Russie, covid-19 et antibio-résistance

Des infections nosocomiales seraient la cause de décès de malades de la Covid-19 en Russie.

Pour prendre en charge les malades de la Covid-19, la Russie a fait le choix de « reprofiler », c’est-à-dire de réorganiser et de spécialiser des établissements hospitaliers existants, soit d’en créer de toutes pièces de nouveaux, comme cela a été le cas à Moscou. Ceci, bien sûr, sans préjudice de l’accueil des patients dans des établissements de droit commun malgré ces principes d'organisation, partout où il n’y avait pas d’autre solution.

Sans qu’un lien ne soit établi avec cette spécialisation, ces établissements sont actuellement le théâtre d’infections nosocomiales par des bactéries résistant aux antibiotiques. C’est en tout cas ce qu’a déclaré à la presse le chef du laboratoire de génomique fonctionnelle et de protéomique des microorganisme de l’Institut de médecine expérimentale de Saint-Pétersbourg, Artemi Gontcharov. Il a indiqué être saisi de façon récurrente par les épidémiologues des hôpitaux russes de rapports imputant le décès de patients atteints de la covid-19 à des complications bactériennes qui ne peuvent être traitées avec des antibiotiques disponibles. Selon lui, ces souches antibio-résistantes sont apparues dès l’été 2020 dans les hôpitaux reprofilés, et y circulent maintenant activement. Les stratégies thérapeutiques pour les combattre ne semblent pas efficaces.

L’information prend peut-être place dans le débat en cours sur les causes de décès des patients atteints du covid en Russie. Les données publiées par l’agence fédérale des statistiques montrent qu’il est particulièrement élevé, beaucoup plus que les statistiques publiées à chaud par l’état-major opérationnel Covid-19 gouvernemental, et plus également que l’estimation que j’avais reprise dans ce blog — j’y reviendrai, le lecteur pressé pourra d’ici là consulter ce billet de Sandra Pellet —.

Elle est surtout inquiétante. Les infections nosocomiales et les multi-résistances ne sont certainement pas l’apanage de la Russie, mais elle y est particulièrement exposée. Elles sont entretenues par l’absence de régulation de l’utilisation des antibiotiques. Leur auto-prescription est fréquente, elle est elle-même liée à l’absence de remboursement des médicaments prescrits par les médecins de ville pour les affections les plus fréquentes. Et la fragilisation du système hospitalier, lié à l’épidémie, mais aussi aux réorganisations des hôpitaux, et au faible niveau d’investissement dans ceux de premier niveau, a aggravé le risque.

Interfax (15 février 2021)

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