Asie centrale, violences domestiques: elles augmentent pendant la pandémie

Mais des centres d'aides aux victimes ou des associations comme Gulrukhsor, Sezim, Najoti Kudakon y apportent une réponse.

J’ai été invité, avec d’autres, à relayer un billet de Lucia Direnberger sur les violences faites aux femmes pendant la pandémie du Covid-19 au Tadjikistan, en Ouzbékistan, au Kazakhstan et au Kirghizstan, ainsi que la mobilisation et les initiatives prises par des femmes pour lutter contre elles. Je le fais volontiers. 

Lucia Direnberger est une chercheuse qui contribue au projet REFPoM. Celui-ci s’intéresse aux migrations des pays d’Asie centrale, vers la Russie, et plus précisément, dans une région peu étudiée par l’anthropologie française, aux « morts au loin », les migrants qui décèdent à l’étranger, et aux pratiques qui accompagnent le retour de leur corps dans leur pays. Il s’agit, si je comprends bien, d’analyser ces pratiques funéraires, dans leurs dimensions rituelle, familiale, sociale et économique, de caractériser à ce prisme ce que sont ces migrations et l’éloignement, et, dans un second volet de la recherche, en quoi elles acquièrent une dimension politique dans la relation entre les communautés migrantes et leurs États d’origine. 

REFPoM a aussi réalisé durant l’été 2019 une enquête quantitative à Moscou auprès des migrants tadjiks et ouzbeks, qui documente notamment leur état de santé et leur accès au soin, et dont je suis impatient de rendre compte des résultats dans ce blog. 

S’agissant de l’augmentation des violences conjugales pendant la pandémie, les statistiques, ponctuelles et fragmentaires, des pays d'Asie centrale sont comparables aux nôtres ou à celles de la Russie. Les données disponibles sur les signalements de violences, les consultations dans les centres qui accompagnent leurs victimes, ou encore et de façon plus terrible les assassinats de femmes, montrent un accroissement de l’ordre de 30 à 60 %, parfois plus. 

Lucia Direnberger aborde aussi la mobilisation des associations contre les violences et en décrit les modalités. Elle semble plus efficace au Kirghizstan, où elle s’appuie sur une loi votée en 2017 : celle-ci prévoit qu’après témoignage de la victime, l’agresseur doit être placé au poste de police pour 48 heures au minimum afin que les victimes puissent trouver un endroit pour fuir les violences, dans un foyer dédié à l’accueil de violences faites aux femmes ou chez des parents ou amis. Ces dispositions doivent maintenant devenir effectives. 

Au Tadjikistan, mais aussi au Kazakhstan et en Ouzbékistan, les conditions dans lesquelles interviennent les associations qui défendent les droits des femmes semblent se détériorer, soit parce que leur activité est réprimée ou entravée par les autorités, soit parce que les pressions réactionnaires s’accentuent. C’est le cas au Kazakhstan, où un groupe de travail a été constitué au sein du parlement pour discuter d’une proposition de loi qui reprendrait en partie leurs propositions. Ce projet à donné lieu, comme en Russie, à une brutale campagne antiféministe. L’argument, éculé, serait que l’autorité parentale serait remise en question dans cette loi, les parents n’ayant plus le droit de frapper leurs enfants. Les coups sur une personne, qu’il s’agisse ou non d’un enfant, sont pourtant déjà proscrits par la loi kazakhe.

On sait que la bêtise n’a pas de frontières, et l’on voit à l’œuvre des argumentaires conçus par l’extrême-droite américaine, copiés-collés en Russie ou ailleurs par des traditionalistes bien en mal de savoir quelles sont les « valeurs éternelles » qu’ils défendent : la violence ? Les coups ? Le meurtre ? Le viol ?

Mais il y aussi en Asie centrale des associations qui défendent les droits des femmes, et des féministes, et cela c’est la bonne nouvelle. Intéressons nous à ce qu'elles font, un peu d'internationalisme nous fera du bien. 

Le Carnet de REPFoM (10 janvier 2021)

Et les liens vers les sites des associations citées dans le chapeau de ce billet : GulrukhsorSezimNajoti Kudakon

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