VIH et Covid-19 en Russie.

Une étude montre que la crise sanitaire a eu une incidence significative sur la qualité et la continuité des traitements des personnes vivant avec le VIH en Russie, et laisse penser que celles-ci seraient plus exposées à la covid-19. Le nombre de tests pour le VIH est de son côté en baisse.

Le Centre fédéral scientifique et méthodologique pour la prévention et la lutte contre le sida, dirigé par Vadim Pokrovski – je reviendrais dans un autre billet sur son rôle majeur et le courage qu’il a montré pour dénoncer les insuffisances des autorités de santé russe face au VIH – a publié le 27 novembre dernier une étude sur la prévalence du covid-19 chez les personnes vivant avec le VIH en Russie, et sur l’impact de la pandémie sur les soins qui leur sont délivrés.

J’en rends compte dans ce blog, à l’occasion de la journée internationale contre le sida. Pour ceux qui souhaiteraient avoir des éléments de comparaison avec la situation française, je signale cet intéressant article de Charles Roncier, dans VIH.org.

L’étude russe a été menée l’Institut central de recherche en épidémiologie de Rospotrebnadzor (l’agence fédérale en charge de la prévention sanitaire et épidémiologique) et ITPCru, une ONG couvrant les pays de l’Europe de l’est et de l’Asie centrale, et luttant pour l’effectivité des soins contre le VIH et les maladies concomitantes. J’en reproduis en fin de billet le logo, rafraichissant. Cette collaboration est en elle-même une bonne nouvelle, elle montre que des acteurs, associatifs ou institutionnels, engagés concrètement dans la lutte contre le VIH travaillent ensemble, c'est ce qu'il faut. ONUSIDA et Rospotrebnadzor y ont de plus apporté leur soutien.

931 personnes, séropositives ou non, ont été interrogées dans 68 régions de Russie. Les principales conclusions de l'étude sont les suivantes :

1/ La pandémie de coronavirus covid-19 a eu un impact sur les soins délivrés aux personnes vivant avec le VIH. 34,3% des personnes interrogées qui se sont identifiées comme séropositives ont déclaré que les services apportés par le centre de prévention et de lutte contre le sida dont ils dépendent s’étaient dégradés. 4,1% ont indiqué avoir manqué des médicaments antirétroviraux. Mais la majorité (70,5%) ont dit n'avoir eu aucun problème pour recevoir leurs médicaments, et 22,6% des répondants ont ajouté qu’ils leur avaient été délivrés à domicile [le mode habituel de délivrance des antirétroviraux est la remise en mains propres, une fois par mois, au centre de prévention et de lutte contre le sida].

2/ Parmi les personnes interrogées, celles qui se sont identifiées comme séropositives ont eu quatre fois plus souvent une infection par le SARS-CoV2 confirmée par un test que celles qui s’étaient identifiées comme séronégatives (soit, avec les intervalles de confiance, 23,5%, IC à 95%, 17,5-30,7% pour les premiers et 6,5%, IC 95%, 2,9-10,9% pour les seconds).

3/ Les personnes interrogées s’étant identifiées comme séropositives souffraient plus souvent de maladies concomitantes (tuberculose, hépatite virale, maladies du foie, des reins, des poumons, du tractus gastro-intestinal), ce qui ne pouvait que compliquer l'évolution du covid-19, mais aussi en rendre plus difficile le diagnostic de la maladie.

4/ Parmi les personnes interrogées s’étant identifiées comme séropositives et ayant déclaré avoir contracté la covid-19, la majorité étaient des hommes et étaient séropositifs depuis longtemps (plus de 10 ans). Presque tous étaient sous traitement antirétroviral (94,9%), le plus souvent sous dolutégraviriténofovir. La majorité n'avaient pas d'immunodéficience prononcée ou leur charge virale n’était pas détectable. Toutefois, les répondants avec un déficit immunitaire sévère (moins de 200 cellules / μL) étaient surreprésentés dans ce groupe.

5/ Les personnes séropositives et ayant eu la covid-19 avaient été exposées à des risques plus élevés de la contracter, en raison d’une exposition plus fréquente à des sources d’infection et d’une plus faible utilisation des protections individuelles, du fait de la sous-estimation du risque.

Les auteurs de l’étude concluent à l’opportunité de recommander des précautions accrues contre la covid-19 dans le cas des personnes séropositives au VIH. Sont visées les mesures de prévention, mais également la réalisation des diagnostics et la délivrance des soins.

Un million de personnes infectées par le VIH et connaissant leur statut sont potentiellement concernées dans le pays.

Signalons également, sur la base du rapport présenté pour les 9 premiers mois de l'année 2020 par le Centre fédéral scientifique et méthodologique pour la prévention et la lutte contre le sida, que le nombre de Russes ayant effectué un test pour le VIH s'élève à 24 929 033, en baisse de 15,2 % par rapport à la même période en 2019. 55 048 nouveaux cas de séropositivité ont été dépistés, soit un recul de 13,7 % par rapport à l'année précédente.

Ces baisses sont imputées aux difficultés de fonctionnement des centres régionaux de prévention et de lutte contre le VIH pendant la crise sanitaire.

Centre fédéral scientifique et méthodologique pour la prévention et la lutte contre le sida (27 novembre 2017)

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