La situation sanitaire de Mayotte est préoccupante

Le 101ème département français doit faire face à des maladies dignes des Pays les Moins Avancés.

 

L'archipel de Mayotte, dans le canal du Mozambique, connaît actuellement une crise sanitaire particulièrement préoccupante avec des maladies des PMA1. Plusieurs personnes atteintes de la lèpre sont recensées sur l’ensemble du territoire qui enregistre 51 nouveaux cas en 2016 (56 en 2015). Les communes de Koungou et Dzaoudzi s’illustrent avec 4 nouveaux cas chacune, cependant loin derrière le chef-lieu, Mamoudzou, qui enregistre 11 nouveaux cas sur l’année. La lèpre, maladie infectieuse qui provoque de graves infirmités, est très présente dans les zones tropicales ; néanmoins, l’île de La Réunion n’a enregistré qu’un seul et unique cas en 2016. Les conditions de vie des habitants jouent donc un rôle primordial dans la propagation de la maladie.

De plus, l’île vient d’enregistrer deux cas de tuberculose dans des établissements scolaires. L’un au collège de Dzoumogné, l’autre au lycée de Sada. Cette maladie, contagieuse et mortelle, se propage dans les milieux pauvres (favorisée par la promiscuité, malnutrition, manque d’hygiène…). Si ces cas semblent isolés, ils font néanmoins craindre une épidémie, les foyers étant distants de 30 km. Les syndicats enseignants pointent le fait que Mayotte ne compte que deux médecins scolaires pour environ 100.000 élèves. A cela s’ajoute la difficulté à trouver le vaccin dans les pharmacies.

 

Cette situation sanitaire préoccupante est aggravée par la pénurie d’eau. En effet, depuis mi-décembre, le centre et le sud de l’île ne disposent de l’eau – non potable – qu'un jour sur trois. Le manque d’eau est un vecteur de propagation des maladies. Dans certains dispensaires, les infirmières se lavent les mains dans de simples sceaux d’eau. Les maladies hydriques (gastro-entérite, hépatite A, fièvre typhoïde) se propagent elles-aussi. Rappelons que les diarrhées aiguës peuvent être mortelles, en particulier chez les enfants. D’ailleurs, le taux de mortalité infantile est ici de 13,5‰ contre 3,4 en France métropolitaine. La situation fait évidemment craindre une épidémie de choléra comme l’île en a déjà connu en 2000.

 

Pour couronner le tout, à certains endroits, la qualité des eaux de baignade est insuffisante et des plages ont donc été fermées. Outre les plages des villages de Sada, M’Tsamboro, Sohoa et Koungou, interdites à la baignade depuis 2012, d’autres plages sont particulièrement surveillées. Celle de Nyambadao (commune de Bandrélé) vient d’être fermée suite aux relevés alarmant de l’ARS2 : la plage est contaminée par des matières fécales.

 

Ainsi, la situation est extrêmement préoccupante et inédite pour un département français, ce qui témoigne du faible niveau de développement de Mayotte, dont le PIB est près de 5 fois inférieur à celui de la métropole3, lié au manque d’investissement des pouvoirs publics.

 

Pays les Moins Avancés : Haïti, Tchad, Mozambique, Bangladesh...

 

Agence Régionale de Santé.

 

6575 euros/habitants contre 31420, chiffres de 2012.

 

 

 © Damien Gautreau © Damien Gautreau

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