Qu’est-ce que l’engagement civique en Russie ?

C’est d’abord, selon une enquête de Levada, la solidarité et les dons individuels. Et, aussi l’exercice du droit de vote, bien qu’il subisse tant d’entraves. Les formes d’action collectives sont minoritaires, mais restent évoquées.

Le Centre Levada, du nom du sociologue Iouri Levada (1930-2006) est un organisme d’étude russe, à  but non lucratif et à  caractère non gouvernemental qui procède régulièrement à des études sociologiques auprès de la population russe. L’équipe de recherche du centre a été la première à  mener des sondages d’opinion réguliers à travers le pays, à partir de 1988. Il a été inscrit sur la liste des « agents de l’étranger » par le ministère fédéral de la justice russe. 

Levada a publié le 27 avril dernier les résultats d’une enquête sur la relation des russes à l’engagement et à la citoyenneté. Je reprends presque intégralement la présentation qui est faite sur son site des résultats de l’étude

La première question porte sur les formes de l’implication des russes dans la vie, l’action et les solidarités collectives. La palette de réponse proposée est relativement large, et c’est le don qui vient en tête, en 1ère position pour les dons matériels (38 % des réponses) et en 3e (21 %) des réponses. L’exercice du droit de vote s’intercale entre les deux (29 %). Le bénévolat, peut-être plus contraignant, n’est cité que par 7 % des personnes interrogées. 

 © Daniel Mathieu / Données Levada © Daniel Mathieu / Données Levada

Les plaintes et les réclamations viennent en position médiane (13 %), de même que les actions collectives citoyennes. Les diverses formes de manifestations, les grèves et le militantisme politique sont loin derrière. 

Selon Levada, les critères sociaux, géographiques et politiques ont peu d’influence sur les réponses, à l’exception du niveau de revenu : les plus pauvres sont globalement plus engagés que les plus riches, les plus riches font plus de dons en argent. Le bénévolat est fréquent chez les jeunes. Les réclamations collectives et les pétitions sont plus souvent le fait de personnes de formation supérieure ou de Moscou, et, avec les différentes formes de manifestations, de personnes se situant dans l’opposition au pouvoir. 

La seconde question de l’enquête porte sur ce qui conduit à cet engagement citoyen. C’est une question ouverte, les réponses sont ensuite regroupées. Celles-ci arrivent ainsi en tête (25 % des répondants) mettent en avant une position altruiste : l'envie d'aider, la sensiblité à la douleur des autres, la bonté, l'empathie, l’amour. Viennent ensuite, assez loin, pour 9 % des répondants, les positionnements militants (il faut défendre des droits, avoir une position active, ne pas se taire, personne ne le fera à notre place, c'est notre responsabilité) et pragmatique (un problème concret, une question qui me concerne, mon intérêt, un gain personnel, la nécessité). Juste derrière, à 8 %, les sensibilités opposées du « on le doit à la patrie, j'aime la Russie, je suis un patriote » et « la mauvaise situation du pays, le désordre, la pauvreté, le désordre ».

Une autre question portait sur les obstacles à l’engagement citoyen, plutôt dans sa version résistance  civique.

 © Daniel Mathieu / Données Levada © Daniel Mathieu / Données Levada

Les réponses sont assez équilibrées. Ceux qui ont une pratique de l’engagement sont aussi ceux qui répondent plus souvent que le manque d’expérience de l’action civique est le principal obstacle. La paresse, la passivité et la résilience du peuple russe sont invoquées plus fréquemment par les personnes ayant fait des études supérieures et les Moscovites, ce dont les auteurs de l’étude notent la condescendance. 

Levada (27 avril)

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