L'éducation au point mort

L'île de Mayotte connaît de graves perturbations dans l’Éducation Nationale qui durent depuis plusieurs semaines. Elles sont les conséquences d'un double mouvement, des professeurs et des chauffeurs de bus scolaires.

La situation de l'éducation à Mayotte est des plus préoccupante. A un niveau bas des élèves – plus faible taux de réussite au baccalauréat du pays – s'ajoute un manque d'infrastructures et de professeurs titulaires ainsi que de nombreux actes de violences aux abords et dans les établissements scolaires. Les choses ne s'améliorent pas et semblent même se dégrader au fil des années.

Le lycée de Kahani – dans le centre de l'île – est souvent le lieu de règlements de compte entre bandes rivales. Au mois de décembre dernier, les enseignants ont fait valoir leur droit de retrait après une violente bagarre au sein de l'établissement. Alors que le lycée était ré-ouvert à la rentrée de janvier, de nouveaux actes de violences ont eu lieu, des jeunes sont entrés dans le lycée et ont agressé des élèves à coup de barres de fer. Le personnel a donc fait à nouveau valoir son droit de retrait. Les cours sont par conséquent suspendus dans cet établissement depuis plusieurs semaines. Le lycée du Nord, à Mtsamboro, a lui aussi connu une semaine de suspension des cours en décembre à la suite de bagarres. C'est désormais un autre lycée, celui de Tsararano qui est concerné. Les enseignants y exercent leur droit de retrait depuis plus d'une semaine. La violence se généralise donc à l'ensemble de l'île, ce qui pousse certains syndicats à appeler à un droit de retrait général.

De plus, la violence concerne aussi le ramassage scolaire. A Mayotte, de nombreux élèves empruntent les bus scolaires pour se rendre à leur lycée. Ces bus sont régulièrement victimes de caillassages et autres agressions. Un phénomène qui s’accentue en ce début d'année 2018. Suite à des agressions, les conducteurs lancent un premier mouvement de grève (fin janvier) qui dure plus d'une semaine. Le transport des élèves reprend finalement avec la présence de gendarmes dans les bus. Cela ne change rien aux problèmes et les véhicules sont à nouveau caillassés – au niveau de Mtsapéré – à Mamoudzou. La grève des transporteurs reprend donc et dure depuis plus d'une semaine. Les incidences sont importantes sur l'éducation car de nombreux lycéens ne peuvent se rendre en cours. Dans certains établissements on compte à peine plus de 10% de présents, ce qui est inquiétant à l'approche du bac.

Les problèmes s'accumulent donc à Mayotte et l'éducation, qui doit pourtant assurer l'avenir de l'île, est en danger. Les enseignants, les conducteurs de bus mais aussi les élèves et leurs parents, attendent des réponses des pouvoirs publics. Réponses qui ne semblent pas venir...

Le lycée de Tsararano © Damien Gautreau Le lycée de Tsararano © Damien Gautreau

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.