011 est à coup sûr une première, dont la généalogie est quelque peu discrète, en ce sens qu'elle ne révèle pas de solides habitudes ancrées dans les pratiques de ce parti.

Jusqu'en 1981, la désignation du candidat socialiste, y compris pour François Mitterrand, se fit en vase clos. Il faut partir de 1995 pour repérer la naissance d'une procédure apparentée à une primaire. En l'occurrence, Henri Emmanuelli et Lionel Jospin s'affrontèrent dans une primaire strictement interne et étroitement militante. En 2006, le trio Laurent Fabius - DSK - Ségolène Royal connut la même aventure d'une primaire limitée aux adhérents socialistes, mais cette nouvelle primaire interne alla élargissant le nombre des votants, ce qui fit grincer quelques dents des éléphants hostiles. On sait le sort calamiteux qui fut alors réservé par ceux-ci à la candidate Ségolène Royal, qui ne sortit en rien légitimée du processus. D'où la nécessité vitale pour le PS de se purger en ouvrant les portes sur l'extérieur.

La primaire de 2011 cherche donc à tirer les leçons de l'échec de 2006 en optant pour une primaire résolument externe, ouverte et populaire. L'élargissement démocratique y est donc patent. Mais du même coup, c'est avouer l'incapacité des socialistes à désigner eux-mêmes leur leader, en acceptant dans le résultat du vote populaire que leur candidat n'ait pas été forcément leur leader. En ce sens, l'évolution de la primaire socialiste depuis 1995 signifie tout à la fois élargissement, crise du leadership et dessaisissement.

L'appareil socialiste déléguant d'abord ses prérogatives au « peuple de gauche », le dessaisissement est en fait plus profond qu'il n'y paraît. Car la quasi-totalité des dirigeants socialistes s'est inféodée, pieds et poings liés, aux fabricants d'opinion qui imposent le « favori des sondages ». De 2007 à 2011, une évolution considérable a eu cours sur ce terrain. En imposant DSK comme leader apparemment incontesté de l'opinion, le système Médias - Sondeurs - Politologues a d'abord ligoté le PS. Puis, l'affaire DSK éclatant, les dimensions politiques publiques et personnelles privées se contredisant, ledit système a placé le PS dans un imbroglio.

On a pu voir que les partisans de DSK, soutiens de leur leader favorisé par les sondages puis détruit par son affaire, ont souhaité au début du calendrier supprimer la primaire, puis l'ont admise à demi-mot, et ils cherchent à présent à la retarder pour permettre à DSK de revenir éventuellement dans la course. Bref, quand les sondeurs affirment d'emblée et continûment le succès d'un candidat d'un parti alors que le parti politique de ce candidat lance une primaire, le système Médias - Sondeurs - Politologues musèle le parti en question et tue jour après jour la primaire. C'est comme si un destin tonitruant (celui de la vérité des sondages) était combattu par le hasard (celui des aléas des candidatures et incidents personnels). Et si donc une affaire privée vient s'insinuer dans le processus de la primaire, elle l'embourbe davantage.

Une épreuve démocratique

Si la primaire de 2011 était le remake du Congrès de Reims, on revivrait alors une bataille de congrès. Mais les socialistes savent qu'ils sont contraints d'éviter la division et que le mieux serait une forte mobilisation des sympathisants de gauche. Ségolène Royal n'a cessé de le rappeler.

La droite a bien compris cette réalité et elle n'entonne plus guère le refrain du penchant des socialistes pour la zizanie. Mais elle attaque sur un autre terrain, celui de la peur, en criant au « flicage » et au « fichage » des citoyens. Or, la procédure de la primaire socialiste a été agréée par le Conseil constitutionnel, la CNIL, la Commission nationale des comptes de campagne et de financement des partis politiques, le Ministère de l'Intérieur, malgré certains hoquets de la part de ce dernier. Légale, la primaire socialiste se veut donc un haut moment de vie démocratique et même un modèle pour les autres formations politiques.

