Les logiques politiques d’une infamie

Dans une interview donnée sur le site du NPA est proposée une esquisse des logiques politiques en jeu dans l'administration de Mayotte. Où l'on comprend que les autorités gouvernent l'île selon des pratiques criminelles : ruine des populations, destruction des familles, déportations autorisées par des lois aux intitulés tout en euphémisme.

https://npa2009.org/idees/international/mayotte-est-un-veritable-desert-medical-lacces-aux-soins-y-est-toujours

Bandrajou, Kaweni-Forêt et paquebot de croisière © daniel gros Bandrajou, Kaweni-Forêt et paquebot de croisière © daniel gros
L’immigration clandestine est souvent pointée du doigt à Mayotte, est-ce que tu pourrais expliquer les différents statuts de la population qui vit sur l’Ile ?
Depuis le processus mondial de décolonisation qui a abouti à l’indépendance des Comores en 1975, Mayotte se singularise par son maintien dans la France. Paris a considéré que les suffrages exprimés dans la seule île refusant l’indépendance avec 64% des voix [lors du référendum de 1974] lui permettait de maintenir Mayotte dans le giron de la France, contre les lois internationales. 20 ans plus tard, c’est le visa Balladur de 1995, qui soumet à visa toute entrée à Mayotte et à titre de circulation toutes les personnes qui y vivent mais qui sont nées dans une autre île de l’archipel. Il va de soi que depuis cette décision, la part des étrangers à Mayotte est considérable. Il semble bien que la notion d’étranger subit sur ce territoire national une distorsion qui est cause de grandes souffrances. Elle permet aux autorités de mener une politique anti-migratoire particulièrement brutale et, sauf exception illégale, appliquée du reste sur l’ensemble du territoire national.
Ta question concerne les statuts de la population qui vit sur l’île. Tout dépend de la façon dont on considère la présence française. Si on ne la conteste pas, il faut appliquer les catégories nationales : de la sorte la moitié de la population est composée d’étrangers. Mais ces étrangers ont des relations familiales et amicales à Mayotte, nombreux sont ceux qui y vivent depuis leur enfance, quelques-uns y sont nés mais n’ont jamais pu acquérir la nationalité pour des raisons stupides liées à la tenue de l’état civil : les actes de naissances sont mal tenus et truffés de fautes. Certains ne l’ont jamais souhaité. La distinction d’avec les habitants des îles voisines est artificielle. Les gens partagent la langue, la religion, la culture, les traditions, bref tout ce qui constitue un peuple.
Si l’on considère que Mayotte est réellement française et a vocation à le rester, seules les personnes nées sur l’île sont réputées de nationalité française. En fait la France fait face à un défi : pour valider la légitimité de sa souveraineté sur Mayotte, elle est menée à discriminer entre les Français et les Comoriens ; à procéder à des transferts de population ; à épurer l’île de la présence des Comoriens. Ainsi s’organise un ballet entre les reconduites à la frontière, avec un objectif de 30 000 par an pour une population de 270 000 personnes, et les retours périlleux et nécessaires en kwassa-kwassa.
Outre les habitants historiques de Mayotte que je viens d’évoquer, il y a la présence de fonctionnaires métropolitains qui n’ont pas vocation à y rester et font des séjours relativement courts, en général quatre années.

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