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Billet de blog 9 avr. 2021

Chronique de la brutalité sous pandémie 5/ Encourager le «séparatisme»

Tout en préparant une loi contre le séparatisme, le gouvernement poursuit à Mayotte une œuvre de séparation aux conséquences tragiques sur les populations. Il a pris le relai des meutes xénophobes en démantelant lui-même tambour battant les quartiers pauvres sans souci des habitants. Aujourd’hui le témoignage d’une mère de famille française met à jour les fondements du tri humain pratiqué.

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Chirongui, Mayotte, 2019 © daniel gros

Est-il correct d’assimiler sans forcer le trait bidonvilles et dépotoirs ? Ceux-ci, installés comme ceux-là à l’extérieur des villes et des villages, ont d’ores et déjà été rationalisés en déchetteries écologiques. Le recyclage impose ses lois, tout est propre, pensé. Peu de place n’est laissé à l’anarchie. Les dépôts d’objets sont sérieusement contrôlés selon leurs nature et composants et orientés vers des bennes spécifiques. Ce qui n’est pas recyclable ne peut être laissé, par exemple les matériaux à base d’amiante.

Pourquoi le terme « bidonville » est-il suspect et que le dignifier en concept pour la pensée une entreprise périlleuse ? Parce qu’il a fini par s’accoupler analogiquement avec celui de « dépotoirs humains » et pire : de rebuts humains non recyclables. Si l’économie de Mayotte ne parvient à employer que 30% de la population en âge de travailler (les individus âgés de 15 à 64 ans), il compte par définition 70% d’excédentaires. Les habitants incapables de s’insinuer dans le tissu urbain policé des bâtiments construits avec des matériaux nobles comme les parpaings et le béton, ceux qui se regroupent dans des quartiers d’habitat informel semblent aussi considérés comme du rebut.

Il faut comprendre l’État : ces habitants échappent à son contrôle ; ils construisent sans permis, là où il y a de la place, sans se préoccuper des valeurs du logement « bourgeois », simplement guidés et contraints par leurs astuces et les matériaux disponibles, ceux qui leur tombent sous la main. Ce n’est pas un hasard si ces gens nomment toute activité de l’économie informelle des « bricoles ». Ils imaginent ne rien devoir à l’État, mais oublient qu’il n’est aucun lieu où l’État perd le contrôle et qu’il aura le dernier mot.

Les humains excédentaires sont de deux types, les recyclables et les autres. En détruisant les quartiers pauvres de Mayotte sans se soucier de l'avenir de ses occupants, l’État montre qu’il considère leurs habitants comme du rebut humain non recyclable, ceux qui ne peuvent être réinsérés dans un mode de vie normal. Sinon il prendrait sans doute la peine de procéder à leur relogement avant toute démolition. Ce qu’il ne fait pas.

Ce faisant, il affirme ses choix idéologiques loin des principes républicains qu’il glorifie par ailleurs à la façon des dévots : l’emploi du terme « bidonville » et surtout son obsession à mener ses exactions sous couvert de la loi ELAN, loi cousue de fil blanc, ne laisse aucun doute sur ses adhésions antirépublicaines.

Ainsi les bidonvilles de Mayotte ne sont pas considérés comme des quartiers pauvres susceptibles de réhabilitation, mais des dépotoirs humains non recyclables destinés à être rasés, les habitants emportés dans le cataclysme.

Comment un tel glissement, du quartier pauvre au dépotoir, s’est-il opéré ? Et pourquoi Mayotte représente-t-il un territoire favorable à cette métamorphose ?

L’histoire de Mayotte dans ses relations avec les îles voisines de l’archipel des Comores, dont certains Mahorais renient à présent l’appartenance, éclaire la question. Les deux temps de la séparation de Mayotte d’avec l’Union des Comores, le référendum de 1974 et le visa Balladur de 1995, ont suscité la recherche d’une identité mahoraise spécifique appelée  « mahorité », qui les sépare de leurs voisins et de leur passé.

Tout nationalisme cherche à naturaliser des différences. A Mayotte, l’État lui-même encourage l’opération.

Aussi la question de la nationalité ne peut être simple sur cette île isolée de son archipel. Il ne suffit pas d’être français vivant à Mayotte pour être digne des marques de la « mahorité ». Il faudra être démarqué, c’est-à-dire se démarquer, être marqué à revers, contre ses origines. La mahorité pose des stigmates inversés.

