Daniel AC Mathieu
Administrateur civil
Abonné·e de Mediapart

304 Billets

0 Édition

Billet de blog 9 oct. 2019

Daniel AC Mathieu
Administrateur civil
Abonné·e de Mediapart

Où sont les seuils de pauvreté et de ressources « normales » pour l’opinion russe ?

Lorsqu'on demande aux Russes à quel niveau de ressources on sort de la pauvreté, la réponse est 12 500 roubles (175 euros) par personne et par mois, guère plus que le minimum de subsistance (11 185 roubles, 157 euros). Lorsqu'on leur demande ce que sont des ressources normales, ils répondent 38 100 roubles (533 euros). 60 % se situent au-dessus du premier seuil, 7 % au-dessus du second.

Daniel AC Mathieu
Administrateur civil
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Le Centre Levada, du nom du sociologue Iouri Levada (1930-2006) est un organisme d’étude russe, à but non lucratif et à caractère non gouvernemental qui procède régulièrement à des études sociologiques auprès de la population russe. L’équipe de recherche du centre a été la première à mener des sondages d’opinion réguliers à travers le pays, à partir de 1988.

Il a publié le 30 septembre 2019, ici, les résultats d'une enquête réalisée fin juin début juillet sur l'estimation faite par les russes du niveau de ressources en dessous duquel une personne est pauvre, et de celui où on peut considérer qu'elle dispose de ressources « normales ». L'enquête est reconduite chaque année depuis 2014. Les résultats publiés sont la moyenne des réponses. Il s'agit de ressources par personne, et non pour le foyer.

© Levada - Rosstat pour la colonne de droite

Le seuil de pauvreté ainsi exprimé est de 12 500 roubles (soit environ 175 euros, au cours du 10 octobre 2019). Il n’est que peu supérieur au minimum de subsistance calculé par les autorités sur la base d’un panier de consommation (11 185 roubles, 157 euros, en moyenne au deuxième trimestre 2019).

Le niveau de ressources « normal » est estimé par les répondants à 38 100 roubles (533 euros). Il varie significativement suivant le lieu de résidence : à Moscou, les réponses vont de 51 700 à 59 800 roubles, dans les grandes métropoles de 38 600 à 42 600, dans les villes moyennes de 35 400 à 40 400, et dans les zones rurales de 31 400 à 35 100. Pour l’ensemble de la population, il a également varié dans le temps, avec une hausse brutale, en 2016 et 2017, qui parait être liée à des anticipations négatives dans un contexte de crise, puis une baisse.

Le niveau moyen des ressources de la population, tel qu’il résulte des réponses données lors de l’enquête à la question sur les revenus de la personne interrogée, est de 16 800 roubles. Cette estimation est très inférieure au revenu moyen par habitant tel qu’il ressort des statistiques fédérales (32 600 roubles en 2018). L’écart peut être compris comme le signe que ni les personnes interrogées, ni la méthode d’enquête ne peuvent prendre la mesure de l’ampleur des inégalités en Russie.

Les personnes interrogées se situent de la façon suivante par rapport à ces seuils subjectifs :

  • 7 % seulement se placent au-dessus du niveau de ressources « normal », l’équivalent de 530 euros par mois.
  • 60 % se situent au-dessus du seuil de pauvreté (l’équivalent de 175 euros). Cette proportion, tendanciellement en  hausse depuis 2000, a ce a cessé de s’accroitre en 2014.

Le solde correspond donc à la part des personnes se plaçant subjectivement dans la pauvreté. Le taux de pauvreté est en fait selon l'office fédéral des statistiques de 14 %, mais l'écart entre le minimum de subsistance (11 185 roubles) et le seuil subjectif (12 500 roubles) et la concentration de la population dans un « halo » de pauvreté autour de ces seuils, conduisent à penser que ces chiffres reflètent la même réalité, celle d'un pays ou les revenus sont très faibles, et où l'acceptation de cette situation entrave probablement croissance et développement économique et humain.

Part des personnes interrogées se situant elles-même à un niveau de ressources au dessus du seuil de pauvreté © Levada

https://www.levada.ru/2019/09/30/granitsa-bednosti-i-normalnogo-urovnya-zhizni-v-vospriyatii-rossiyan/

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Soupçons d’emploi fictif : une vice-présidente du RN visée par une enquête du Parquet européen
Selon nos informations, une série de perquisitions est en cours lundi 5 décembre, visant deux élus RN, dont Edwige Diaz, vice-présidente du parti, dans le cadre d’une enquête du Parquet européen. La justice se penche sur des soupçons d’emploi fictif, lorsque la députée était assistante parlementaire européenne en 2018-2019. L’élue dénonce un  « règlement de comptes » d’anciens du RN.
par Marine Turchi
Journal
L’animateur de CNews Jean-Marc Morandini condamné à un an de prison avec sursis pour corruption de mineurs
Jugé pour corruption de mineurs sur deux jeunes de 15 ans et un autre de 16 ans, l’animateur de CNews a été condamné lundi à un an de prison avec sursis.  
par David Perrotin
Journal — France
L’indécente rémunération versée à la ministre des sports par la Fédération française de tennis
Dans sa déclaration à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, Amélie Oudéa-Castéra révèle qu’elle percevait plus de 35 000 euros nets par mois du temps où elle était directrice générale de la FFT. Un salaire digne du CAC 40 qui est révélateur du basculement de cette fédération dans le tennis business.
par Laurent Mauduit
Journal — Justice
Barbouzes du PSG : la police sur la piste d’une tentative de chantage à 100 millions d’euros
Le lobbyiste Tayeb Benabderrahmane, détenu à Doha en 2020 après avoir obtenu des documents confidentiels appartenant au patron du Paris Saint-Germain, aurait souhaité par la suite réclamer 100 millions d’euros à l’émirat du Qatar, propriétaire du club, selon un document confidentiel. Il dément formellement.
par Yann Philippin

La sélection du Club

Billet de blog
Nationalisation d’EDF : un atout pour la France ?
Le jeudi 24 novembre, c’est dans un contexte bien particulier que le nouveau PDG d’EDF Luc Rémont prend ses fonctions. De lourds dossiers sont sur la table : renationalisation du groupe, relance du parc nucléaire et des renouvelables, négociation avec Bruxelles sur les règles du marché de l’électricité et gestion de la production avant les trois mois d’hiver.
par Bernard Drouère
Billet de blog
À Brioude, itinéraire d'une entreprise (presque) autonome en énergie
CN Industrie vit en grande partie grâce à l'électricité produit par ses panneaux solaires. Son modèle énergétique est un bon éclairage de ce que pourrait être un avenir largement éclairé par les énergies renouvelables. Rencontre avec son patron précurseur, Clément Neyrial.
par Frédéric Denhez
Billet de blog
L'électricité est-elle un bien commun ?
[Rediffusion] L'électricité est-elle un bien commun, comme Yannick Jadot l'a fait récemment ? La formule produit un effet électoraliste garanti. Mais cette opération rhétorique est sans intérêt s’il s’agit, à partir de la fonction sociale actuelle de l’électricité, de faire apparaître dans le système énergétique des options qui méritent un positionnement politique.
par oskar
Billet de blog
L’électricité, un bien commun dans les mains du marché
Le 29 août dernier, le sénateur communiste Fabien Gay laisse exploser sa colère sur la libéralisation du marché de l’électricité : « Ce sont des requins et dès qu’ils peuvent se goinfrer, ils le font sur notre dos ! ». Cette scène témoigne d’une colère partagée par bon nombre de citoyens. Comment un bien commun se retrouve aux mains du marché ?
par maxime.tallant