L'affaire Bernard Wesphael: acquitté !

Bernard Wesphael, homme politique belge et ex-député "écolo", a été acquitté, ce 6 octobre 2016, du crime dont il était accusé depuis trois ans: le meurtre de sa femme. Ce n'est là que justice, au vu des nombreuses et graves zones d'ombre qui parsemaient son dossier juridique et, surtout, des énormes doutes qui en émergeaient!

L'AFFAIRE BERNARD WESPHAEL :

acquitté !

Le procès s'est enfin terminé, et son verdict, ce jeudi 6 octobre 2016, peu avant dix-sept heures, a donc été rendu : Bernard Wesphael, homme politique belge et ex député « écolo », a été définitivement acquitté, par un jury composé de douze membres, du crime dont il était accusé, défrayant la chronique judiciaire et faisant la « une » de tous les médias, depuis presque trois ans : le meurtre de sa femme, Véronique Pirotton, lors d'une dramatique soirée dans un hôtel d'Ostende.

JUSTICE, ENFIN !

Ce n'est là que justice !

Je crois avoir été l'un des premiers intellectuels à avoir défendu publiquement, dans un article de presse publié, sur le site de la RTBF, dès le 6 novembre 2013, soit six jours seulement après son arrestation puis son incarcération dans une prison de Bruges, Bernard Wesphael.

Cette tribune libre, au ton certes critique mais à la teneur néanmoins argumentée sur le plan rationnel, si ce n'est juridique, avait pour explicite titre « Le cas Bernard Wesphael : la justice en question ». En voici le lien électronique : http://www.rtbf.be/info/opinions/detail_le-cas-bernard-wesphael-la-justice-en-question?id=8129517

Je tiens à le souligner d'emblée en cette nouvelle tribune que je propose aujourd'hui au regard du public comme à la conscience des magistrats : je ne connais pas personnellement, ni n'ai jamais rencontré, Wesphael, pas plus que je n'ai de lien avec un quelconque de ses amis ou de ses proches, a fortiori avec un membre de sa famille ou de son parti politique. Je ne nourris donc pour lui, a priori, ni sympathie ni antipathie, ni aversion ou empathie. Aussi mon jugement, en ce tragique dossier qui semblait l'accabler aux yeux de ses juges, s'en trouvait-il, de la sorte, totalement neutre et indépendant, sinon, oserais-je dire, objectif et impartial.

LA DEFENSE D'UN PRINCIPE : LA PRESOMPTION D'INNOCENCE

De fait, ce n'est pas tant l'homme que je défendais alors, mais bien un principe, sacro-saint pour toute justice correctement entendue et donc théoriquement inaliénable à l'aune du Droit, du moins lorsqu'il se veut équitable et démocratique : la présomption d'innocence.

Ainsi y dénonçais-je également le très regrettable fait que celle-ci, manifestement, avait été là, circonstance aggravante, outrageusement bafouée !

Que l'on envoie aussi précipitamment en prison, manu militari et comme jeté aussitôt en pâture à la face du monde, un être humain avant qu'il ne soit jugé en bonne et due forme par un tribunal compétent, et sans qu'aucune preuve formelle ne soit même établie pour étayer le crime dont il se voit ainsi sommairement, sinon arbitrairement, inculpé, ne me semble pas, en effet, un procédé digne d'un pays dit « démocratique » et, comme tel, soucieux de respecter les lois qu'il a pourtant lui-même édictées. C'est là, au contraire, un déni de justice et même pire : une entorse aussi flagrante qu'inacceptable aux droits, les plus élémentaires, de l'homme !

Faut-il donc revenir ici sur les nombreuses zones d'ombre, et autres graves vices de procédure, qui parsemaient, dès le départ, ce lamentable dossier juridique : de mauvaises traductions, truffées d'approximations linguistiques et emplies de contre-sens, du français au néerlandais dans les divers témoignages et, au premier chef, de l'accusé lui-même ; des analyses médico-légales, pratiquées sur base de prélèvements effectués sur le corps de la victime, contradictoires selon les parties en cause dont elles provenaient ; le fait que Véronique Pirotton, pour laquelle nous redisons certes ici toute notre compassion humaine et sans que l'on veuille bien sûr attenter le moins du monde à sa défunte mémoire, souffrait à l'évidence de troubles psychologiques la rendant dangereusement instable, lorsqu'elle mélangeait inconsidérément médicaments et alcool, au niveau comportemental ; le rôle malsain et ambigu, retors et pervers, sinon quasi « diabolique » à en croire ce qui a pu filtrer de ces débats parfois houleux mais souvent nécessaires, qu'a joué, dans ce cauchemardesque drame conjugal, l'amant, dont je tairai par pudeur tout autant que par discrétion le nom, de la malheureuse victime ; la possibilité enfin, non exclue par les médecins légistes l'ayant autopsiée, que celle-ci se soit suicidée ou, à tout le moins, qu'elle ait ingurgité, accidentellement ou non, un cocktail aux mortifères relents d'intoxication alimentaire.

