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Billet de blog 17 novembre 2015

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A qui le gouvernement déclare-t-il vraiment la guerre ?

Quiconque a suivi, fut-ce d’un œil distrait, les conséquences de la guerre déclarée au terrorisme en 2001, ne peut qu’être consterné par les annonces du gouvernement. Comment prêter crédit à sa volonté de lutter contre ce phénomène quand les solutions qu’ils préconisent sont celles-là même qui, dans le chaos irakien puis libyen, ont donnée naissance à Daesh et sa folie meurtrière ?

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Quiconque a suivi, fut-ce d’un œil distrait, les conséquences de la guerre déclarée au terrorisme en 2001, ne peut qu’être consterné par les annonces du gouvernement. Comment prêter crédit à sa volonté de lutter contre ce phénomène quand les solutions qu’ils préconisent sont celles-là même qui, dans le chaos irakien puis libyen, ont donnée naissance à Daesh et sa folie meurtrière ? En ce sens, ce n’est pas parce qu’ils prennent la menace au sérieux que nos « dirigeants » veulent nous entraîner dans une nouvelle escalade guerrière, mais bien au contraire parce qu’ils ne savent pas – ou ne veulent pas savoir – comment la conjurer.

C’est à cette lumière que nous devons juger l’état d’exception permanent annoncé par un chef de l’Etat littéralement pris de panique. Aucune rationalité, en effet, dans la proclamation de l’état d’urgence et, plus encore, sa prolongation pour trois mois. Faut-il rappeler, les mesures qu’autorise ce régime n’ont ni pour objet, ni pour effet de contribuer à l’élucidation des crimes perpétrés ce vendredi et l’interpellation de leurs auteurs : les investigations s’opèrent depuis le début dans un cadre judiciaire, qui permet à cet égard bien plus de mesures d’enquête que l’état d’urgence.

En réalité, ce dernier n’a été proclamé que pour permettre, indépendamment de l’enquête sur les actes terroristes, de mener des perquisitions et des assignations à résidence à l’égard de personnes sans autres motifs que de vagues suspicions à leur encontre et sans contrôle de l’autorité judiciaire. Or une telle répression administrative, arbitraire et aveugle, ne peut qu’être contreproductive. D’abord, en mobilisant l’énergie de centaines de fonctionnaires de police, qui seraient sans doute bien mieux employés à détecter et prévenir de véritables projets d’attentats. Ensuite, en alertant les personnes mises en cause et leurs proches sur la surveillance qui les concerne : si tant est qu’ils fomentaient un projet criminel, ils sauront demain se faire plus discrets. Enfin, en créant un sentiment d’injustice chez les centaines de personnes qui seront mis en causes sans autre raison que leur lien réel ou supposé avec des organisations criminelles ou intégristes, contribuant ainsi à cette « radicalisation » que l’on prétend combattre.

La fébrilité qui a saisi le pouvoir, nous l’observons plus encore dans les annonces sidérantes d’une révision constitutionnelle pour inscrire dans la durée cette répression extrajudiciaire. Si nous ne connaissons pas encore le contenu de cet état de crise que l’on voudrait faire adopter, il n’est pas douteux qu’il n’ira pas dans le sens du renforcement de l’Etat de droit. Surtout, quel aveu de faiblesse que d’accorder tant d’importance à un groupe criminel obscurantiste que l’on est prêt à changer la Constitution – c’est-à-dire, le cadre fondamental de la vie politique et sociale de la Nation – en réaction à ses actes !

La panique du pouvoir, nous la ressentons enfin dans le blanc-seing donné aux propositions des membres les plus fanatiques du camp sécuritaire. D’abord, en reprenant à son compte l’idée d’une présomption de légitime défense pour les policiers, mesure dont l’inconstitutionnalité saute aux yeux d’un étudiant de première année de droit. Ensuite et surtout, en ne contestant pas la validité de la proposition d’enfermer indéfiniment des individus sur la base d’un simple soupçon. Pour être adoptée, cette mesure nécessiterait que la France sorte de la convention européenne des droits de l’homme, se plaçant elle-même hors l’Europe démocratique.  

S’il était encore besoin de s’en convaincre, cette fuite en avant montre qu’il n’y a plus rien à attendre de nos gouvernants. Ayant consacré toute leur énergie à conquérir le pouvoir et à s’y maintenir, ils s’en trouvent incapables de l’exercer par gros temps et en sont réduits à prêter l’oreille aux forces les plus réactionnaires de l’appareil d’Etat et leurs solutions répressives tout droit sorties de la pensée pénale de l’ancien régime.

C’est donc aux citoyens qu’il appartient aujourd’hui de proclamer en retour leur amour inconditionnel de la liberté, celle qui émancipe et celle qui unit. Et de le proclamer avec joie et dignité, refusant la tyrannie de la peur d’où qu’elle vienne.

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