Pour un socialisme radical

Si l'opposition de gauche, soutenue par des démocrates, républicains et progressistes, emporte la Présidentielle de 2012, il lui faudra affronter quelques questions de première importance dont on ne parle pas assez actuellement, mais qui devront être traitées avec fermeté pour manifester une autre politique. En voici quelques-unes !

Si l'opposition de gauche, soutenue par des démocrates, républicains et progressistes, emporte la Présidentielle de 2012, il lui faudra affronter quelques questions de première importance dont on ne parle pas assez actuellement, mais qui devront être traitées avec fermeté pour manifester une autre politique. En voici quelques-unes !

Le socialisme ne peut couvrir la dictature

La fin de l'année 2010 et le début de l'année 2011ont inscrit sur l'agenda des réalités politiques mondiales deux questions lourdes de conséquences pour l'avenir. Il s'agit d'abord de la question démocratique en Côte d'Ivoire où la cohabitation de deux Présidents rend fragile la possibilité de respect du vote démocratique en Afrique. Et il s'agit ensuite de la révolution populaire en pays arabe, plus précisément en Tunisie et en Egypte, événement majeur qui remet en question le stéréotype de l'impossibilité d'installation de la démocratie en ces pays. Aucune de ces deux réalités historiques n'a encore trouvé son dénouement. Mais le vent de l'espoir s'est levé. Une preuve nous a été administrée.

Pour les socialistes, une évidence s'est du même coup imposée : Gbagbo, Ben Ali et Moubarak , qui sont tous trois des dictateurs, dans l'âme pour le premier, dans les faits pour les deux autres, appartiennent à l'Internationale socialiste !!!

Disons-le tout net : si l'Internationale socialiste ne veut pas être déconsidérée à jamais, elle doit d'urgence faire le ménage en son sein. Elle ne peut admettre et garder des dirigeants autocrates qui gouvernent en hypertrophiant l'armée et les services de sécurité, en recourant à la corruption, en spoliant leur peuple, en confondant les intérêts économiques de leur Etat avec les intérêts privés de la caste des dirigeants.

Et une politique étrangère socialiste ne peut pas reproduire les compromissions de la « realpolitik » en commerçant sans état d'âme avec des dictateurs.

Le changement ne peut se réduire à la réforme

L'union de la gauche qui a gouverné la France à partir de 1981a commencé à le faire avec le slogan « changer la vie ». Mais la politique qui s'est inscrite dans les faits s'est résumée dès 1983 à un aménagement du libéralisme, lequel a permis à « la gauche de la gauche » d'instruire le procès du reniement et à certains socialistes lucides de pratiquer la critique de cette gestion des affaires. A présent, dans la perspective de 2012, certains socialistes parlent à nouveau de régulation du capitalisme, pendant que la droite au pouvoir s'est accaparée le monopole de la réforme.

Il faut dire tout net qu'il serait dangereux de renouer avec l'expérience passée de simple régulation du capitalisme. Les citoyens ont massivement assimilé cette régulation au mot générique de « réforme » et il leur est difficile de différencier sur ce point droite et gauche. Et pour la gauche, il sera toujours difficile de prouver qu'elle est plus et mieux réformiste que la droite.

La révolution prônée par « la gauche de la gauche » n'est plus conforme à présent au modèle marxiste qui la localisait dans le monde du travail et lui prêtait les modalités de la lutte des classes. Elle se veut plus pacifique et avec Mélenchon, elle se dit « révolution citoyenne » qui passe par les urnes. Pacifique, démocratique, le changement profond relève de la radicalité et, chez Edgar Morin, de la « métamorphose ».

Il faut que les progressistes déclinent les facettes de cet « autre monde », ni capitaliste ni marxiste, qu'ils veulent construire et qui dépasse de loin la régulation ou la réforme du capitalisme. De ce point de vue, la gauche doit être clairement altermondialiste, même si les deux socialistes français à la tête du FMI et de l'OMC ne l'ont guère montré.

Par contre, tous les grands discours de Ségolène Royal au sein de l'Internationale socialiste affirment avec une constante rigueur la nécessité de cette voie altermondialiste.