JUSTICE, VERITE ET HUMANISME

Bref : c'est le dossier du juge d'instruction lui-même, dont on n'a encore dévoilé ici que quelques-unes seulement, bien que déjà graves en soi, des énormes lacunes et autres carences déontologiques, qui semble là ne pas pouvoir résister, en toute honnêteté intellectuelle, au sérieux d'une critique avisée ! Si bien que, face à pareil naufrage éthique et manquement professionnel, il ne me vient ici à l'esprit, pour qualifier cette inqualifiable procédure juridique, qu'une phrase, qui fut par ailleurs écrite par le grand Émile Zola, dans son célèbre « J'accuse », lors de l'historique affaire Dreyfus, autre illustre victime, sans certes vouloir comparer ici l'incomparable, d'un non moins inique procès : «  Cette vérité, cette justice, que nous avons si passionnément voulues, quelle détresse à les voir ainsi souffletées, plus méconnues et plus obscurcies ! ».

Zola, au faîte de cette indignation en tout point justifiée, y conclut, brandissant là en guise de loi, tel le seul impératif catégorique qui vaille, son indépassable humanisme : « Je n'ai qu'une passion, celle de la lumière, au nom de l'humanité qui a tant souffert et qui a droit au bonheur. Ma protestation enflammée n'est que le cri de mon âme. » Admirable !

Certes, ne suis-je pas Zola, pas plus que Wesphael n'est Dreyfus. Mais il y a une chose, en revanche, que je sais, et que je défends ici de toutes mes forces philosophiques : c'est que le doute, à ne considérer que les multiples incertitudes et nombreuses failles dont ce dossier juridique se voit émaillé de bout en bout, était à ce point important, dans cette tragique et sordide affaire Wesphael, que l'on ne pouvait pas, raisonnablement, le condamner. Le doute, comme le stipule le code pénal lui-même, devait inévitablement bénéficier à l'accusé : l'acquittement donc, en ces pénibles circonstances, comme c'est effectivement, aujourd'hui, le cas !

C'est dire si les faits m'ont donné raison, a posteriori, lorsque je plaidais, comme je le fis dernièrement sur le site de « Mediapart » (https://blogs.mediapart.fr/daniel-salvatore-schiffer/blog/051016/laffaire-wesphael-du-doute-la-liberte), pour la liberté de Bernard Wesphael !

Du reste, quel tribunal, quel procureur et quel juge, pouvait encore ainsi, face à un aussi évident manque de preuves concrètes et définitives, prendre la responsabilité morale d'envoyer derrière les barreaux, en âme et conscience, un homme qui, en plus du chagrin qui à l'évidence l'étreint encore au douloureux souvenir de cette femme qu'il dit avoir sincèrement aimée, en plus même des calomnies qui auront ainsi définitivement détruit sa réputation, ne cessait de clamer, en outre, son innocence ?

C'est donc une victoire historique en même temps qu'un grand jour, ce 6 octobre 2016, pour la justice, quoique le gâchis, sur le plan humain, demeure certes pour tout le monde, et très probablement pour longtemps encore, d'une tragique actualité : il est des blessures dont la profondeur est telle que jamais, bien qu'apaisées par la rédemption, elles ne guérissent  

DANIEL SALVATORE SCHIFFER*

* Philosophe, auteur de « Les Intellos ou la Dérive d'une caste - De Dreyfus à Sarajevo (Éditions L'Âge d'Homme), « LaPhilosophie d'Emmanuel Levinas - Métaphysique, esthétique, éthique» (Presses Universitaires de France), « Oscar Wilde » (Gallimard - Folio Biographies), « Métaphysique du dandysme » (Académie Royale de Belgique), « Le Testament du Kosovo - Journal de guerre (Éditions du Rocher). 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.