Russie, vote, covid-19

Des bureaux de vote ont été organisés dans les « zones rouges » pour les patients hospitalisés à la suite d’une covid

Beaucoup de choses ont été dites sur les élections qui viennent de se dérouler en Russie, et une grande partie d’entre elles sont probablement plus dignes de foi que ne le sont leurs résultats. J’ajoute à ce narratif une anecdote « sanitaire », dont les conséquences sur la sincérité du vote ont été plus minimes que d’autres, mais qui me semble illustrer l’étrangeté démocratique de la Russie.

Différentes initiatives ont été prises par les autorités russes pour favoriser la participation au scrutin, et une partie des commissions électorales des sujets de la Fédération a ainsi organisé le vote des patients hospitalisés après avoir contracté la Covid-19. Il s’agit notamment — je n’ai pas la liste complète —, de Saint-Pétersbourg, de Novossibisrsk, Touva, Omsk, du district autonome de Iamalo-Nénétsie, de Voronej, Belgrod, Saratov, Vologda, Smolensk et de la Mordovie. D’autres régions, notamment Koursk, l’Oudmourtie, Ivanovo ou Penza ont privilégié le vote électronique.

La solution la plus souvent retenue a été l’organisation de bureaux de vote temporaires dans les « zones rouges » des hôpitaux accueillant des malades de la covid, bureaux placés sous la responsabilité du personnel médical, puisque seul celui-ci a droit d’y pénétrer. Les urnes étaient mobiles, déplacées de box en box dans les services où les malades sont hospitalisés, à l’exception, semble-t-il, des services de réanimation. À l’hôpital Botkine à Saint-Pétersbourg, deux membres du bureau de vote accompagnaient l’urne, ainsi qu'un « volontaire » chargé d’aider le malade. Point d’observateurs ou de représentants des candidats, bien sûr.

Les opérations de vote ont été longues, difficiles à organiser : il y avait par exemple 549 électeurs sur la liste de l’hôpital Botkine — liste d’électeurs bien sûr transmise aux bureaux territoriaux afin d’éviter ou de faciliter un double vote —, et en Mordovie, ce serait 1500 patients des zones rouges qui auraient rempli ou été aidé à remplir un bulletin. Mais, si l’on en croit le président du bureau temporaire de l’hôpital Botkine, Aleksandr Vassiltchenko, félicité par le président de la Fédération Vladimir Poutine pour avoir conçu cette procédure, « les patients veulent voter : pour eux, ce n'est pas seulement un droit, mais aussi une certaine manière de revenir à la vie ordinaire, une opportunité d’échapper [à la maladie] ».

La phase du dépouillement, à lire ce qui s’écrit sur les réseaux sociaux, n’était pas non plus sans difficultés, notamment à cause de l’interdiction de sortir tout objet potentiellement contaminé par le virus des « zones rouges ». Il semble que la solution d’une désinfection aux ultraviolets soit celle qui est la plus souvent pratiquée. Pour le reste, de toute façon, chacun semble croire en Russie en l'absence de lien direct entre le choix porté sur le bulletin de vote et le résultat électoral global, l'important était donc plus de participer et de faire participer.

Dans une région au moins, celle d’Ivanovo, les chefs de services hospitaliers se sont refusés à organiser de tels bureaux de vote. Ils arguaient de l’absence de demande des patients — les motifs, éthiques ou sanitaires étaient probablement ailleurs.

En France, le vote des personnes hospitalisées ne peut se faire que par procuration. Il doivent faire la demande au cadre de santé du service où ils séjournent, en désignant un mandataire de leur choix, inscrit dans la même commune qu'eux. Cela semble plus sûr, si l'objectif est d'éviter les fraudes.

Tass (15 septembre 2021) - Tass (19 septembre 2021) - Ivanovo News (20 septembre 2021) - Peterbourgksi devnik (19 septembre 2021) 
  

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