Il faut être né à Mayotte avant le référendum de 1974 par lequel 64% des électeurs de Mayotte ont proclamé leur attachement à la France. Déjà parmi les 36% ayant voté différemment, certains furent chassés de l’île dans un climat de terreur[1]. Mais à présent, tous les descendants des habitants non natifs de Mayotte avant cette date fatale sont déniés dans les droits que leur confère la nationalité française qu’ils ont acquise.

Et l’État français encourage ces pulsions xénophobes par la mise en place d’un droit dérogatoire, l’instauration de droits sociaux spécifiques bien sûr au rabais, et en remettant sans cesse sur le métier la question de la nationalité. Ainsi il a fait droit en 2018 à la revendication des parlementaires locaux de limiter l’accès à la nationalité des enfants nés à Mayotte de parents étrangers. Voici donc que des enfants âgés de 18 ans sont interpelés, retenus au Centre de Rétention Administrative et renvoyés aux Comores, en toute illégalité, dans un pays qui leur est étranger et d’où ils reviendront sur des kwassakwassa au péril de leur vie[2].

L’État français avait déjà témoigné de sa complaisance envers les comportements xénophobes en « escortant » les opérations de « décasages » en 2016, véritables pogroms tolérés contre une partie de la population[3].

A présent, il procède lui-même à de telles exactions en détruisant les quartiers pauvres, la dernière en date remonte aux lundi 5 et mardi 6 avril dans le quartier La Vigie[4]. Une autre opération de ce type est annoncée par arrêté préfectoral du 2 avril 2021 dans le village de Mréréni, commune de Chirongui[5].

Mayotte présente un terrain favorable à l’expérimentation de la gestion des excédents de population. Dans la mesure où le code de la nationalité peut y être malmené sans que trop de témoins y trouvent à redire, et qu’une partie privilégiée appartenant pour l’essentiel à l’administration territoriale ou nationale cherche à fonder ses privilèges dans une “nature” mahoraise fantasmée, le pouvoir peut encore s’illusionner et transporter les rebuts humains non recyclables peuplant les bidonvilles par-delà les frontières. S’il ne peut réaliser légalement les expulsions des individus titulaires d’un titre de séjour, il lui suffit de fermer le bureau de l’immigration à la préfecture à la faveur d’une heureuse pandémie et d’en pérenniser les dysfonctionnements pour que petit à petit les retards dans les traitements s’accumulent et que les personnes se retrouvent en situation irrégulière donc expulsables.

Le témoignage qui suit raconte la condition d’une mère de famille. Née à Anjouan, elle est arrivée à Mayotte petite fille avec sa famille en 1972, avant la séparation. Malgré la nationalité française, l’histoire qu’elle raconte montre clairement le destin réservé à la catégorie de population à laquelle elle appartient. Se disant avec raison instruite puisqu’elle a poursuivi ses études jusqu’au bac, ce qui était relativement rare au début des années 1990, elle n’a jamais pu accéder à un emploi. Elle attribue les raisons de sa condition au déni de nationalité aux natifs des autres iles des Comores et sa condamnation à la pauvreté à l’entre-soi des natifs de Mayotte qui se réservent les postes et les emplois. Cette femme élève cinq enfants : son garçon et sa fille français, et trois nièces nées aux Comores pour lesquelles elle a demandé au tribunal de Mamoudzou d’ordonner la délégation d’autorité parentale. Demande que le tribunal a refusé d’instruire à chaque fois malgré la présentation d'une ordonnance de délégation d'autorité parentale délivrée par le tribunal d'Anjouan avant de confier les enfants à la tante. Ce qui montre que la justice elle-même prend des libertés par rapport à la loi et aux droits des personnes, puisque ces filles ne sont pas incluses dans les ayants droit à la sécurité sociale, sont exclues du calcul de l’impôt, des allocations familiales, des bourses scolaires, créant artificiellement des enfants isolés.

Ni la dame, ni son mari n’occupent un emploi. La famille de 7 membres vit des 200 € versés par la CAF et de « bricoles ».

Le récit est précédé d’une petite introduction par une des nièces qui appelle sa tante ma mère comme celle-ci nomme ses nièces ses filles.

