Pirogues - le vol

A propos d'une expulsion avortée. Vol Bruxelles-Yaoundé, le 24 juillet 2015. Embarquement normal, aéroport de Bruxelles. A l’arrière de l’appareil, dans les tarifs les plus économiques, les passagers sont presque tous assis. Bagages à main empilés, personnes installées, conversations nouées entre voisins. On vante Douala ou Yaoundé, on parle vacances au pays.

http://nle.hypotheses.org/3073

Je remarque la rubrique « Films Africains »  et, parmi trois titres,   La pirogue de Moussa Touré (2012) - les films ‘africains’ sont presque toujours d’Afrique de l’Ouest, mais ce fait est légèrement étonnant pour une compagnie belge.  J’avais déjà vu cette coproduction franco-sénégalaise décrivant l’errance d’une pirogue et le terrible destin de ses passagers en Méditerranée dans un vol Air France pour la même destination, à la fois émue par le film et troublée par sa programmation dans un vol à destination de l’Afrique. Me souvenant d’une discussion lors d’un colloque sur le rire que ce film avait suscité lors d’une projection à Dakar[1], je me promets de le revoir une fois encore.  Un pré-décollage sans histoire donc, des passagers heureux du départ imminent, des enfants qui s’agitent et des bébés qui pleurent.

C’est sans doute la raison pour laquelle les hurlements étouffés n’ont pas été immédiatement identifiés comme tels, ni par mes voisins immédiats ni par moi-même. Il a fallu qu’ils se répètent, incompréhensibles comme les vagissements terrifiés, amplifiés, d’un nouveau-né pour que je lève avec ma voisine. D’autres étaient déjà debout. Au fond de l’appareil, on ne voyait que des hommes en uniforme, de dos, masquant quelqu’un qui criait. D’abord personne n’a tout à fait compris ce qui se passait. Puis les rangs les plus proches ont décrit au fur et à mesure : quatre ou cinq hommes de la police des frontières,  vêtus de bleu foncé, mains gantées de noir, tentaient t’attacher sur un siège un clandestin qui se débattait, le bâillonnant.(suite par le lien)

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