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Billet de blog 22 mai 2020

Le temps, l'espace et le temps .

Le temps nous est très familier. Nous l’éprouvons à l’intérieur de nous-mêmes puisque nous parlons d’horloge biologique : quand nous avons faim, soif envie de dormir. Le temps est décliné en 3 temps : le passé, le présent et l’avenir, le futur.

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Le temps, la vitesse du temps…

 Le temps est le péché de l'éternité.

Paul Claudel

 Le temps nous est très familier. Nous l’éprouvons à l’intérieur de nous-mêmes puisque nous parlons d’horloge biologique : quand nous avons faim, soif envie de dormir. Le temps est décliné en 3 temps : le passé, le présent et l’avenir, le futur. Et nous avons besoin d’outils pour le mesurer : les montres, les horloges. Donc ce n’est pas le temps qui nous importe mais la mesure du temps. Combien de temps s’est-il écoulé entre deux moments ? Et souvent entre deux moments identiques nous n’avons pas la même perception du temps écoulé : ça passe très vite ou au contraire très lentement. Le temps nous est indiqué aussi par la nature : le jour, la nuit, l’été, l’hiver, l’évolution de notre corps, mais aussi des moments rituels comme les anniversaires, le repas de fin d’année, les fêtes religieuses. Déjà au IIIème siècle de notre ère, Plotin et St Augustin se sont intéressés à cette notion. Au 20ème siècle Albert Einstein a développé la théorie de la relativité et a montré le lien intime entre l’espace et le temps. Ce qui est intéressant aussi c’est que dans la langue française le mot « temps » exprime à la fois les secondes qui s’écoulent exprimant ainsi une durée, matérialisée notamment par la rotation de la terre autour du soleil et la météo : le temps qu’il fait : il fait beau, il pleut il neige… alors que dans d’autres langues il y a deux mots comme en allemand die Zeit pour le temps qui s’écoule et das Wetter pour le temps météorologique. Mais le temps c’est aussi l’espace dans lequel il s’inscrit. Du temps nait la vitesse. Nos vies qui s’accélèrent saturées d’exigences, d’espaces sociaux sont désormais dirigées par cette norme de la vitesse. Nous vivons depuis le dimanche 15 mars 2020 à zéro heure, une période de confinement. De prime abord il semble que cela soit une expérience d'un autre rapport au temps et pourtant à bien y regarder cela ne semble pas aller de soi. Les journées ont toujours 24 h et notre perception même modifiée un premier temps se resynchronise assez vite avec sa réalité. Le temps nous impose toujours sa rythmique et la fin de la journée nous laisse toujours et peut être même davantage le goût amer de l'insatisfaction de l'avoir laisser échapper dans une multitude de tâches. Pourtant depuis ce jour nous n’avons plus le droit de sortir de chez nous sauf pour acheter des produits de première nécessité. Notre lieu de vie n’était plus qu’habitat, décors changeants, arrières plans à nos actions a changé. Nous avons retrouvé l’espace. Nous avons réintégré nos sphères de vie domestiques protectrices. La vie économique s’est arrêtée. Nous n’entendons presque plus de voitures circuler en ville. Tout paraît ralenti, figé malgré la permanence de la vitesse des flux d’informations, des échanges et du travail de ceux dont l’activité maintient la structure matérielle de nos existences communes.

Aussi les bruits du quotidien qui rythmaient notre journée n’étaient plus là. L’ascenseur qui commence ses allers retours pour descendre les voisins qui partaient au travail, les enfants de la voisine qui pleuraient avant de partir à l’école, l’autobus qui klaxonnait car un automobiliste indélicat restait en double fil. C’est une expérience inédite et nous n’avons ni le cadre conceptuel ni la mémoire individuelle ou collective pour la comprendre. Elle se traduit par des sentiments fugaces, de la frustration ou du contentement, une somme de faits et perceptions trop peu cohérents. Nous avions l’impression tous les jours d’être dimanche après-midi car le dimanche après-midi la vie est très ralentie. Nous avions l’impression que la vie s’était arrêtée comme suspendue au-dessus du vide, haletante, retenant son souffle. Au début du confinement j’ai pensé au film « Un jour sans fin » « Groundhog day » film réalisé par Harold Ramis et sorti en 1993. Un journaliste en Amérique du Nord réalise un reportage sur le jour de la marmotte. Le lendemain la même journée recommence. Phil est bloqué dans le temps jusqu’à ce qu’il ait donné un sens à sa vie. Comme la fin d’une convalescence quand nous retrouvons notre santé et que l’enfermement, la désaffection laisse une trace de culpabilité et d’ennui. Comme l’attente dans la chambre d’hôtel dans un pays étranger, comme l’attente dans un avion, comme l’attente d’une lettre d’amour, comme l’attente tout court si bien décrite par Roland Barthes dans « Fragment d’un discours amoureux ». Aucune de ces expériences si ce n’est de façon fragmentaire et discontinue n’y ressemblent.

Quand une partie de la société était en apparence à l’arrêt, confinée dans son domicile, d’autres catégories œuvraient pour le bien commun. Les éboueurs, les caissières de supermarché, les personnels soignants, les pompiers ont continué sans relâche leur travail et souvent de manière stressante et intense.  Ce bouleversement nous a amené à penser, repenser notre projet de société, notre projet du « vivre ensemble » que nous

souhaitons. Cet arrêt sur image est peut-être salutaire. Car nous avons été amenés à repenser le lien entre le temps et l’espace que nous pouvons considérer comme notre cadre de vie, la toile de nos vies. Ce cadre de nos vies s'est montré au grand jour profondément inégalitaire. Inégalités qui nous ont paru de plus en plus iniques, inefficaces et illégitimes. 

Et si ce confinement, cet espace-temps arrêté était salutaire pour nous tous et pour la planète.

Daniel Rome

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