Le professeur Willy Rozenbaum et AREMEDIA à Perm pour la journée mondiale du sida

Présentation en Oural de l'expérience française de prévention du sida axée sur la démocratie sanitaire, l'implication d'associations dans la prévention, et l'approche de l'association AREMEDIA faisant sortir l'hôpital de ses murs pour le dépistage et l'organisation de l'accès aux soins. Avec une perspective concrète de coopération entre associations françaises, arméniennes, biélorusses et russes.

La journée internationale du sida est en Russie est l’occasion d’actions de sensibilisation et de prévention de l’infection par le VIH. La campagne nationale «Стоп ВИЧ/СПИД» (Stop VIH/SIDA) a été relancée cette année entre le 25 et le 1er décembre, et a donné lieu à l’envoi à tous les abonnés du portail russe des services publics et démarches administratives Госуслуги, qui compte 86 millions d'utilisateurs d’un message donnant des informations de prévention et incitant au dépistage. Par rapport aux actions engagées en Europe occidentale, le contenu de cette communication peut être considéré comme timoré, mais il progresse, et, notamment, commence à montrer des préservatifs. 

L'échéance du 1er décembre est déclinée dans les régions, avec un message parfois plus incisif. C’est le cas à Perm, où le slogan retenu est « les communautés (ou les associations, le terme russe cообщества a ces deux sens) poussent au changement », et où l’Université de médecine a invité à cette occasion le Pr Willy Rozenbaum, président du COREVIH (Coordination régionale de la lutte contre l’infection due au VIH) Ile de France Est, et le Dr Marc Shelly, vice-président de ce COREVIH et président de l’association de prévention et de santé publique AREMEDIA.

Je traduis l’annonce faite sur le site du ministère de la santé du kraï de Perm de la conférence à laquelle ils ont participé. 

« L'invité d'honneur de la conférence est le professeur Willy Rozenbaum, médecin français et chercheur, l'un des pionniers de la découverte du virus de l'immunodéficience humaine (VIH). W.  Rosenbaum et ses collègues de l’équipe de Luc Montagnier, qui a ensuite reçu le prix Nobel, ont publié en 1983 leurs travaux de déchiffrage d’un nouveau virus, le LAV, appelé plus tard VIH. Depuis 2003, W. Rosenbaum est président de la COREVIH Île-de-France Est, qui assure la  coordination des actions de prévention de l’infection par le VIH dans l’Est de la région parisienne ».

« La XXIe conférence scientifique et pratique internationale et internationale a été organisée peu avant la Journée mondiale du sida par l’Université d’État de médecine Wagner. Elle réunira des élèves des collèges et lycées, des étudiants, des internes, des étudiants diplômés et de jeunes scientifiques ».

«  Dans le kraï de Perm, 2 317 nouveaux cas d’infection par le VIH ont été enregistrés pour les 9 premiers mois de 2019, l’incidence était de 88,7 pour 100 000 habitants, soit 1,2 fois moins que la même période de l’année dernière. Malgré cette évolution favorable, le kraï de Perm reste l'une des 10 premières régions russes par le nombre de cas d'infection au VIH dépisté ».

« Au cours des trente dernières années, l’infection au VIH est restée l’un des problèmes de santé les plus graves, en raison de son évolution chronique, de l’augmentation du nombre de personnes infectées et du large éventail de problèmes sociaux et économiques liés à la pandémie. Malgré les nombreux programmes de lutte contre la propagation de l’infection au VIH, la situation dans la Fédération de Russie et dans le kraï de Perm reste extrêmement tendue ».

« Le sujet principal de la conférence sera la prévention de l’infection à VIH, de la toxicomanie et d’autres maladies à impact social. Les questions épidémiologiques, cliniques, sociales, psychologiques, juridiques et légales liées à l’infection au VIH et à la toxicomanie activement discutées ».

Les mots ne sont pas neutres, et notamment la reconnaissance des difficultés rencontrées et la mention d'actions de prévention en direction des toxicomanes utilisateurs de drogues injectables. Ils témoignent du fait que le kraï de Perm fait partie des régions qui ont su passer outre aux faux-semblants et qui ont effectivement engagé des actions en direction des groupes à risque. 

Le professeur Rozenbaum est  intervenu devant plus de 200 étudiants sur la lutte contre le sida dans le monde, faisant le lien avec la démocratie en santé : nous disposons de thérapies efficaces permettant d'arrêter complètement la propagation de l'épidémie ; les soins sont devenus accessibles à tous ; les porteurs du virus peuvent désormais mener une vie complètement normale y compris sur le plan sexuel sans aucun risque de contamination, y compris de la mère à l’enfant ; beaucoup parviennent à une charge virale non décelable. Dans ce contexte le dernier obstacle pour vaincre ou au moins contenir définitivement la maladie est celui de l'épidémie cachée, des personnes qui ne se font pas soigner, faute de dépistage. Or le dépistage systématique est freiné dans certains pays - dont la Russie - par les stigmatisations sociales contre les principaux groupes à risques, les usagers des drogues, les travailleurs du sexe et les homosexuels. Le dernier front de la lutte pour l’éradication de l’épidémie est donc sociétal et politique : l’élimination de ces stigmatisations et tabous.  

Le docteur Shelly a ensuite présenté l’association AREMEDIA et en particulier son approche consistant à sortir l'hôpital de ses murs, en lien avec les associations communautaires, et en impliquant effectivement les médecins non seulement dans le dépistage, mais aussi, à l’extérieur de l’hôpital, dans l’organisation de l’accès aux traitements. 

Le professeur Willy Rozenbaum à Perm devant les journalistes le 29 novembre 2019 © Aremedia Le professeur Willy Rozenbaum à Perm devant les journalistes le 29 novembre 2019 © Aremedia

Ces propos méritaient d'être tenus, et sont bien susceptibles d'accélérer l'évolution du système de santé russe vers des modes de prévention et de prise en charge du VIH/sida plus efficaces. AREMEDIA a de plus proposé et engagé avec des associations et des établissements de soins russes, biélorusses et arméniens une coopération dont l'objectif est de mieux prendre en charge les populations vulnérables, sur la base de cette approche originale qu’elle développe depuis 2001. 

Une formation de cadres et intervenants médicaux, paramédicaux et associatifs biélorusses, arméniens et russes sera ainsi organisée en 2020, avec le soutien de l’Assistance Publique Hôpitaux de Paris et du COREVIH Ile-de-France Est. Elle devrait comporter des séquences sur le terrain auprès de populations-clé parisiennes : hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, travailleurs du sexe, usagers de drogue, migrants.

Les premières actions-pilote inter-partenariales seront initiées à Minsk et Erevan d’avril à juillet 2020, avec un soutien et un accompagnement des partenaires biélorusses et arméniens pour leur mise en œuvre opérationnelle (camion médicalisé, automate d’analyse de biologie moléculaire) et la mise en place des outils d’évaluation des actions. Celles à Perm sont prévues pour le deuxième semestre 2020.

Force est de constater les valeurs sociales et l'internationalisme sont en recul. Nous devons les défendre pied à pied, en un combat nécessaire, et qui n'est pas perdu. Mais nous devons aussi être offensifs, et continuer à construire de nouveaux espaces de solidarité entre les acteurs sociaux et - osons le dire - entre peuples. Ce projet y participe. 

Zvezda (6 décembre 2019) Ministère de la santé du kraï de Perm - aremedia - Plus d'information, en français : Sida en Russie

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