Russie : conscription et coronavirus, ou comment faire 130 000 tests d'un coup

La convocation le 1er avril dans les centres de recrutement de milliers d'appelés russes crée un risque de contagion évident.

Le porte-parole de la présidence de la fédération de Russie, Dmitri Peskov, avait indiqué le 18`mars que le Kremlin étudiait le report, compte tenu du Covid-19, de l’appel sous les drapeaux prévu pour le 1er avril. Il y a deux appels par an dans les forces armées russes, dont les effectifs étaient en 2019 de 352 000 officiers et sous-officiers, 394 000 hommes de rang et sergents sous contrats, et de 267 000 conscrits. L’objectif aurait été d’éviter les regroupements et les risques de contagion liés à ce recrutement, et d’attendre que soit passé le pic de l’épidémie.

Le ministre de la défense, Sergueï Choïgou, a finalement indiqué que l’appel était maintenu, avec « les précautions nécessaires ». Tous les nouveaux conscrits subiront un test pour le Covid-19, ceux pour lequel il sera positif seront mis en quarantaine. Les commissions médicales militaires d’incorporation disposeront du matériel médical nécessaire, et seront renforcées par des spécialistes. 

Le ministère de la défense a également fait le point dans une réunion interministérielle des mesures prises dans les armées. Elles concerneraient tous les établissements militaires, et consistent en des restrictions sur les déplacements et les exercices, des prises de température régulières, et le port d’équipements de protection. Les élèves des écoles militaires ont été consigné pendant les vacances de printemps. Des services spéciaux pour traiter les personnes infectées auraient été créés dans 32 hôpitaux militaires, les stocks nécessaires auraient été faits, et 16 centres spécialisés seraient en cours de construction : 8 d’ici le 30 avril, à Odintsovo, Podolsk, Nijni Novgorod, Novossibirsk, Orenbourg, Oulan-Oude et d’Oussouriisk, et 8 autres d’ici le 15 mai. 

Ce maintien de l’appel de printemps est critiqué par les organisations de défense des droits de l’homme, notamment les « Mères de soldats de Saint-Pétersbourg ». Elles soulignent que des milliers de personnes seront rassemblées dans les centres de conscription, avant même d’avoir été testées. Le risque est de plus accru par le fait que les convocations adressées comportent toutes la même heure d’arrivée au bureau de recrutement. Elles pointent la contradiction avec la recommandation faite aux Russes de rester chez eux, avec les décisions prises par d’autres départements ministériels, et avec le report de vote sur les amendements constitutionnels.

L’appel de printemps a été annulé dans plusieurs pays de l’ex-Union soviétique : Ukraine, Géorgie et Kazakhstan. En France, pour cela au moins nous avions largement anticipé.

Vedomosti (18 mars) - Takie dela (27 mars) - Nezavissima gazeta (28 mars)

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