*   *   *

« Ma mère avait demandé une maison dans des logements sociaux mais depuis on ne lui a jamais répondu. Les Mahorais ils donnent les maisons entre eux, ils ont les terrains et tout. Depuis 2016 ma mère elle a été exclue [elle veut dire expulsée] de là où elle habitait et un ami lui a donné quelque part où se loger. Un Mahorais qui habite à La Vigie mais c’est son terrain. Elle a un numéro de dossier de demande de logement [social]. On espère qu’on ne fait pas partie des gens qui vont être exclus [expulsés] »

*   *   *

« C’est pas sûr que la maison va être démolie. Je ne connais pas les limites du quartier qui va être détruit. Quand j’ai été expulsée en 2016 du terrain où j’habitais, j’ai été la première à être expulsée [son propriétaire en a pris l’initiative avant que l’opération soit déclenchée par les autorités]. Quand on m’a expulsée, qu’on m’a coupé le courant. C’était l’époque où on a chassé tous les étrangers qui se sont installés Place de la République, près du marché de Mamoudzou. Le monsieur qui me loge sur son terrain aujourd’hui, il m’a pris en pitié. Il m’a mis là. Y a pas d’eau courante. S’il pleut il y a de l’eau qui coule dans la maison. Toutes les affaires sont dans des sacs poubelles [pour éviter l’humidité]. Je vis comme ça. Je vis avec ces problèmes. Je ne travaille pas, mon mari il ne travaille pas. C’est dur d’aller louer une maison [dans ces conditions]. Quand les gens de Grande Terre ont été expulsés en 2016, le maire de Labattoir a dit à la télé qu’il ne faut pas donner aux étrangers, qu’il faut les chasser.  Alors le monsieur qui me louait la maison dans sa cour, il m’a mis dehors. C’est moi la première qui a été expulsée de sa maison en Petite Terre mais ça s’est fait en cachette. Ce n’est pas connu. J’étais déjà à la Vigie, il m’a expulsée.

Ce monsieur, mon ancien propriétaire, il était jaloux de ce que faisaient les autres. Quand il a vu à la télé le maire dire qu’il ne faut plus donner l’électricité, qu’il ne faut plus faire ceci, qu’il faut faire cela [contre les étrangers], il m’a dit que je dois sortir de son terrain. J’ai discuté avec des amis pour mettre à l’abri les enfants. C’est comme ça que j’ai rencontré ce monsieur qui a eu pitié de moi et m’a permis de m’installer sur son terrain. Il m’a dit que je pouvais m’installer là provisoirement. Je suis dans cette situation provisoire depuis ce temps-là. Il a eu pitié de moi. J’ai toujours habité à la Vigie, depuis 1999. C’est le voisin du propriétaire qui m’a chassée qui a eu pitié.

J’ai pu m’installer juste à côté [de mon ancienne maison] sur un terrain juste à côté. Au début, il [le propriétaire précédent] venait tout le temps dire à mon mari : “Pourquoi vous n’allez pas vous installer à Anjouan, là-bas ?” Il était chaud, chaud, chaud ! Mais nous on ne répondait rien. Il a essayé de nous menacer. Mais nous on ne répondait rien. Quand on le voit, on lui dit bonjour et voilà. On ne répond rien. On sauve la paix.

Depuis ce temps-là [l’expulsion de 2016] j’ai demandé un logement social mais ils ne me le donnent pas.

Je suis Française, mais Dany, y a quelque chose qui cloche avec vous les Français. Nous les Comoriens même si on a la nationalité française, les Mahorais ne comptent pas ce point-là. Sauf au moment du vote. Si on demande un travail ou n’importe quoi, les Mahorais, ils regardent le lieu de naissance, si ça montre qu’on est des Anjouanais, c‘est fini [voix en colère]. On compte plus.

C’est pour cela que moi, je ne trouve pas du travail. Et moi je suis instruite quand même, je suis allée jusqu’en terminale, j’ai le brevet, j’ai le BAFA, j’ai fait un BEP, j’ai fait un tas de formations. Mais on ne me prend pas pour travailler. Même pour un petit travail, jamais !

Moi je vais voter quand même, j’ai le droit. Avec Monsieur Chirac, j’ai été acceptée [dans la nationalité française], donc je vais voter.

Je suis née à Anjouan. Mais je suis à Mayotte avec ma famille depuis 1972. Et on me compte anjouanaise jusqu’à aujourd’hui ! Mais dans les papiers à la préfecture je suis Française ! Par contre pour me nourrir, je suis étrangère ; pour vivre, je suis étrangère !

