Russie, détenus, travaux publics

Les services pénitentiaires russes proposent d'employer les détenus à des grands travaux ou dans des établissements industriels, en Sibérie, dans l'Extrême-Orient russe ou en Arctique.

Le directeur des services pénitentiaires russes (FSIN), Aleksandr Kalachnikov, a récemment évoqué la possibilité d’affecter les détenus à des emplois occupés en Russie par des travailleurs immigrés. Les activités qu’il a citées sont les grands chantiers de travaux publics et l’industrie. Il a précisé qu’il ne s’agissait pas de reconstituer le goulag, et que les prisonniers qui seraient affectés à ces emplois bénéficieraient de conditions de vie décente, dans des foyers, ou pourraient louer si ils le souhaitent un appartement pour vivre avec leur famille. Ils recevraient un salaire convenable.

En juin dernier, les chemins de fer russes (RJD)  ont ainsi annoncé qu'ils cherchaient à recruter 600 prisonniers pour des travaux sur la ligne Baïkal Amour. Il s’agit notamment d’emplois d’ouvriers non qualifiés, ainsi que de coffreurs et de ferrailleurs. D’autres projets sont évoqués, dont un de Nornickel, à Norilsk, au nord du cercle polaire, ou la création par le FSIN d'un centre correctionnel en Sibérie spécialisé dans la régénération des forêts endommagées par les incendies. Et on parle aussi du district autonome des Netnets, de la péninsule de Taïmyr ou de Magadan.

L’information a été largement commentée. Elle participe du concours Lépine du post-stalinien auquel s’adonne une partie du personnel politique russe. Mais le projet a aussi pour origine les difficultés de recrutement des entreprises russes, encore renforcées par le départ, à cause de l’épidémie de covid-19, d’un grand nombre de travailleurs migrants. Le fonds « Rous Sidiachtchaïa » (La Russie emprisonnée), une ONG qui intervient pour la protection des droits des détenus, a de son côté réagi en indiquant que le système risque d’être inefficace et coûteux.

Preuve de la visibilité du sujet, et sans doute également d’études en cours sur son impact et son acceptabilité, l’institut de sondage VTsIOM a réalisé une enquête sur cette proposition du FSIN.  Une nette majorité des répondants (71 %) approuvent le projet du FSIN de faire travailler des détenus en lieu et place de migrants. 21 % y sont défavorables, c’est la classe d’âge 18-24 ans qui l’est le plus, et c’est aussi celle qui compte le mois d’indécis.

Le principal motif mis en avant par ceux qui sont favorables à la proposition est la possibilité ainsi offerte aux condamnés de réparer leur crime et d’en indemniser les victimes. Une proportion comparable considère que c’est une bonne idée, tout le monde doit travailler et gagner son pain, Parmi ceux qui y sont hostiles, celui qui est le plus souvent invoqué est que les condamnés doivent être en prison et qu’il faut les isoler de la société. Le fait que ce serait un retour du goulag n’est un argument que pour 11 % de ceux qui désapprouvent le projet.

Enfin, sur l’ensemble des répondants, 62 % pensent que les détenus préféreront travailler dans le cadre proposé par le FSIN plutôt que d’être incarcérés. 13 % pensent que les détenus travailleraient mieux que des travailleurs immigrés, 36 % pareil, et 28 % moins bien.

VTsIOM (1er juin 2021) - RBK (1er juin 2021) - Takie dela (1er juin 2021) - RBK (20 mai 2021)

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.