Qu’est qu’une vie normale pour un Russe ?

Une enquête d'opinion montre que l'opinion russe serait profondément partagée entre ceux qui considèrent que la majorité de leurs concitoyens a « une vie normale », et ceux qui indiquent que la « normalité », ce devrait être mieux.

Le Centre Levada, du nom du sociologue Iouri Levada (1930-2006) est un organisme d’étude russe, à but non lucratif et à caractère non gouvernemental qui procède régulièrement à des études sociologiques auprès de la population russe. L’équipe de recherche du centre a été la première à mener des sondages d’opinion réguliers à travers le pays, à partir de 1988.

Il a publié le 17 janvier 2020, ici, les résultats d'une enquête réalisée en décembre 2019 demandant aux personnes interrogées ce qu’ils considéraient comme « une vie normale », avec deux réponses possibles : « vivre comme la majorité de ceux qui nous entourent », et « vivre mieux que la majorité de ceux qui nous entourent ». 

La question permet, selon les auteurs de l’étude, d’apprécier le niveau d’adhésion et de satisfaction à l’encontre de conditions de vie collective, ou, au contraire, d’aspiration, également collective, à une forme de vie meilleure.

En décembre 2019, 45 % des personnes interrogées répondaient que vivre normalement, c’est vivre comme la majorité, et 51 %, que c’est vivre mieux qu’elle. La part de cette seconde réponse augmente légèrement, mais continument.

 © Daniel Mathieu, données Levada © Daniel Mathieu, données Levada
La part des personnes considérant que vivre normalement, c’est vivre mieux que la majorité de ceux qui vous entourent :

- ne varie que légèrement en fonction du niveau d’éducation (50 % pour les premiers niveaux de formation, 53 % pour les personnes ayant suivi une formation supérieure),

- monte à 57 % pour les habitants de Moscou (contre 45 % pour ceux des zones rurales),

- monte à 58 % pour les jeunes de 18 à 24 ans (contre 48 % pour les plus âgés),

- monte également à 58 % pour les personnes ne comptant pas voter (contre 45 % de ceux qui, par exemple, déclarent qu’ils vont voter pour le parti du pouvoir, Russie unie). 

Ceux qui adhérent à l’idée que la vie normale, c’est celle de la majorité sont plus optimistes sur la situation économique et politique du pays et sur leur propre bien être. Ceux qui considèrent que la normalité, c'est vivre mieux que leur environnement sont plus pessimistes. L’écart est le plus grand pour l’appréciation portée sur le pouvoir.

Au delà de ces variations, c’est finalement l’existence, quelque soit le critère d’analyse, d’un clivage entre ces deux groupes qui est la plus marquante. Ils sont d’importance comparable, mais ceux qui expriment dans leur réponse une insatisfaction sont cependant majoritaires, et leur part s’accroit tendanciellement. 

Levada (17 janvier 2020)

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