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Billet de blog 26 nov. 2020

Article 24 un leurre pour duper les journalistes ?

La stratégie est simple. Il faut les occuper, en leur proposant un os, trop appétissant pour qu’ils se privent de le ronger. Il s'agit de les placer au pied de l’arbre qui cache la forêt des dérives, pour dissimuler le coeur du sujet.

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L'article 24 ? Un leurre pour duper les journalistes ?   

La stratégie est simple. Il faut les occuper, en leur proposant un os, trop appétissant pour qu’ils se privent de le ronger. Il s'agit de les placer au pied de l’arbre qui cache la forêt des dérives, pour dissimuler le coeur du sujet. 

Tandis que la corporation toute entière se mobilise, pour sauver sa liberté de filmer, affamée de justice. Les députés, eux, adoptent, à une large majorité, la proposition de loi sur la sécurité globale. Le Ministre de l’intérieur ayant juré la main sur le coeur que l’article, épicentre de la polémique, serait réécrit. 

Emballé c'est pesé ! Chapeau Mrs Darmanin et Dupont Moretti. Personne ne parlera plus jamais du contenu d’une loi qui officiellement a pour but la montée en puissance des compétences de nos forces de l’ordre. 

Et pourtant, après lecture, j’ai l’impression que tout n’est pas aussi simple. De La proposition de loi 3452 relative à la sécurité globale, mon interprétation est la suivante. 

1 la police une entreprise à rentabiliser :

    1.1Augmenter le chiffre d’affaires par l’accroissement de la capacité de verbalisation,  en :

* donnant la compétence de police judiciaire à des policiers municipaux. 

* Simplifiant la procédure de contrôle des tests alcoolémie  

* fournissant à un plus grand nombre d’opérateurs la capacité de les exécuter.

* permettant aux agents SNCF d’effectuer de nouveaux contrôles.

* sanctionnant de 2 mois de prison et 7500 euros d’amende un suspect appréhendé par un opérateur privé qui refuserait d’obtempérer dans l’attente de l’arrivée d’un officier de police judiciaire alors qu’il serait toujours présumé innocent. 

     1.2 Maîtriser les chargespar la mise en place d’économies sur la « ressource humaine », en :

* évitant de prévoir les modalités de formation, trop coûteuses,  de tous les agents publics dont les missions sont modifiées par ce texte de loi.

* en facilitant l’entrée dans le « marché de la sécurité » aux opérateurs privés, pour négocier du prix auprès de sous-traitant. 

* leur permettant d’embaucher des personnels non soumis au code du travail, et qu’ils puissent ainsi accéder aux exigences tarifaires, au mépris des conditions de travail.

* permettant le cumul des revenus individuels avec des pensions ou des retraites de la police. No comment. 

* sous-traitant aux organismes privés l’exercice d’une partie des missions de surveillance et de verbalisations sur ordre spécifique du ministre ou des préfets au coup par coup. 

1.3Invertir dans la technologie, en :  

* déployant des drones, et la vidéo surveillance citadine. 

* multipliant le port des caméras individuelles. 

2 la police une entreprise à « Manager » :

2.1 Piloter, de manière verticale et directive, en : 

* nommant arbitrairement par décret Le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité.

* fixant sans concertation par décret les modalités visant à ce que les organismes sous traitant de l’état ne se confonde pas avec les forces de l’ordre d’état. 

* autorisant les organismes privés à effectuer des palpations lors des contrôles et désormais sans obligation qu’ils y soient spécialement accrédités ou agréés par les services de l’état. 

         2.2 Responsabiliser ( ou tromper ?),les acteurs opérationnels par délégation de l’initiative, en :

* assouplissant les règles d’intervention des dispositifs déployés sur le terrain, (« sentinelles » mais sans les nommer dans le texte).

* permettant le port d’arme en dehors des heures de service.

* restant flou quant aux nouvelles modalités et conditions de ces interventions potentielles. L’article L435 par exemple s’applique t’il en dehors des heures de service ? 

* autorisant désormais, sans plus aucune restriction, la transmission d’images filmées par caméra individuelle en direct, vers un poste de commandement

* accordant l’accès direct aux images enregistrées, par les opérateurs eux mêmes, accès jusque là interdit.   

Au delà de la loi, de son contenu et du contexte dans lequel elle nous est présentée, ces 2 derniers points sont bien ceux qui symbolisent l’ensemble du texte par le message qu’il nous adresse.

Alors que L’article 24 nous demande de restreindre la diffusion des images produites en direct pour la sécurité des agents. l’autorité policière dans le même temps se facilite l’accès aux images dont elle est l’auteure en temps réel et sans aucune restriction.

Cette méthode révèle un des symptômes de l’aptitude permanente de nos Ministres à nous cacher ce que nous aurions besoin de savoir.

Alors Oui, l’article 24 est un leurre pour les journalistes, mais aussi un piège pour les fonctionnaires et un mépris supplémentaire pour tous les autres.

Et plus globalement, cette loi entérine la thèse que l’état continue de céder le service public au secteur marchand. Et qu’il manage ce qu’il en reste en utilisant des méthodes de gestion guidées par un strict rapport de domination. 

Ajouté à cela une obstination incompréhensible à vouloir poser des rustines sur les roues crevées de la délinquance et de la violence, sans jamais chercher la moindre cause de la crevaison.

Alors je comprends qu’il est plus efficace de fournir des coupables que de chercher des causes aux difficultés, pour se faire ré-élire. J’admets qu’une démocratie est donc un endroit où nous sommes tous d’accord. Qu’elle est ce lieu où l’on respecte l’ordre tel qu’un seul homme l’a défini pour tous les autres. Enfin que le dissensus est maintenant synonyme de soulèvement et d’anarchie. 

Finalement il nous reste moins de chemin à parcourir que je ne l’imaginais pour parvenir au crédit social à la mode Pékin. 

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