Le développement doit être humain

Le besoin de développement est parfaitement consensuel. On s'accorde à le penser à partir des trois piliers de l'économique, l'écologique et le social. On répète à l'envi qu'il doit être « durable » ou pour d'autres, « soutenable ».

Cette belle unanimité sur le développement ne peut qu'engendrer la confusion et la méfiance. Car ceux qui chaussent leurs lunettes de droite quand ils en parlent mettent au poste de commandement la priorité économique, donc la croissance envisagée de manière traditionnelle où les effets négatifs de la surproduction et de la surconsommation ne sont pas envisagés. Et dans cette optique, la « croissance verte » n'est qu'une inféodation de l'écologie à l'économie. Que d'économistes et d'acteurs politiques libéraux présupposent toujours que la croissance entraîne l'emploi et donc le bien-être dans la société ! Cet économisme simpliste et ce productivisme constant sévissent alors que la réalité a profondément changé, comme le montrent les problèmes écologiques et la paupérisation grandissante des populations.

Il faut le dire très fort : le développement doit reposer sur des priorités environnementales et sociales, il doit être humain. Il en découle que pour être crédibles, les socialistes ne peuvent plus déléguer les questions écologiques à leurs partenaires d'Europe Ecologie les Verts. De ce point de vue, la politique écologique régionale suivie en Poitou-Charentes apporte la preuve irréfutable qu'une « révolution silencieuse » y est en marche, que cela est possible et transposable à différentes échelles.

Dans la campagne présidentielle de 2012, seuls seront crédibles ceux qui pourront s'appuyer sur cette conception du changement où l'écologique et le social sont soutenus par l'économique, avec croissance dans certains secteurs et décroissance dans d'autres, moyennant tous les degrés intermédiaires nécessaires.

Il faut une révolution fiscale

La droite prépare une réformette fiscale, dont on peut prédire qu'elle continuera à focaliser sur les riches, même si elle les ampute de quelques « niches fiscales ». C'est le pari de « l'économie du ruissellement » qui consiste à faire croire que, si l'on ménage bien les riches, par contrecoup tous les citoyens en bénéficieront. L'argent des riches ruissellera toujours un peu sur les pauvres. Mais c'est un leurre ! Dans la réalité, les riches deviennent ainsi encore plus riches, certains continueront à exporter leurs capitaux dans les paradis fiscaux bien connus, peu les rapatrieront, et les pauvres seront encore plus pauvres.

Il ne suffira pas à la gauche de s'attaquer aux seules niches fiscales et au bouclier fiscal qui permettent à certains riches de payer nettement moins d'impôts. La gauche va devoir démontrer que sa révolution fiscale change totalement la situation et crée enfin de la justice.

Il faut rompre le silence du patronat

Le moins que l'on puisse dire est que le patronat, surtout le grand patronat, n'a guère été bousculé par la politique de Sarkozy.

Tous les observateurs répètent que rien n'a été fait par les chefs d'entreprises pour conserver les seniors de 50 à 55 ans au travail jusqu'à l'âge de la retraite, ni pour faire travailler les jeunes beaucoup plus vite, en respectant leur niveau de formation, ni pour humaniser le travail et démocratiser les entreprises. Pire : nous avons assisté à maintes reprises à ce spectacle lamentable de grands patrons augmentant de façon scandaleuse leur salaire et favorisant plus que de raison les actionnaires. Sans oublier le rituel de la sempiternelle diminution des charges ! Sur trente ans, le travail a énormément perdu sur le capital. Et nous avons compris à présent l'objectif caché du Medef, avoué en catimini par l'un de ses vice-présidents : mettre à bas le programme du Conseil national de la Résistance, qui a pourtant produit le fameux modèle social français.

Les socialistes doivent faire revenir Les Jours heureux (titre de ce programme du CNR) ! Il leur faut proposer la mise en chantier d'un autre monde métamorphosant le monde actuel, fonder l'alliance des civilisations sur le refus de la dictature, déployer un changement humain radical, imposer une grande révolution fiscale et développer l'entreprise citoyenne. De cette façon, quelques-uns des droits humains fondamentaux commenceront à avoir force de loi.

 

Noël Nel

http://www.da-nancy.fr/content/pour-un-socialisme-radical

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