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Billet de blog 8 juil. 2013

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Obama: yes, we scan!

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Il est pour le moins paradoxal de constater que ce pays que nos puissances occidentales présentent volontiers et sans rire comme la plus grande démocratie du monde - les États-Unis d'Amérique - condamne à la peine de mort, pratique déjà aussi barbare qu'inhumaine en soi, ceux-là mêmes, tels Julian Assange (cofondateur de Wikileaks) et Edward Snowden (ancien agent de la NSA), qui, au nom pourtant de cette valeur universelle que devrait théoriquement être la démocratie précisément, ont le courage moral de révéler à la planète entière à quel infâme délit d'espionnage se livrent aujourd'hui, à l'encontre de leur principal allié politique de surcroît - l'Europe, toujours - ces mêmes USA.

Mais il est encore plus paradoxal de constater que nos mêmes puissances occidentales - les pays de l'Union Européenne et la France en tête, qui se vante pourtant d'être le chantre de la liberté tout autant que la patrie des droits de l'homme - refusent d'accorder l'asile, tant elles craignent d'indisposer leur grand maître américain et de devoir subir ainsi ses odieuses représailles, à ceux-là mêmes, tels Julian Assange et Edward Snowden là encore, dont elles reconnaissent cependant, dans le même temps, les immenses mérites, puisqu'elles tiennent compte de leurs monstrueuses quoique salutaires révélations, en matière de transparence démocratique.

UN HYPOCRITE ET LÂCHE DOUBLE LANGAGE

Ainsi assiste-t-on aujourd'hui, abasourdi par l'effroyable tintamarre de pareille hypocrisie, par-delà même son incommensurable lâcheté, à cette autre et encore plus incompréhensible contradiction : cette même Union Européenne, d'un côté, demande très légitimement, que ce soit par la voix de François Hollande ou d'Angela Merkel, des explications à Barack Obama pour cette innommable forfaiture, tandis que, de l'autre côté, elle laisse enfermé dans une modeste résidence diplomatique (l'Ambassade de l’Équateur) du centre de Londres, depuis maintenant plus d'un an, un Julian Assange, et croupir sans broncher, dans la zone de transit d'un sinistre aéroport de Moscou, un Edward Snowden.

C'est dire l'ampleur, mais surtout la honte, de ce double et pathétique langage : de Gaulle, qui fit autrefois de la souveraineté nationale la grandeur de la France, doit se retourner aujourd'hui dans sa tombe de Colombey-Les-Deux-Eglises, tandis que Voltaire, qui fit jadis de l'esprit d'indépendance le principe même des Lumières, doit se désespérer, en ces temps de pensée aussi molle que la cervelle de bien de nos responsables politiques, sous sa glorieuse statue du Panthéon, place des Grands Hommes.

Les grands hommes, justement ! Est-ce donc pour se hisser à cette inatteignable hauteur, et se persuader donc de son illustre mais illusoire pouvoir, que François Hollande aura brutalement limogé ces jours derniers, faisant ainsi preuve là d'un consternant manque de sens démocratique pour un homme se revendiquant de gauche, la sympathique mais dérisoire Ministre de l'Ecologie, Delphine Batho, plutôt que d'oser tenir tête, en accordant l'asile à ce héraut de la liberté qu'est Edward Snowden, à son « Big Brother » d'Obama ? Il est vrai, concédons-lui le bénéfice du doute, qu'il est forcément difficile aujourd'hui, pour un nain français, de s'adresser à un géant américain...

OBAMA, INDIGNE PRIX NOBEL DE LA PAIX

Ô l'inénarrable, avec son grand et apparemment franc sourire hollywoodien, Obama : on n'a toujours pas compris, d'ailleurs, comment le président d'un pays qui pratique encore très largement cet abject assassinat public qu'est la peine de mort, outre que d'être le commandant en chef de l'armée la plus belliqueuse du monde, a pu être le lauréat d'une récompense aussi prestigieuse que le prix Nobel de la paix. A croire que cette vénérable institution voulait se discréditer définitivement là !

Car l'actuel slogan d'Obama, qui en aura déçu plus d'un avec sa désormais légendaire frilosité en matière de politique internationale (hormis certes son irrésistible désir de pourchasser aux quatre coins de la planète ces Assange ou Snowden qu'il considère comme d'abominables traîtres à l'impérieuse, pour ne pas dire impérialiste, raison d’État), n'est plus à l'évidence, au vu de ses colossaux moyens en matière de services secrets et autres inavouables techniques de renseignements, « Yes, We Can », mais bien, hélas pour les benêts qui ont naguère cru en ses beaux mais stériles discours de propagande, « Yes, We Scan ». Terrible !

A quand la prochaine cible informatique pour ce nouveau 007, à faire pâlir d'envie James Bond en personne, de la deuxième décennie de nos médiocrement folles années 2000 ? 

Et se peut-il donc qu'il faille aujourd'hui être un pauvre quoique vaillant pays d'Amérique Centrale ou du Sud, tels l’Équateur, la Bolivie, le Venezuela, le Nicaragua ou Cuba, pour avoir le courage d'accueillir sur son sol ces héros des temps modernes ?

DANIEL SALVATORE SCHIFFER*

* Philosophe, auteur de « Philosophie du dandysme – Une esthétique de l'âme et du corps » (Presses Universitaires de France), « Oscar Wilde » (Gallimard – Folio Biographies), « Du Beau au Sublime dans l'Art – Esquisse d'une Métaesthétique » (Editions L'Âge d'Homme/Académie Royale des Beaux-Arts de Liège).    

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