La Russie avant-dernier pays d’Europe pour l’espérance de vie en bonne santé

C’est un des enseignements, et certainement pas le seul, d’une étude publiée dans Le Lancet et comparant différents indicateurs de démographie et de santé publique dans 204 pays du monde.

Le Lancet du 17 octobre 2020 publie une étude d’ampleur faite dans le cadre de la préparation du  Global Burden of Diseases, Injuries, and Risk Factors Study 2019. Elle reprend ou estime des indicateurs clé pour la compréhension de la situation sociale et sanitaire de 204 pays ou unités géographiques Ces indicateurs démographiques portent sur la natalité, la mortalité, les migrations. Rien ne permet de penser que ce travail n’a pas été fait dans les règles de l’art, et il présente l’estimable avantage de fournir des informations homogènes et à même date, ce qui n’est souvent malheureusement pas le cas des bases de données de l’organisation mondiale de la santé.  

J’en extrais celui de l’espérance de vie en bonne sang (healthy life expectancy, HALE). Je le fais d’autant plus naturellement que c’est ce point qui a été repris dans la presse russe. 

L'’espérance de vie en bonne santé est selon cette étude de 63,7 ans en Russie. C’est la deuxième plus basse en Europe (et non la plus basse, comme l’indiquent les articles de la presse russe, l’espérance de vie en bonne santé en Ukraine est estimée par les auteurs de l’étude à 61,7 ans). Les pays baltes, par exemple, sont à un niveau très supérieur à la Russie (Estonie : 68,0, Lettonie : 66,2, Lituanie : 66,5). L’Europe de l’ouest est en moyenne à 68,5 années d’espérance de vie en bonne santé, et la France avec 71,2 années, au niveau le plus élevé d’Europe après l’Islande (71,8). 

Cette faible espérance de vie en bonne santé en Russie est généralement expliquée par le poids des maladies non transmissibles liées à la consommation d’alcool et de tabac, à une alimentation non équilibrée ou encore à une activité physique insuffisante. Explications traditionnelles et commodes, probablement datées, il faudrait aussi évoquer le fonctionnement du système de santé, les cancers liées aux pollutions environnementales dans certaines régions, ou encore le niveau élevé de la mortalité dans la population d’âge d’actif, dont une des causes sont les décès du sida, faute de disponibilité suffisante des traitements. 

Le sujet est également politique : le pouvoir russe vient d’imposer à des Russes qui y étaient très majoritairement hostiles une réforme des retraites portant très rapidement l’âge de départ à la retraite à 63 ans pour les femmes et à 65 ans pour les hommes. En quelque sorte, l’âge où il n’est plus raisonnable d’y espérer être en bonne santé. Pourquoi alors s’aligner sur les pays de l’Europe de l’ouest ? 

Le Lancet (17 octobre 2020) - RIA novosti (17 octobre 2020) - RBK (17 octobre 2020)  - Nezavissimaïa gazeta (20 octobre 2020) 

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