Dans un article reprenant des données du rapport annuel du service fédéral des statistiques intitulé Surveillance globale des conditions de vie de la population (Комплексное наблюдение условий жизни населения), que je n’arrive pas à retrouver sur leur site — je le regrette, je préfère vérifier a minima les informations que je retranscris dans ce blog —, le journal Moskovski Komsolets indique qu’en 2020 29 % des Russes ont renoncé délibérément à consulter un médecin.
Les principaux motifs à l’origine de ce refus seraient :
- le fonctionnement insatisfaisant des établissements médicaux (34,8 des répondants ayant renoncé aux soins) ; ce sont les polycliniques ou dispensaires qui emploient la plupart des généralistes en Russie, et cette réponse concerne donc bien la médecine de ville.
- des doutes sur l’efficacité des traitements (24,6 %).
- le manque de temps libre pour consulter (16,1%).
- le caractère payant du traitement (15,6 %) ; les soins ne sont en effet pris en charge en Russie que pour certaines affections, ou certaines catégories de la population.
Il n'y a pas dans ces réponses de lien direct avec l'épidémie de Covid. Néanmoins, les commentaires qui sont faits de cette enquête le font. Celle-ci aurait significativement augmenté les réserves qu’ont les Russes sur leur système de santé, avec à l’arrière plan la crainte d’être infecté dans une institution médicale, et la propension à l’automédication. L’offre de soins a également été impactée par l’épidémie, avec le reprofilage des établissements qui accueillent les malades du Covid, le contingentement des soins autres que d’urgence, ou pour les cancers, les maladies de l’appareil respiratoire et le diabète — mais il semble que l’effectivité des soins ait également été remise en cause pour ces maladies prioritaires —, et plus généralement des délais d’attente exorbitants.
Autant de signes d’une forte fragilisation du système de santé russe, qui se traduit par une augmentation de la mortalité qui ne résulte pas que de la seule Covid, et qui en tout abaisse la qualité des soins.
Pour comparer àvec la situation française — j’aime bien à le faire, je trouve que cela aide à réféchir —, signalons que l’enquête Statistiques sur les ressources et conditions de vie (SRCV) de l’Insee a établi qu’en 2017 3,1 % des personnes de 16 ans ou plus vivant en France métropolitaine, soit 1,6 million de personnes, ont renoncé à des soins médicaux. Beaucoup moins, donc, que les 29 % de Russes affichés par l’enquête de Rostatt, mais aussi pour une année d’avant le Covid. En France, les facteurs qui accroissent le renoncement aux soins sont la pauvreté et la pénurie de médecins généralistes dans les « déserts médicaux ». C'est ici, en français. La comparaison est sans doute à creuser, mais comme je l'indiquais, il faut d'abord retrouver le rapport russe.
Moskovski Komsomolets, (18 août 2021) - Cité également dans Demoscope Weekly n° 911 - 912, et voir un sondage antérieur VTsIOM sur des questions proches : VTsIOM (11 décembre 2019)