Homosexualité : les adolescent(e)s russes sont – eux – tolérant(e)s.

Selon le psychologue Aleksandr Kolmanovski, commentant un récent sondage, les adolescents russes sont, de façon « inattendue », informés et tolérants vis à vis de l'homosexualité. Les stéréotypes patriarcaux, dont on les arrose « d'en haut », ne convaincraient pas la jeunesse. Croisons les doigts.

Le cabinet Mikhailov & Partners a réalisé une enquête sur l’opinion des collégiens et lycéens russes sur la politique, la sexualité et les carrières professionnelles. Ses résultats ont été commentés dans la presse russe, notamment par Kommersant et Novaïa gazeta. Elle a été menée auprès de 1057 jeunes âgés de 10 à 18 ans, dans 52 régions de Russie. Les questions sur la sexualité n’ont été posées qu’à ceux qui avaient plus de 16 ans.

Bien que ce ne soit pas l’objet de ce blog, quelques éléments sur la relation au politique. 67 % des jeunes interrogés répondent qu’ils ne s’intéressent pas à la politique. 35% voient dans la Russie un pays stable, ne changeant pas, 28% un pays en développement et 25% un pays en déclin. Vladimir Poutine leur est la personnalité politique la plus sympathique, mais avec 15 % de réponses. 56,5% disent avoir du mal avec cette question, et 15% qu'il n’existe pas d’homme politique qui leur soit sympathique.

70% des jeunes ont eu connaissance des manifestations récentes, et 65 % considèrent que les manifestants s’opposaient à une injustice. Mais les trois quarts déclarent qu’ils ne participeraient pas eux-mêmes à une action non autorisée.

Relevons aussi que 46 % des jeunes s’intéressent à l’écologie, et que les 9/10ièmes considèrent que de nouvelles lois pour la protection de l’environnement sont nécessaires.

À défaut, probablement, de surprendre les intéressés, les réponses sur le mariage et la sexualité ont surpris les commentateurs. Elles s’inscrivent en contradiction avec un discours dominant, tentant de s’ériger en norme. Celui par exemple à l’origine de la loi de 2013 visant à « protéger les enfants contre les informations qui favorisent le déni des valeurs traditionnelles de la famille », qui interdit d'aborder la question de l’homosexualité avec des mineurs. 

Le mariage est associé à la parentalité, mais aussi au soutien affectif, au statut social, à l’acceptation des traditions religieuses et morales, à la solidarité économique, au statut social, mais seulement par 5 % des répondants à l’amour et à l’inclinaison mutuelle.

Les relations sexuelles avant le mariage n’ont rien de répréhensible pour 75 % des répondants. 66 % déclarent qu’un de leurs camarades avait déjà une activité sexuelle. 48 % considèrent qu’il est acceptable d’avoir son premier rapport sexuel entre 16 et 17 ans, 38 % après 18 ans. 3 %, toujours dans la tranche d’âge 16-18 ans, vivent en couple.

L’attitude vis-à-vis de l’homosexualité est tolérante : elle est bienveillante pour 13 % des jeunes (4 % pour les garçons et 23 % pour les filles), et neutre, sans sentiment particulier, pour 68 %. 17 % des jeunes (24 % pour les garçons et 9 % pour les filles) ont un sentiment d’irritation. 2 % ne savent pas se prononcer. Enfin, 33 % des répondants déclarent savoir qu’un de leurs amis est homosexuel.

27 % des adolescents souhaitent de nouveaux droits pour les personnes, en particulier de leur permettre de se marier, d’adopter des enfants, de ne pas cacher leur identité sexuelle dans des lieux publics et de s’y réunir ou d’y manifester pacifiquement. 44% préfèrent laisser la législation inchangée, 18% qu’elle doit être plus répressive.

50,8 % des jeunes ne regardent jamais la télévision, 83 % utilisent quotidiennement internet. Des jeunes ouverts et bien informés, donc, bien que la loi l’interdise pour les orientations sexuelles « non traditionnelles ». Mais encore un effort, messieurs les garçons, faites aussi bien que les filles.

Kommersant - Novaïa gazeta.

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