Contre les enfants, inlassablement

Ce lien renvoie vers une émission de radio produite par RESF (Réseau d’Éducation Sans Frontière). Le principe était de parler des enfants de Mayotte. Le lien a un double intérêt : faire connaître une radio indépendante : Fréquence Paris Plurielle, et le problème des enfants pauvres de Mayotte. Le texte qui suit n'est pas le script de l'émission. Il lui donne la main.

http://resf.info/article55788

Mfenessi, fruit du jacquier © daniel gros Mfenessi, fruit du jacquier © daniel gros
Inlassablement, Mayotte crée des misères aux enfants pauvres de Mayotte. L’État les prive de leur père, souvent, mais aussi de leur mère sans le moindre état d'âme. Les municipalités, auxquelles reviennent la charge des écoles et l'inscription des enfants de la commune, font preuve d'une imagination fertile pour retarder, empêcher ou gêner la scolarisation des enfants de familles pauvres. A l'intérieur des classes même, les listes de matériel scolaire offrent un biais de harcèlement supplémentaire.

 

Expulsion sans discernement de parents sans les enfants.

Ainsi donc, cela remonte à trois semaines, une mère malgache, sans papier, a été interpelée dans la rue, à Sada, et emmenée au centre de rétention administratif. Ses deux filles de 13 et 14 ans étaient restées à la maison, chez une vague connaissance qui les hébergeaient provisoirement. La mère a été expulsée. Personne ne s'est soucié des filles qui furent chassées de la maison. Sans papier d'identité, les petites auraient été récupérées par l'Aide sociale à l'enfance, placées dans des familles distinctes, la plus grande aurait fugué à plusieurs reprises. Tout contact est à présent perdu.

Ainsi encore, une femme vivant à Mayotte depuis l'année 1995, a été expulsée voici dix jours, bien qu'elle fût mère de trois enfants français. Les deux ainés, de nationalité française, font des études en métropole ; le cadet de 17 ans, lui aussi français, un petit frère et une petite sœur âgés de moins de 13 ans, qui ont vocation à devenir français dans les prochaines années, se retrouvent seuls, contraints de subvenir à leurs besoins primaires, dans une maison dont ils ne pourront pas assurer le loyer. L'administration n'était pas ignorante de la situation avant la décision d'expulser. La mère faisait les démarches de régularisation depuis trois ans, elle avait obtenu plusieurs récépissés. Mais le service des étrangers, fermé depuis le moins de mars, ne renouvelle plus les documents ni les cartes de séjour, plongeant ainsi progressivement toute la population non française de l'île en situation irrégulière. La République profite-t-elle de l’occasion pour faire le ménage sans le moindre discernement.

D'autres, ensuite.

D'autres inlassablement.

Enfants interdits d'école

Les pressions exercées contre la population non française de Mayotte se répandent inexorablement ; les municipalités ont toutes fait preuve d'imagination pour tenir à l'écart des salles de classe les enfants de parents étrangers. Elles ont élaboré les listes de documents à fournir pour l'inscription scolaire des enfants avec l'intention explicite de prévenir toute solidarité. Ainsi est-il précisé dans la note d'information de la direction Éducation et Vie scolaire de la ville de Mamoudzou que "les attestations d'hébergement de particuliers, d'organismes ou d'associations ne seront pas acceptées"Pdf ici (pdf, 183.6 kB). Tout le monde sait que la population pauvre de Mayotte vit dans des pièces uniques, carré de parpaings bruts ou de tôles, souvent sans fenêtre, loué sans bail, et se trouve de fait sans titre de location dans l'impossibilité d'inscrire ses enfants à l'école. (Cf. Habitat illégal, habitat pauvre dans mon billet de blog)

Quand l'enfant pauvre est scolarisé, une liste de fournitures scolaires insensée le place dans une situation d'humiliation tous les jours répétée, si ses parents ne parviennent pas à l'honorer. Voici par exemple la liste in extenso pour une classe de CE2 d'une école de Mamoudzou : Pdf ici (pdf, 4.7 MB)

Les cahiers les plus gros sont exigés par dizaine. Stupidement on ne demande pas à l'enfant de se munir d'un stylo , mais d'acheter cinq stylos de chaque couleur ! Et comment interpréter l'achat par les familles de 2 ramettes de papier A4 ?

 

 

 

 

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