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Billet de blog 7 févr. 2012

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Marine Le Pen et les néo-nazis d'Autriche: le bal de la honte et la tentation du fascisme

           Nombreux – trop nombreux, hélas, à en croire les sondages – seront, en France, ceux (les classes populaires en tête) qui seront tentés de voter, lors des prochaines élections présidentielles, pour Marine Le Pen, laquelle, après son entreprise de dédiabolisation du FN, se targue d’être la principale opposante à l’actuel et injuste système politico-financier.

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           Nombreux – trop nombreux, hélas, à en croire les sondages – seront, en France, ceux (les classes populaires en tête) qui seront tentés de voter, lors des prochaines élections présidentielles, pour Marine Le Pen, laquelle, après son entreprise de dédiabolisation du FN, se targue d’être la principale opposante à l’actuel et injuste système politico-financier.

         Marine Le Pen, en ses virulentes diatribes anticapitalistes, et par la même occasion anti-européennes, ne dit pas par ailleurs, très objectivement, que des bêtises. Ainsi, les apparences faisant le reste du travail, a-t-elle réussi à séduire, par de-là les outrances de son discours, une partie non négligeable de l’électorat français, dont certains altermondialistes et autres pourfendeurs du libéralisme sauvage. Certains de nos intellectuels les plus médiatisés, au premier rang duquel émergent Gilbert Collard, l’un des avocats les plus réputés du barreau de Paris, et Robert Ménard, ancien président d’un organisme aussi estimable que Reporters sans Frontières, l’ont même rejoint, la soutenant ouvertement, après qu’elle ait inscrit dans la charte de tout nouvel adhérent à son parti, comme le lui avait effectivement demandé maître Collard, un article condamnant explicitement le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie. 

         Mais voilà : les mots, pas plus que la démagogie, ne suffisent pas, lorsque le vice de la tentation fasciste est trop ancré dans les esprits, pour laver ces consciences, du moins en profondeur, de leur dangereux extrémisme.

         Ainsi Marine Le Pen vient-elle, pas plus tard que ce vendredi 27 janvier 2012, de tomber le masque, sinon, de sinistre mémoire, sa chemise brune (remplacée là, c’est de circonstance, par une robe noire), lors d’un fameux, mais surtout très controversé, bal viennois où, invitée d’honneur, elle n’a pas craint de s’exhiber fièrement aux côtés de ses organisateurs : une corporation estudiantine - la « Wiener Korporationsring » - d’extrême droite et même, franchement, néo-nazie.

         Pis, comble du cynisme le plus abject : la date de ce bal annuel coïncidait cette année, sans que ses indignes participants n’aient rien trouvé à redire, avec le jour du 67ème anniversaire de la libération du camp de concentration d’Auschwitz, où, rappelons-le, furent exterminés pas moins de 6 millions de Juifs.

         Oui, Marine Le Pen, regardez-moi bien dans les yeux (comme vous avez vous-même enjoint Jean-Michel Apathie de le faire lorsqu’il vous interrogeait très légitimement sur ce très déshonorant épisode de votre toute récente vie politique) : danser allègrement à ce bal de la honte, sans même faire preuve de cet élémentaire respect envers la mémoire de ces suppliciés (il est vrai, pour aggraver votre cas, que les Juifs étaient interdits à cette sinistre fête), fut véritablement là, de votre part, un acte ignoble (je reprends là aussi, textuellement, votre propre épithète lorsque vous avez répondu, lors de ce même entretien, à cette embarrassante mais opportune question du susdit journaliste) !

         Ainsi, au vu de ce contexte aussi misérable qu’abominable sur le plan strictement idéologique, n’ai-je qu’un souhait : c’est que le potentiel électorat de Marine Le Pen, qui n’hésite donc pas à valser avec les nostalgiques autrichiens d’Hitler et du IIIe Reich en général, se souvienne, lors du premier tour de ces prochaines élections présidentielles, de cette indicible forfaiture viennoise, et qu’il  renonce finalement (même si je suis, paradoxalement, pour qu’elle ait, au nom de la liberté démocratique, ses parrainages électoraux) à voter pour elle.

         Il ne faut pas que les loups, comme le chantait le regretté Serge Reggiani, rentrent dans Paris, ni partout ailleurs en France.

         Quant aux susmentionnés Gilbert Collard et Robert Ménard, notamment, il serait temps, s’ils ont un minimum de conscience morale, d’esprit civil et d’honnêteté intellectuelle, qu’ils dénoncent publiquement et condamnent tout aussi fermement, après que leur championne ait ainsi révélé son vrai mais hideux visage, cette infamie sans nom de Marine Le Pen.

         Danser avec des nazis, en temps de campagne électorale de surcroît, n’est pas un détail, ni historique ni présent, pour paraphraser, là encore de sinistre mémoire, son tristement célèbre père !

DANIEL SALVATORE SCHIFFER*

*Philosophe

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