Tu sais, c’est politisé en fait. Il y a des gens ils ont des [cartes de] séjours mais on les critique devant les maires, devant les agents, et nous on n’a pas la place pour vivre. Voilà ! Si jamais vous voyez mon CV, vous vous demanderez pourquoi je souffre. Personne ne me compte… je suis considérée comme une illettrée. On me prend comme si je suis illettrée. Même si je demande le balai pour aller balayer les ordures dans la rue, pour trouver de quoi manger, jamais on ne me donne. Comment on fait ? Jamais ! Imaginez, depuis 2020 avec le COVID tout est ralenti. Nous on est là, et on fait comment ? Et quand on écrit quelque part, qu’on dépose des CV, qu’on envoie au collège ou n’importe où, ça ne répond pas. Ça ne répond pas. C’est à vous de nous sauver la vie s’il vous plait ! [Elle rit].

Tous les jours je rencontre des gens qui me disent : “on est détestés ici. On est détestés. Les Mahorais nous détestent”. Voilà. Je suis Française, j’ai les droits comme les Français, mais ça ne se passe pas comme ça, ici. Même les aides, là, les bons d’achat, comme c’est politisé à la mairie, nous on n’en a aucun, aucun ! Une amie m’a donné deux chéquiers pour aller au Sodicash[6], pour aller chercher de quoi manger. Une amie ! Moi je suis à côté [d’une association] où on donne des bons d’achat et on ne m’en donne pas. J’ai tous les droits mais mes droits ils sont violés, voilà ! C’est politisé. Je ne vais pas aller me battre avec monsieur le maire. Même avec mon numéro de demande de logements sociaux, je vous confirme que je suis allée trois fois chez le maire pour prendre rendez-vous, pour supplier, parce que ma mère elle est toujours alitée, je voulais de l’aide pour nourrir ma mère et mes enfants, et aussi parce que j’ai besoin d‘un logement pour ma mère et mes enfants. Le maire, il ne m’a pas répondu jusqu’à maintenant. Donc pour le vote des maires j’ai pas donné ma voix, j’étais fâchée. A chaque fois je supplie, je supplie ! Et lui pourtant il me connait depuis mon enfance jusqu’à aujourd’hui. Et lui il ne m’aide pas. Ni pour le travail, ni pour l’habitation, jamais, jamais, jamais. Je vais mourir. Et moi, j’habite à la Vigie depuis 1999. J’étais là où on va expulser les gens, là-haut, et j’ai fait la descente, la descente, jusqu’à maintenant là où je suis. Je ne suis pas dans ma maison, je suis dans la maison du monsieur [qui m’a accueillie] c’est lui qui a fait la maison. C’est en tôle. Il y a une pièce et deux petites chambres pour les petits. J’ai mis deux lits superposés. J’ai une chambre à moi et deux petites chambres pour les petits, voilà et le coin pour manger et mettre la petite télé qui est là. Ma mère elle dort avec les petits. Pour [mes deux filles adolescentes], j’ai mis un lit superposé à deux places, en haut, il y a mon fils, qui dort en haut [lit une place] et en bas, mes deux filles [lit deux places]. Il y a deux lits à étage et mes deux autres filles plus jeunes elles dorment là. Et j’ai mis un petit lit pour ma mère. Je l’ai mise là au cas où, parce que des fois j’ai peur que les petits qui dorment au-dessus y vont la cogner avec les jambes là de gauche à droite, avec les jambes qui se balancent, et c’est dangereux pour moi parce qu’elle a été opérée à La Réunion, une opération du cœur, donc moi je l’ai mise à part. Voilà comme on vit. On fait avec ce qu’on peut. Là c’est vraiment serré. Même pour laver les vêtements, il y a plus de place. Même pour les petits il y a plus de place. On vit comme au cimetière.

Il n’y a pas d’eau. Il y avait un tuyau qui arrivait ici mais je ne sais pas ce qu’il se passe à la Vigie, les tuyaux, ils ont été coupés. Il y avait une grosse facture et depuis octobre, je n’ai pas d’eau. Quand il pleut comme en ce moment, là je récupère l’eau de pluie. J’ai acheté une carte aussi pour aller chercher l’eau de la fontaine. Mais des fois, les enfants sont fatigués après l’école. Alors l’après-midi, ils n’arrivent pas à aller chercher l’eau. Car la fontaine à carte, elle est loin de nous, elle est derrière la mosquée de la Vigie, là-bas dans les ravines. Le maire, il a mis une fontaine à carte récemment près de la mosquée. Mais la fontaine aussi c’est politisé. Quand les enfants vont là-bas, on les menace tous les jours. Ils ont peur d’y aller.

