On ne peut étouffer Ségolène Royal

Nous voici entrés dans la période de léthargie de la vie politique française ! La première quinzaine d'août est en effet celle du calme apparent, qui pourrait bien cette année précéder la tempête de septembre. Profitons-en pour faire le bilan de ce que nous avons vécu depuis plusieurs mois et pour risquer d'esquisser ce qui pourrait advenir dans la Primaire socialiste des 9 et 16 octobre prochains.

Nous voici entrés dans la période de léthargie de la vie politique française ! La première quinzaine d'août est en effet celle du calme apparent, qui pourrait bien cette année précéder la tempête de septembre. Profitons-en pour faire le bilan de ce que nous avons vécu depuis plusieurs mois et pour risquer d'esquisser ce qui pourrait advenir dans la Primaire socialiste des 9 et 16 octobre prochains.

L'empire de l'Etouffoir

Sans nul doute, cette « démocratie d'opinion » que tente de faire vivre le système Médias - Sondeurs - Commentateurs politiques a fonctionné comme le plus puissant étouffoir qui soit. Les sondages règnent sur nos esprits. On ne peut plus parler politique sans s'abriter derrière un sondage.

Beaucoup de « bons esprits » croient à l'objectivité des statistiques qui nous délivreraient la « vérité des sondages ». Ils croient à la mathématique, aux chiffres, à l'évidence des résultats. En ce sens, Sarkozy a gagné, lui qui n'a cessé de l'imposer partout, dans l'économie, la police, la justice, la santé, l'éducation. Le chiffre deviendrait ainsi incontestable quelles que soient les situations, et il n'y aurait de salut que dans la croyance en son objectivité. Et foin des réalités sociales ! Mais alors, pourquoi l'histoire des sondages est-elle jalonnée d'erreurs retentissantes, la dernière en date étant celle qui faisait de Nicolas Hulot le favori haut la main face à Eva Joly ?

Les journalistes croient dur comme fer aux sondages, tout particulièrement au dernier en date, celui qui vient tout juste de sortir. Voyez Alexandre Kara ouvrant la discussion avec son invité Guillaume Garot, dans l'émission « Les 4 Vérités » sur France 2 : « Merci d'être avec nous ce matin ! Comme on l'a dit, vous êtes le porte-parole de Ségolène Royal. Justement hier est paru un nouveau sondage, un sondage Ipsos qui met Ségolène Royal à la troisième place pour cette Primaire socialiste. Comment aujourd'hui Ségolène Royal peut-elle refaire son retard ? ». Et même si Guillaume Garot objecte que les sondages sur la Primaire socialiste doivent être mis sérieusement à distance parce qu'en l'occurrence, on ne connaît pas le corps électoral à partir duquel il faut composer l'échantillon représentatif, le même Alexandre Kara insiste : « Aujourd'hui, Ségolène Royal a quand même un retard, en tout cas en termes médiatiques, sur François Hollande et Martine Aubry ». Intéressante à souligner, cette précision, « en termes médiatiques » !! Tout à coup, la connivence entre sondeurs et journalistes est avouée : Ségolène Royal a du retard vous dit-on, et si vous le contestez pour les sondages, on vous rétorque que les médias le disent aussi. Donc il y aurait bien une vérité, celle du retard de Ségolène Royal et deux instances à l'attester, celle des entreprises de sondages et celle des médias. Comme les seconds ne pratiquent pas le sondage, ils ne peuvent qu'obéir aux premiers.

On savait ce qu'était « la langue de bois » quand les militants bien disciplinés d'un parti tenaient tous le même discours, sempiternellement ânonné ; on sait ce qu'est à présent « le comportement de bois » du système Média-Sondeurs-Commentateurs. Il est aisément déclinable :

  • Adoration du sondage comme vérité suprême du moment, nimbée de mathématique ;
  • Simplification de tout événement politique à un duel entre deux personnalités, sur le modèle du récit héroïque et, corrélativement, silence complet sur les « mal classés » de la liste, qui ne méritent qu'insignifiance ;
  • Mimétisme médiatique dans la pratique du questionnement, en référence immédiate au sondage-roi.
  • En cas d'erreur dans la prévision et de démenti infligé par le réel, récupération de la situation dans un mouvement de rationalisation a posteriori.

