La perception des violences domestiques en Russie

Dans un sondage récent (septembre 2019) du centre Levada, l’opinion russe exprime un rejet peut-être nouveau des violences conjugales, et considère qu’elles relèvent de la police (59 % des réponses) plutôt que de la sphère familiale (14 %). À l’encontre du lieu commun selon lequel « le linge sale doit être lavé en famille », et de son équivalent « les balayures ne doivent pas sortir de l’isba ».

Le Centre Levada, du nom du sociologue Iouri Levada (1930-2006) est un organisme d’étude russe, à but non lucratif et à caractère non gouvernemental qui procède régulièrement à des études sociologiques auprès de la population russe. L’équipe de recherche du centre a été la première à mener des sondages d’opinion réguliers à travers le pays, à partir de 1988.

Il a publié le 13 septembre 2019 les résultats d’une enquête sur la perception des violences domestiques en Russie, lire ici, en russe.

19% des personnes ayant répondu à l’enquête ont déclaré – sans spécification de date – avoir eu connaissance de cas de violences physiques dans une famille de leur environnement. 7 % ont été témoins de violences dans la famille dans laquelle ils ont grandi, et 5 % dans leur propre foyer. Ces chiffres sont inférieurs à d’autres estimations, et les auteurs de l’enquête soulignent la possibilité d’une sous réponse.

Les femmes (22 %) déclarent plus avoir connaissance de violences domestiques dans leur environnement que les hommes (16 %). Cette réponse est également plus fréquente pour les personnes de 25 à 39 ans (23 %), les personnes de formation supérieure (22 %), mais également sans formation.

Majoritairement (59 %), les répondants considèrent qu’une femme battue par son conjoint doit s’adresser à la police. Cette proportion s’élève à 65 % pour les femmes (52 % pour les hommes). Ce résultat témoigne d’une non-acceptation, peut-être nouvelle, des violences conjugales. 14 % seulement (17 % pour les hommes) pensent que la femme ne soit s’adresser à personne et que cela doit rester au sein du couple. Ce niveau, élevé en lui-même, reste cependant en deçà de ce qui pouvait être anticipé, et peut également témoigner d’une évolution du regard porté par les russes sur les violences domestiques.

L’enquête apporte également des éléments sur leur caractérisation.Très majoritairement (75 %), les répondants qualifient de violence à les atteintes physiques graves (coups de pied, dans la terminologie russe), mais aussi, pour 58 % d’entre eux, celles non suivies de contusions (gifle).

La commission d’un acte sexuel contre la volonté du partenaire / conjoint est qualifiée de violence par 50 % des répondants (56 % pour les femmes et 43 % pour les hommes). Les autres formes de violences sur lesquelles portaient les questions n’ont pas été reconnues majoritairement comme telles. Il s’agit notamment du chantage au retrait d’un ou des enfants (45 %), de l’enfermement dans le domicile ou dans une pièce (44 %), des menaces verbales (42 %), des propos humiliants (42 %), des querelles, scandales, cris (40 %), de l’interdiction de communiquer avec la famille ou les amis (36 %), des pressions en vue d’un avortement (36 %) et du refus délibéré de soins médicaux (32 %).

 https://www.levada.ru/2019/09/13/domashnee-nasilie/

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