Russie, Moscou, covid : vaccination à domicile

La mairie de Moscou a constitué 66 brigades pour vacciner à domicile les personnes à mobilité réduite.

Une information ponctuelle pour reprendre le fil de ces billets sur l’épidémie de covid-19 en Russie : la mairie de Moscou, qui en tant que sujet de la fédération de Russie est compétente sur l’organisation de la prévention et des soins de santé aux Moscovites, a annoncé le 13 avril dernier avoir mis en place un dispositif de vaccination à domicile. 

Il s’adresse aux personnes à mobilité réduite. Elles sont au nombre de 120 000. Un rendez-vous à leur domicile leur sera proposé. Elles n'auront  pas de démarche à faire, il s’agit de personnes déjà suivies par les services sociaux de la ville, qui communiqueront les données nécessaires aux polycliniques (dispensaires) de la ville.

66 brigades ont été constituées. Elles sont composées de médecins et d’infirmière des polycliniques. Chacune de ces équipes est équipée d'un thermo-conteneur qui maintient à moins de 18 degrés les vaccins (le vaccin russe n’a pas besoin d’une température de conservation inférieure). 

Le « plan de vaccination de masse » russe marque le pas, à cause, probablement, plus de l’absence de demande forte de la population pour être vaccinée que de problème de disponibilité des vaccins. En tout état de cause, le nombre de doses de vaccin administrées pour 100 habitants reste très en deçà de celui de pays occidentaux (cf. les deux graphiques ci-dessous, l’un en données cumulées, l’autre en moyenne mobile sur 7 jours). 

 © Daniel Mathieu - Données et support graphique Our world in data © Daniel Mathieu - Données et support graphique Our world in data

 © Daniel Mathieu - Données et support graphique Our world in data © Daniel Mathieu - Données et support graphique Our world in data

La situation épidémiologique parait cependant toujours plutôt maîtrisée, et le nombre des nouveaux cas se maintient à niveau inférieur à 9000 par jour (ou 60 nouveaux cas par million d’habitants, comme figuré dans le graphique ci dessous).

 © Daniel Mathieu Données et support graphique Our world in data. © Daniel Mathieu Données et support graphique Our world in data.

Ce plateau « bas » et « plat » – on se sent obligé d’ajouter ces qualificatifs, tant la notion de plateau s’est enrichie – peut s’expliquer par des procédures sanitaires empêchant, ou plutôt ralentissant significativement l’entrée des nouveaux variants sur le territoire fédéral. Mais la conviction est qu’une troisième vague de la pandémie est possible, sinon probable, et les autorités de santé restent prudentes, et sont en fait inquiètes. C’est une preuve de bon sens.

À Moscou, qui a été le sujet de la Fédération le plus touché par la covid-19, le maire, Sergueï Sobianine, a annoncé fin mars que plus d’un million de Moscovites avaient été vaccinés, ce qui est dans une certaine mesure peu au regard des plus de de 12 millions d’habitants de la ville. Il s’est inquiété d’une augmentation du nombre de cas de covid-19 chez les personnes âgées. Il a plus récemment alerté sur la perspective, à nouveau, de semaines « difficiles », et le nombre de nouveaux cas est effectivement en hausse depuis un mois à Moscou : il est maintenant de l’ordre de 2500 par jour. 

Tout ceci justifie bien sûr l’élargissement du dispositif vaccinal – les 66 brigades de vaccination avec lesquelles j’ai ouvert ce billet, la mobilisation des services sociaux pour contacter les retraités et leur proposer de se faire vacciner (400 000 l’auraient été) ou encore l’ouverture récente de nouvelles antennes de vaccination dans les centres commerciaux. Et cela justifie aussi la communication sur ces dispositifs, dont on peut espérer qu’elle recouvre la réalité. 

Mais c’est par une interrogation que je voudrais conclure : créer 66 brigades de vaccination à domicile, serions-nous capable de faire cela ? Le système de santé russe a ses limites et ses carences, je les ai soulignées à plusieurs reprises dans ce blog. Il a aussi une force, celui de s’appuyer sur un réseau de dispensaires publics, les polycliniques, dans lesquelles est dispensée la médecine ambulatoire. Et cela lui donne des capacités de réponse organisationnelle que n’ont pas d’autres pays. 

Le dispositif de vaccination à domicile de Moscou est en tout cas en train d’être repris par d’autres régions russes. Il l’a été notamment par Samara, Saint-Pétersbourg et Astrakhan. Et aussi en Estonie, qui, comme chacun sait, ne fait pas partie de la Russie. 

RBK (13 avril 2021) - Izvestia (13 avril 2021) 

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