Nous devrions donc avoir, non pas la primaire de confirmation voulue par les sondeurs et leurs complices, mais une primaire de sélection dont la règle d'or est la mise en concurrence. Mais pour l'instant, la mise en œuvre de cette concurrence n'est guère sortie des sentiers battus de la ritualisation. Les déclarations de candidature se sont certes étalées dans le temps : 30 novembre 2010 pour Ségolène Royal, 31 mars 2011 pour François Hollande, 28 juin 2011 pour Martine Aubry. Mais, au-delà de cet étalement dans le temps avec prédilection pour les fins de mois, les choix de postures des « grands candidats » obéissent aux rituels. Le rôle de présidentiable s'y est construit à partir d'un point d'ancrage et d'une image-mère. Cela fut la Corrèze pour François Hollande, le Marais poitevin pour Ségolène Royal, le Nord pour Martine Aubry. L'habit du « Président normal » pour le premier ; celui de la candidate du peuple (« la force citoyenne ») expérimentée, lucide sur ses erreurs, capable de changer tout en assumant ses fondamentaux, pour la deuxième ; celui de la rassembleuse légitime et expérimentée, pour la troisième.

L'étape suivante sera celle des parcours de campagne et des projets, tous inféodés par obligation à celui des militants socialistes. Or, il est certain que le référent obligatoire que constitue le projet collectif ne procurera pas une vision, car il n'est qu'une « boîte à outils » attendant d'être mis en perspective. La meilleure proposition sera donc celle qui, non seulement présentera aux citoyens un ordonnancement des priorités, mais éclairera la route à suivre.

Cette route est d'abord celle de l'indispensable conversion écologique de l'économie, de la réorganisation de cette économie en économie plurielle au sein de laquelle l'économie sociale et solidaire aura une bien plus grande place. Elle est aussi celle d'une puissante lutte contre les inégalités sociales, pour la défense des biens humains fondamentaux comme le travail, le logement, l'éducation et la formation, la santé. Si la primaire fait bien apparaître au premier rang la nécessité de cette vision de l'avenir pour changer la vie en profondeur, et du nécessaire retour de la puissance publique pour garantir ces droits, alors Ségolène Royal y aura une place éminente. On sait à présent comment la région Poitou-Charentes qu'elle préside a été convertie en 7 ans à « l'économie verte » et comment elle a remis le développement humain en première ligne. Cela dépasse de loin le stade des réformes, si originales soient-elles, que les médias ont tendance à préférer.

La logique du suffrage universel

Les rebondissements mondialisés actuels de l'affaire DSK nous mettent devant la présence conflictuelle de deux scénarios : celui du retour possible de DSK dans la compétition française, éventuellement en soutien de poids de celui ou celle que les sympathisants de gauche auront élu ; et celui d'une primaire par défaut, marquée par l'ombre de DSK. Ces deux possibilités vont cohabiter un temps dans l'esprit des électeurs de gauche. La première est portée par cette logique de confirmation des sondages, qui est aussi la logique du dessaisissement pour longtemps ; la seconde est porté par la logique de la frustration, celle des partisans de DSK mais aussi celle des électeurs qui regretteront qu'au total, la question du projet pour la France ait été trop longtemps éclipsée par une question privée relevant de la justice américaine.

Dans les circonstances actuelles, Martine Aubry et François Hollande se tiennent dans une logique de congrès qui privilégie les soutiens et autres ralliements. Ce n'est pas le cas, pour des motifs différents, de Ségolène Royal, Arnaud Montebourg et Manuel Valls.

Depuis le début, Ségolène Royal a opté pour la logique du suffrage universel qui dépasse les confrontations internes et ne parle que de projet et de vision d'avenir. C'est ce qui lui permet d'agir en ancienne candidate à la présidentielle gardienne de l'éthique et de la nécessité de l'union. Ségolène Royal est donc plus dans une présidentielle que dans une primaire, même si elle ne néglige en rien cette dernière.

A la vérité, la rénovation interne du PS promise au lendemain du calamiteux Congrès de Reims n'a guère été entreprise et la primaire en cours ne saurait le dissimuler. Les structures de l'appareil restent pyramidales, les courants sévissent toujours, les jeux de pouvoirs fleurissent sans cesse, les glissements et reclassements sont légion. Les deux favoris actuels des sondages, hors DSK, ne sont guère favorables à l'organisation de débats entre candidats. On ne peut donc voir en la primaire qu'un zeste de renouveau qui en appelle aux sympathisants pour faire oublier les difficultés internes persistantes.

Au total, la primaire socialiste n'est pas vraiment le couronnement d'un travail interne de refondation, mais elle est une réelle opportunité pour l'engager à l'avenir si elle fonctionne en électrochoc et impose la candidature qui saura engager la France et le PS dans une nouvelle voie. Les sondages peuvent tout à fait se tromper, une fois de plus. Avec Ségolène Royal, nous aurions une femme d'Etat, une vision de l'avenir crédible, déjà ancrée en région et applicable à l'ensemble du pays, une autorité internationale respectée et un socialisme du XXIème siècle.

 

Noël Nel

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