L'écologie est une fête: célébrons-la!

L'écologie n'est pas seulement un changement de pratiques : la solution réside dans de nouvelles façons d'être et de penser le lien. Alors que des guerriers partent au front pour porter sur la scène du monde spectacle, revendication et d’idées, les sages et nouveaux paysans construisent dans l’arrière-pays, les forteresses qui traduiront le monde de demain.

Marche, pétitions, rébellions, blocus citoyens et faire valoir politiques, l’écologie est dans les têtes et dans les mœurs, elle se déploie au sein d’un spectre d’actes et de pensées qui savent aujourd’hui, occuper jusqu’aux plus lointains des espaces géographiques. Pourtant, la catastrophe continue. Et pour cause, les indicateurs de l’érosion écologique s’intensifient de par le monde, tandis que la perte de la biodiversité n’est que le miroir d’une destruction territoriale d’autant plus ancrée qu’elle a tendance à être invisible aux premiers abords : celle d’une hégémonie culturelle et paysagère qui sacrifie, sur l’autel du progrès, les différentes façons d’être et de penser le monde. La terre devient plate comme un champ de blé, son ordinaire n’est bien souvent que monotonie. Le combat est grand, mais pas insurmontable. Nous l’affirmons, la solution réside dans de nouvelles manières de se positionner au monde. Le débat écologique n’est pas simplement pratique, il est également ontologique, et doit renouveler les valeurs qui constituent le carburant de nos sociétés.

Considérer l’écologie de manière systémique : vers une interdisciplinarité radicale

Le monde est une route, avec ses bords et ses friches, avec son horizon et les terres qui s’étendent au-delà. Le système économique et social est une voiture lancée à pleine vitesse ; un poids a emmuré l’accélérateur, la voiture tranche le paysage sans réellement prendre le temps d’appréhender ce qui l’entoure. A notre échelle humaine, nous sommes tous une représentation de cette même voiture. Le système actuel nous a contraint jusqu’aux plus ordinaires de nos actes. Michel Foucault exprimait déjà il y a plusieurs temps, l’importante place du capitalisme dans nos vies : ce dernier a tellement perforé nos esprits, que nous considérons nos propres personnalités, nos propres qualités et défauts, nos propres corps comme des entreprises. Les positionner en société en choisissant de vivre dans telle ou telle ville, tel ou tel territoire, revient à faire valoir des trajectoires de vie et de carrière comme le ferait une classique structure de développement. Comme la voiture qui fend l’air, nous traversons notre époque, nous traversons souvent la rue, en partant d’un point A à un point B, sans nous rendre compte de l’immensité relationnelle qui nous entoure : un arbre, un oiseau, un son, un nuage, un regard, une main tendue, un sourire…  Le monde incompris, le monde sacrifié et c’est l’intégralité du sel de nos vies qui fond en un creuset de doutes et de regrets.

Pourtant, en renouant avec la diversité des communautés, des individus et des territoires, il est possible de faire autrement. Il est possible de comprendre que les liens qui nous unissent les uns aux autres, humains comme non humains, sont sources d’émancipation, de poésie et de créativité, et que dans la rencontre entre les diversités émerge un monde bien plus durable et bien plus juste que celui qui est actuellement déployé. En assumant la vulnérabilité qui compose chacun de nos êtres, et en renouant avec la diversité des êtres, avec leur sensibilité et leur subjectivité c’est une nouvelle voie qui se déploie. Une nouvelle voie pour comprendre l’autre, une nouvelle voie pour habiter la terre.

La voie de l’écologie relationnelle : une approche systémique du monde

La métaphore de la voiture est également utile pour comprendre qu’une approche systémique est nécessaire pour placer l’écologie au cœur des têtes et des actions. La cause climatique, c’est le pot d’échappement. Mais le pot d’échappement ne traduit pas en lui seul le fonctionnement d’une voiture : elle est constituée également d’un moteur qui conditionne les avancés de la structure (les valeurs, l’éthiques, les récits d’une société), d’un volant permettant de se diriger (les nouvelles formes de gouvernance à faire émerger), de sièges et plus particulièrement par une façon de positionner les sièges (une métaphore des différentes politiques de solidarités que nous pouvons inventer), d’une carrosserie (l’art, le sensible et la poésie), et enfin de fenêtres et de rétroprojecteurs : ils caractérisent, pour nous, respectivement la capacité à créer du lien avec des entités qui ont des métabolismes différents des nôtres (animaux, végétaux, cycles des saisons et du climat) et notre capacité à apprendre du passé et des arbitrages précédents.

L’écologie relationnelle c’est tout cela à la fois : un nouveau récit sociétal, mais aussi de nouvelles façons d’agir. En effet, rendre justice à la diversité et réinvestir la question de la relation dans une perspective plus complète, revient à se donner l’opportunité de penser des espaces du lien entre humains et non-humains, des espaces de partages et de construction collective. La pluralité des formes d’engagements est à ce titre prometteuse : alors que des guerriers partent au front pour porter sur la scène du monde spectacle, revendication et d’idées, les sages et nouveaux paysans construisent dans l’arrière-pays, les forteresses qui traduiront le monde de demain.

Soyons fiers des écologies et des modes d’engagement que nous portons. Soyons fiers des identités plurielles qui composent tant le plus profond de nos êtres que les territoires qui nous ont inspirés et portés. Soyons fiers de porter la parole des non-humains : pas parfaitement certes, nous ne serons jamais dans leur tête, mais du mieux que nous le pouvons. Soyons fiers de célébrer l’écologie d'aujourd’hui et de demain, celle qui est en capacité de rassembler différents horizons sociaux et culturels. Mettons en route et lumières les projets de l’écologie, trop souvent tapissés dans l’ombre du jeu médiatique, et célébrons le lien. L’écologie doit devenir en grande partie joie, en grande partie fête. Une fête modeste, car l’immensité de la tache invite à l’humilité, mais une fête assez puissante pour nous donner collectivement le courage de continuer demain.

De ces fêtes qui appartiennent avant tout au peuple de l’écologie, nous commençons de notre côté, cet été à Saint Denis, le dimanche 21 Juillet. Nous avons nommé cette journée « fête de l’écologie », la fête de l’écologie relationnelle ! Humains comme non humains y sont tous conviés.

Lien vers l’évènement facebook : https://www.facebook.com/events/818320125290755/

Le site internet d’Ayya, maître d’œuvre de la fête du 21 Juillet : https://ayya-mouvement.org/

Signataires

Dorothée Browaeys, présidente de TEK4life, journaliste et auteur, et marraine de l’association AYYA.

Aurélie Bacq-Labreuil, docteur en biologie des sols. 

Damien Deville, chercheur en géo-anthropologie à l’Université Paul Valéry.

Kady Josiane Dicko, ingénieur en environnement.

Hélène Duguy, legal assistant à l’UNEP – WCMC.

Chloé Landrot, consultante en économie sociale et solidaire.

Pierre Spielewoy, juriste et chercheur en droit de l’environnement au Musée de l’Homme.

 

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