Russie, avortement, assurance maladie, église

L’Église orthodoxe russe vient d’adopter une série de propositions aux pouvoirs publics pour restreindre de droit à l’interruption volontaire de grossesse.

L’Église orthodoxe russe a réuni en mai dernier son Xe congrès consacré aux services sociaux. Il a rassemblé 800 personnes, pour moitié des représentants de 165 diocèses russes ou étrangers, pour moitié des personnes impliquées dans les services sociaux et les organisations caritatives en dépendant.

Les conclusions de ce congrès viennent d’être approuvées par le patriarche Kyrill et publiées. Elles comportent 14 propositions faites aux pouvoirs publics, dont la moitié concerne l’avortement. La position officielle de l’Église orthodoxe n’est pas en faveur d’une interdiction légale de l’avortement, elle demande, et a obtenu notamment en 2011, 2013 et 2017 des mesures le rendant plus difficile. Sa priorité est maintenant de parvenir à ce qu’il ne soit plus pris en charge par l’assurance médicale obligatoire.

C’est l’objet de la première proposition du congrès. Dans un premier temps, cette prise en charge ne serait maintenue que pour les femmes dont les ressources sont inférieures au minimum vital. Cette disposition serait inspirée de la législation allemande, où les interruptions volontaires de grossesses ne sont remboursées qu’en cas de menace pour la vie de la mère ou de viol, avec toutefois la possibilité pour chaque Land d’accorder ou non une aide aux personnes dépourvues de revenus.

D’autres propositions demandent que la loi fédérale rende obligatoire :

- la consultation d’un psychologue et d’une assistante sociale pour toute femme demandant un IVG. C’est dans le prolongement du délai de réflexion introduit en 2011, et de pratiques régionales qui prévoient l’audition des femmes par des commissions, dans lesquelles sont parfois présents des prêtres. 

- la réalisation d’une échographie et l’audition par la femme du battement cardiaque de l’embryon dont elle souhaite avorter — idée, me semble-t-il nécessaire de commenter, particulièrement méchante, malsaine et honteuse.

- et qu’elle interdise aux médecins et aux personnels médicaux de proposer des IVG.

Une des propositions prévoit de généraliser en Russie les baby-boxes ou boites à bébé, qui permettent l’abandon anonyme des entants. Ce dispositif — notre ancienne tour d’abandon — est très controversé en Russie, et la position prise par le congrès est de ce point de vue importante

Les autres propositions visent à accroître les aides aux femmes enceintes et aux mères, avec notamment le versement d’une allocation mensuelle dès la 12e semaine de grossesse. 

Xe congrès de l'Église orthodoxe russe sur les services sociaux © diaconia.ru Xe congrès de l'Église orthodoxe russe sur les services sociaux © diaconia.ru

 
Lenta (21 juillet 2020) - Site de l’Église orthodoxe russe (21 juillet 2021) - Avortement en Russie (Wikipédia)

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