IVG, Russie : l'ombre de Milonov

Toujours la menace de nouvelles mesures législatives restreignant le droit à l'IVG en Russie.

Anna Kounetsova est déléguée pour les droits des enfants auprès du président de la fédération de Russie, depuis septembre 2016. Après une période où elle a moins communiqué — elle vient d’avoir son 7ième enfant — elle s’exprime à nouveau dans les médias, et devrait continuer à le faire largement : sa vision de son action donne un place centrale à la protection des familles, et c’est un des leitmotivs de Russie unie et des traditionalistes, une des thématiques dont ils pensent qu’elle leur apportera le soutien des électeurs. 

Anna Kouznetsova © Service de presse du gouvernement russe (Wikicommons) Anna Kouznetsova © Service de presse du gouvernement russe (Wikicommons)

Une de ses prises de position récentes à avoir été largement reprise dans les médias, à partir de ce communiqué de Tass, est la proposition qu’elle faite de prendre des nouvelles dispositions législatives sur les interruptions volontaires de grossesse. Il s’agit en fait d’un extrait de son rapport d’activité 2019 de déléguée pour les droits des enfants, page 50, je le traduis. 

« La déléguée est convaincue que la protection du droit à la vie, ainsi que contre la maltraitance des enfants, nécessite inévitablement des mesures législatives supplémentaires. En outre, il est nécessaire d'envisager un ensemble de mesures visant à augmenter les aides sociales aux familles avec enfants et à étendre les services publics ou privés qui leur sont apportés. En particulier, il serait possible de limiter la vente de médicaments abortifs dans les pharmacies et de modifier les règles de financement des établissements médicaux, pour que le montant des fonds qui leur est alloué soit inversement proportionnel au nombre d’IVG pratiquées. L’établissement aurait ainsi intérêt à protéger le bébé, plutôt que de fournir des services d'interruption artificielle de grossesse. La déléguée a envoyé ses propositions au parlement de la fédération de Russie ».

Les IVG sont pris en charge en Russie par l’assurance médicale obligatoire, et la suppression de ce financement est maintenant la première mesure demandée par l’église orthodoxe dans son combat contre l’avortement. Une prime à leur non réalisation est un autre moyen d’atteindre cet objectif. 

Le paragraphe que j’ai traduit est précédé d’un développement sur la situation démographique russe, marquée par une légère reprise de la baisse de la population russe, et de cet autre paragraphe : 

« En 2019, diverses opinions ont été exprimées par des hommes politiques ou des personnalités publiques sur l'interruption volontaire de grossesse, jusqu'à assimiler l'avortement un homicide et introduire des sanctions pénales à leur encontre (par exemple, www.ria.ru/20190125/1549887529.html)».

Le partisan de l'assimilation pénale de l'avortement au meurtre qui a l’honneur d’un lien internet dans le rapport de la déléguée aux droits des enfants est Vitali Milonov. Député de Russie unie, il s’est fait remarquer par des déclarations homophobes et antisémites. Il a posté sur sa page de Vkontakt, un des réseaux sociaux russes, la devise « l’orthodoxie ou la mort », et aurait posé dans le Donbass − ses défenseurs prétendent que la photographie est un montage −, portant un t-shirt avec ce même slogan, un fusil d’assaut et quelques grenades. C’est encore une fois le « viva la muerte » franquiste de José Millán-Astray. Ces gens-là prétendent défendre la vie, ils en refusent la diversité et la richesse, et sont en fait fascinés par la violence et la mort. 

Photographie supposée de Vitali Milonov dans le Donbass en 2014. Il pourrait s'agir d'un photomontage. Sa publication sur les réseaux sociaux russes a été sanctionnée par des amendes. Un recours sur ces sanctions a été formé devant la CEDH. © inconnu Photographie supposée de Vitali Milonov dans le Donbass en 2014. Il pourrait s'agir d'un photomontage. Sa publication sur les réseaux sociaux russes a été sanctionnée par des amendes. Un recours sur ces sanctions a été formé devant la CEDH. © inconnu

Anna Kouznetsova aurait pu trouver meilleur patronage. Et le risque est là. À l’occasion de l’examen des propositions sur l’enfance et la famille qu’elle aura faites, c’est de nouvelles dispositions restrictives sur l’IVG qui pourraient être votées par la chambre « introuvable » qu’est la douma d'État.

Tass (29 mai 2020)

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