L’électricité c’est aussi une histoire. Les gendarmes sont venus avec un chien pour voir si l’électricité c’est pas volé. Mais les gendarmes, quand ils ont vu que ma maman était dans un lit, qu’il y avait des médicaments au frigo ils ont laissé l’électricité. Mais EDM [Électricité de Mayotte] me réclame des 1000 €, 700€, 800€, 900€, Moi je reçois pas de factures. Je reçois des textos sur mon téléphone : « payez 800€ », « payez 900€ », « payez 1000€ », donc je vis un enfer, monsieur Daniel. [Selon la dame, le fournisseur ne présente jamais de facture mais envoie des injonctions à payer sur son téléphone]

Il vaudrait mieux que je sois un clandestin pour trouver à manger. Si jamais j’étais clandestin, j’irai à gauche à droite. Même si je fais des bricoles, pour gagner un petit sou, les sous, ça va à EDM. Aujourd’hui j’ai payé l’électricité, parce qu’avec l’argent qu’on n’avait pas en 2020, on n’avait pas payé. Et on savait que ça allait couper, l’électricité. On nous avait dit qu’on nous laissait l’électricité pour la mamie, mais il faut payer. Mais si un jour vous n’avez pas payé, ça sera coupé et ça ne reviendra jamais. Alors je suis allée à EDM et j’ai payé la facture, j’ai payé la moitié. J’ai payé 395 euros ; donc il faut encore payer l’autre partie. Vous imaginez là ? Le compteur est à changer mais le propriétaire il ne répond pas.

[Pour comprendre ce qu’il se passe : la maison de la dame est raccordée au compteur d’une personne qui ne règle pas ses propres factures. La société se retourne alors contre la seule personne raccordée illégalement au compteur. Celle-ci règle donc la totalité de la facture du titulaire du compteur]

Si la préfecture vient démolir le quartier, moi j’attends, pas de soucis. Si jamais ils attaquent les pauvres et qu’ils rentrent chez moi à 4 H du matin, c’est là où je vais mourir. Si on me laisse dehors… Moi je n’aurai pas peur d’aller parler à la télé. Je n’ai pas peur. Je prendrai ma mère, je la ferai dormir à la Mosquée et moi je dormirai dehors avec les enfants. Puisque je n’ai pas le droit d’avoir de maison.

Quand je suis arrivée à Mayotte, on allumait les lampes à pétrole. Les Mahorais, ils habitaient des maisons en terre, il n’y avait pas l’électricité, il n’y avait pas tout ce qu’on a aujourd’hui. Et moi on me traite comme si j’avais pris le kwassa pour venir ! [Voix très en colère car la dame est venue à Mayotte avant le référendum d’auto-détermination de décembre 1974 lorsque les déplacements entre les différentes îles des Comores étaient légales. Le visa ne fut exigé qu'à partir de 1995].

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Notes

[1][1] Cf. Pierre Caminade, Comores-Mayotte : une histoire néocoloniale. Agone, 2010, p. 69.

[2] "Depuis l’instauration du « visa Balladur » en 1995, au moins 12 000 migrants ont péri noyés, en tentant de rejoindre Mayotte en kwassa-kwassa, petits bateaux de pêche traditionnels."  Patrick Roger, "Mayotte, département en quête d'identité", Le monde du 5 avril 2021.

[3] Myriam Hachimi-Alaoui, Elise Lemercier, Elise Palomares, « Les “décasages”, une vindicte populaire tolérée ». Plein-droit, n°120, mars 2019.

Le problème ne date pas de 2016 : on lit dans Caminade, opus cité, que « fin 2005, les maisons de ces “clandestins” sont régulièrement incendiées avec la bénédiction des maires, du préfet et sous la protection de la gendarmerie ». p. 96.

[4] « Habitat indigne : Au quartier Cetam, une démolition de cases en tôle à l’abri des regards et sur le terrain d’un propriétaire hospitalisé » Mayotte-hebdo, le 7 avril 2021.

[5] Deux arrêtés datés du 2 avril 2021, signés par le Secrétariat général de la préfecture, le premier « portant évacuation et destruction de constructions bâties illicitement au lieu-dit Miréréni (parcelle AO 32), commune de CHIRONGUI » et le second « portant évacuation et destruction de constructions bâties illicitement au lieu-dit Miréréni (parcelle AN 342), commune de CHIRONGUI ».

[6] Chaîne locale de supérettes.

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