20 088 décès causés par le sida en Russie en 2019

Mais, pour première fois depuis le début de l’épidémie, ce chiffre recule. Il était de 20 597 en 2018.

L’Agence fédérale russe des statistiques (Rosstat), vient de publier sur son site internet, sans y donner une visibilité très marquée, les données définitives sur les évolutions démographiques, la mortalité et les causes de décès en Russie en 2019, ici. Elles comportent une statistique importante pour suivre l’évolution de l’épidémie de VIH en Russie, celui du nombre des décès liés au sida. Il est de 20 088. Ce nombre appelle plusieurs commentaires :

- il est considérable : en France, le nombre de décès liés au sida que nous avons enregistré en 2016, dernière année connue, est de 333. Il a atteint son maximum, 4 996, en 1995, juste avant que les premières bithérapies antirétrovriales ne soient disponibles. Le nombre de morts enregistrées en Russie est 4 fois plus élevé que ce pic, alors que des médicaments efficaces permettent maintenant de faire complètement disparaitre la charge virale. Ce niveau témoigne à la fois de l’ampleur de l’épidémie en Russie (1,5 million de personnes vivant avec le VIH, y compris l’épidémie cachée, pour 173 000 en France, plus d’un million de personnes dépistées et connaissant leur statut), et du fait que le système de santé russe n’est pas en situation, ni de traiter l’ensemble des personnes séropositives, ni d’éviter le décès d’une partie de celles qui ont développé le sida. 

- il est en baisse, d’un petit 2,5 %, par rapport à 2018, où il était de 20 597. C’est une bonne nouvelle, on peut penser que le pic est atteint, et retourner ce qui vient d’être écrit, pour dire les progrès faits : le nombre de nouveaux cas d’infection par le VIH dépistés en 2019 (94 668) est en recul pour la deuxième année consécutive, et maintenant significativement en deçà du maximum (104 402) atteint en 2017. Les médecins russes, à force d’efforts, malgré la progression encore insuffisante de la part des personnes séropositives sous traitement antirétroviral, malgré aussi la fréquence des coïnfections avec la tuberculose, malgré également le développement de souches virales pharmacorésistantes, en raison des interruptions des traitements, maîtrisent mieux le traitement de la maladie. 

- il est contesté ; on retrouve ici les débats ouverts ensuite pour le covid-19 : il y a une marge de manoeuvre dans l’imputation à une maladie d’un décès, lorsque qu’il y des pathologies concomitantes. J’ai cependant assisté en 2018 à un échange entre experts russes sur le sujet, dont le médecin conseil fédéral pour la médecine légale et la thanatologie, et je suis personnellement convaincu de leur volonté de mettre en ordre cette série statistique. 

- Il est différent d’une autre série, plus connue, et publiée par le Centre fédéral de prévention et de lutte contre le sida, rattaché à Rospotrebnadzor, celui des décès de personnes séropositives : ce dernier chiffre comprend les décès pour d’autres causes que le sida, notamment parce que les patients concernés n’ont pas encore développé cette maladie. Le nombre des décès de personnes séropositives au VIH décédées en 2019 est de 33 577 ; il est également en recul, de 8,9 %, par rapport à 2018. 

Pour finir, regardons ce graphique, qui compare l’évolution du nombre des décès du sida en France et en Russie. Espérons que le pic est maintenant atteint en Russie, comme il l’a été en 1995 en France. La baisse qui suivra sera alors forte et rapide, l’état de la médecine le permet, il suffit de dégager les moyens nécessaires pour les traitements, comme peuvent facilement le faire les pays riches et développés. 

 © Daniel Mathieu / données Rosstat et CPEIDC INSERM © Daniel Mathieu / données Rosstat et CPEIDC INSERM

Mortalité par cause du décès (2018 et 2019) / Rosstat - Sida en Russie (Wikipédia)

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