La puissance de cet étouffoir est telle que le PS tout entier en est l'esclave. Les entreprises de sondages lui ont imposé successivement DSK puis François Hollande. Les politiques ont trouvé une expression pour dire de façon supportable qu'ils suivent les sondages dans leur classement d'un candidat : ils disent que ce candidat est « en position de l'emporter ». Et les éructeurs du net, soutiens de ces favoris, de faire aussitôt leur travail de déconsidération des victimes collatérales des sondeurs !

On aura reconnu sans difficulté le sort ainsi infligé notamment à Ségolène Royal. Dans ces conditions, il faut un sacré tempérament pour résister à cette étouffante hypermachine à broyer les individus et les talents qu'elle ignore parce qu'elle ne jure que par le superficiel, la cote de popularité, l'opinion « favorable », les oppositions de personnes, les polémiques stériles.

Les atouts de Ségolène Royal

Pour que change un tant soit peu le règne de l'Etouffoir, il faut que dans l'espace public médiatique s'installe une autre règle du jeu. Celle-ci survient quand est mise au second plan la pseudo-vérité des sondages et qu'on lui préfère le régime du débat démocratique. Le temps va vite venir où la scène télévisuelle va faire apparaître les concurrents à la Primaire socialiste, dans la complexité de leurs propositions pour la France. Ce temps viendra fin août et surtout en septembre. Alors les citoyens ne pourront pas ne pas voir et comprendre certaines réalités occultées par les sondages.

A la quasi mort symbolique de Ségolène Royal, étouffée un temps (trop long) par les sondages et les commentateurs serviles, succèdera obligatoirement la réalité de son combat opiniâtre depuis 2007, combat pour un projet politique fort au nom d'une vision d'avant-garde de la société française. Promotion constante de l'individu, dans une société de solidarité et de fraternité ; social-écologie pour dépasser le capitalisme et son massacre de l'environnement ; développement, non pas seulement durable ou soutenable, mais proprement humain, dans le cadre d'un ordre social juste ; «démocratie jusqu'au bout ». Combat national, européen et international, au titre de vice-présidente de l'Internationale socialiste.

On nous parle beaucoup actuellement de la peur du débat chez certains des concurrents de Ségolène Royal. Cela peut se comprendre, car le précédent de la confrontation de 2006 entre DSK, Laurent Fabius et elle est encore dans toutes les mémoires. Non seulement elle fut à la hauteur, mais si quelqu'un échappa au ridicule et à la naïveté en évoquant l'attitude des Iraniens sur le nucléaire, ce fut bien elle ! Ce n'est pas pour rien que ses idées les plus originales de 2007 ont été depuis reprises. Ceux qui la suivent dans les propositions qu'elle distille quand se pose au pays un problème important savent qu'elle a énormément travaillé, qu'elle a une réelle connaissance des dossiers, que sa volonté d'être « la Présidente des solutions » est tout sauf une chimère. Et Poitou-Charentes est la preuve que Ségolène Royal dit ce qu'elle fait et fait ce qu'elle dit.

L'Etouffoir n'a donc en rien paralysé Ségolène Royal. Et, sur la scène télévisuelle, refuser le débat loyal entre concurrents à la Primaire socialiste serait une grave erreur. La « Lettre à tous les résignés et aux indignés qui veulent des solutions » que Ségolène Royal peaufine quand d'autres se reposent sera la parade à l'étouffement éventuel du débat démocratique. On y trouvera sa vision pour la France. On en entendra sûrement parler.

Noël Nel

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.