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Billet de blog 1 juin 2020

Carnet de notes 2 / Déconfinement Acte 1 : Affamer la population.

Mayotte n’a pas su confiner. Excessive pauvreté sinon misère noire, quartier d’habitations en tôles insupportables en journée, points d’eau souvent très éloignés. Mayotte ne sait pas déconfiner. Tout fonctionne à nouveau dans une situation de confusion totale. D'où l'on voit dans le témoignage accablant d'Angèle, l'unique point clair au programme : affamer la population pauvre.

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Mamoudzou, Vente sur le trottoir, 2019 © daniel gros

Mayotte n’a pas su confiner. Excessive pauvreté sinon misère noire, quartier d’habitations en tôles insupportables en journée, points d’eau souvent très éloignés. Tout cela fut sans cesse rabâché en termes d’excuses pour l’État et d’accusation pour les populations concernées. Importance de l’économie parallèle suspendue sans filet de protection autre qu’une misérable distribution de bons d’achat d’une valeur de 35 à 40 euros au bout de la neuvième semaine. Soutien alimentaire non généralisé et délégué par l’État, alors que lui-seul était en mesure de mobiliser les moyens indispensables. Ce qu’il n’a pas fait.

Mayotte ne sait pas déconfiner. Voilà trois semaines que l’île tente de renouer avec ses habitudes, que les magasins ont été autorisés à ouvrir,  que les carrefours produisent les mêmes embouteillages coutumiers. Mais le confinement n’a pas pour autant été levé. Les piétons, automobilistes, camionneurs continuent à circuler avec l’attestation de sortie dérogatoire. Les administrations restent fermées.

Il y a longtemps que les services publics ne rendent plus de services au public. A Mayotte et ailleurs en France.

Les services publics restent fermés et ne reçoivent plus les administrés. Pour le coup, le confinement n’a pas dévié la tendance. Il l’a aggravé et semble-t-il durablement. Depuis longtemps, la préfecture, lieu sensible s’il en est, n’instruit plus que les demandes de rendez-vous par courriel.  

De même le centre des impôts impose (c’est son rôle) la déclaration de revenus en ligne. Exclusivement. Est annoncée une amende de 60 € en cas d’insoumission. Une possibilité de demande de rendez-vous par texto est ménagée. Dans ce cas, un agent rappellera dans un délai qui peut durer plusieurs semaines. Le moment venu, il exigera le motif de la demande. Si la réponse est fournie sur le site, l’accès aux guichets sera refusé. (Expérience faite par l'auteur)

Pôle-emploi n’est pas en reste. Pionnier de la formule, il néglige depuis longtemps la relation humaine, attentive et compréhensive. Les demandeurs d’emploi n’espèrent plus de solution. Il leur suffit de cocher la case : « je suis disponible pour un emploi » et de consulter les offres en cours. Débrouille-toi avec ton problème, semble dire l’administration française. Sans doute s’imagine-t-elle que quelques marginaux résistent volontairement à cette commodité. Tous ceux qui ne sont pas en capacité d’accéder à la « toile » et de se mouvoir dans son réseau.

L’art de faire payer aux pauvres l’accès aux administrations. Qui veut faire fortune à Mayotte ouvre un cyber.

L’inclination de la République Française à déclasser sans répit et affaiblir les plus précaires avec obstination s’observe hélas à la loupe à Mayotte.

Programme de l’acte 1 du déconfinement : affamer les populations dépendantes de l’économie informelle.

Ainsi la seule place demeurant déserte du Grand Mamoudzou se trouve autour de la place de la République, du Comité du tourisme non ouvert et du marché alimentaire désespérément désert et dépourvu du moindre chaland depuis son ouverture voici une semaine. Les quelques vendeuses de produits locaux nettoient et arrangent leurs étals. Depuis quelques jours les voitures de la police municipale et de la police nationale dont les agents n’ont sans doute rien d’autre à faire, purgent toutes les surfaces des vendeurs à la sauvette qui tentent de se redresser après les longues semaines de confinement.

Pas de pitié pour les gueux.

Voici le témoignage d’une jeune femme Burundaise, en situation de demande d’asile depuis un an. Les demandeurs d’asile à Mayotte ne bénéficient d’aucun des droits sociaux prévus en métropole les plaçant dans une situation de misère permanente. Elle a quatre enfants. Elle vit dans une habitation en tôle dans le quartier de Bandrajou à Kaweni. Un petit logement qu’une bonne personne lui aurait prêté. Elle vit de la vente d’oignons (shirungu) en général sur la place de la République à Mamoudzou d’où elle a été refoulée hier dimanche, la police municipale l’invitant à se déplacer vers Kaweni où elle ne serait pas dérangée.

Son témoignage prouve que les autorités ont décidé de maintenir sur les populations pauvres et surtout étrangères la pression mise par le confinement. Les intentions sont claires : il s’agit d’affamer la population.

« Je m’appelle Angèle, j’habite à Bandrajou, au-delà de Kaweni. J’étais à essayer de vendre des oignons à 8 heures devant le HD à Kaweni, et la police nationale elle est venue, elle a pris les oignons de moi, 15 kilos et à ma collègue, et ils ont pris l’ail de 22 euros,

« Après je dis : non, messieurs faut m’aider parce que j’ai des enfants ici à Mayotte et je n’ai pas d’aide. J’allai à la Croix pour chercher une aide alimentaire et je n’ai pas trouvé. J’allai à la mairie de Mamoudzou pour chercher une aide alimentaire , ils m’ont inscrite mais ils ne m’ont pas encore appelée pour me donner une aide.

« Les policiers ont dit : non madame, ne t’en fais pas, ça c’est pas notre problème, nous on fait notre travail, c’est pas permis de vendre dans la rue. Je lui ai dit : pouvez-vous m’aider pour me donner mes oignons, et moi je peux aller les vendre à la maison, je ne vais pas aller encore à la rue ? Il dit : non vous les Africains vous n’en faites qu’à votre tête. Ici à Mayotte il y a le Droit et vous n’avez pas le droit de vendre ici à Mamoudzou.

« Moi je viens du Burundi, il y a un an que je suis à Mayotte avec mes enfants et on ne nous donne rien. Ça fait presque une année. Je vends des shirungu parce que j’ai des enfants, je n’ai pas d’aide, il n’y a pas d’aide alimentaire, pas de droits sociaux, on n’a pas, c’est pour ça qu’on vend les shirungu, on n’a pas d’autres moyens. Est-ce qu’on doit mourir avec les enfants ? C’est parce qu’on est dans la rue pour vendre. Mes 15 kilos c’est 60 euros, je ne les ai pas encore payés, je les prenais au grossiste à Kaweni, je vais les payer, c’est pas son problème à lui, je vais payer, on paye après avoir vendu. Je vais encore en prendre et après je paierai tout petit à petit. Depuis 9 heures je suis devant la police nationale, depuis 9 heures du matin, je suis devant pour qu’on me rende.  Ils n’ont rien voulu savoir.»

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