Massacre des Rohingyas: l'honneur perdu d'Aung San Suu Kyi

La minorité musulmane des Rohingyas vit, en Birmanie, un indicible martyre. Avec la complicité d'Aung San Suu Kyi, déshonorant prix Nobel de la Paix. Deux journalistes de Reuters y sont aussi prisonniers aujourd'hui, accusés injustement d' "atteinte au secret d'Etat" pour avoir mené une enquête sur ces crimes. Que l'on retire donc ce prix, comme le prix Sakharov, à cette indigne lauréate !

MASSACRE DES ROHINGYAS : L'HONNEUR PERDU D'AUNG SAN SUU KYI, INDIGNE PRIX NOBEL DE LA PAIX

« Atteinte au secret d’Etat » : telle est l’absurde et mensongère sentence que la justice birmane a émise, par l’intermédiaire du juge Ye Lwin, à l’encontre de deux jeunes journalistes de l’agence Reuters, Wa Lone (32 ans) et Kyaw Soe Oo (27 ans), pour justifier leur emprisonnement, depuis le 4 avril dernier, suite à l’objective et courageuse enquête qu’ils ont menée, preuves photographiques à l’appui, sur le massacre commis, en septembre 2017, par des militaires d’obédience bouddhiste, en province de Rakhine, contre des civils Rohingyas, minorité musulmane.

LIBERTE POUR LES DEUX JOURNALISTES DE REUTERS, WA LONE ET KYAW SOE OO !

Pis : cette même justice birmane vient, ce mercredi 11 avril 2018, de refuser, au mépris de l’avis des instances internationales les plus crédibles, dont les Nations-Unies, Amnesty International et Reporters Sans Frontières, d’arrêter les poursuites, et donc leur remise en liberté, fût-elle conditionnelle, à l’encontre de ces deux excellents et braves journalistes, lesquels, en bons professionnels qu’ils sont, n’auront pourtant accompli ainsi, au nom de la liberté de la presse comme de la nécessité d’informer en toute impartialité, que leur devoir le plus strict et sacré tout à la fois. Ils risquent rien moins que 14 ans de prison ! (http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2018/04/11/birmanie-la-justice-maintien-les-poursuites-contre-des-journalistes-de-reuters_5283706_3216.html).

Bref : un énième abus de pouvoir, dans la foulée d’un procès aussi sommaire qu’arbitraire, de la part de ce pays, la Birmanie, qui, s’il n’est certes plus aujourd’hui l’horrible et sanglant régime militaire qu’il fut jusqu’il y a peu, n’en demeure pas moins, pour autant, une dictature, hélas, n’ayant à offrir à l’opinion publique internationale, en guise de paravent démocratique afin de mieux cacher ses crimes, et contre l’humanité même en cette terrible circonstance, que le piètre alibi d’un prix Nobel de la paix, Aung  San Suu Kyi, nommé Premier Ministre, depuis les élections prétendument « libres » de 2015, d’un Gouvernement civil de pacotille puisqu’il s’avère encore et toujours, de fait, à la botte, de sinistre mémoire, d’une armée réputée impitoyable envers ses hypothétiques « ennemis » !

RETIRER LE PRIX NOBEL DE LA PAIX A AUNG SAN SUU KYI

D’où, nantie de cette urgence propre à tout principe éthique qui se respecte, cette question : qu’attend donc, précisément, ce fameux comité du prix Nobel de la paix, s’il ne veut pas se déshonorer davantage encore, pour, face à cet assourdissant et complice silence de la part de son indigne lauréate de 1991, lui retirer sa trop prestigieuse récompense ? Il en ressortirait bien sûr grandi, et ne serait même pas le premier, en l’occurrence, à poser un tel acte de courage moral, puisque, constatant cet évident manque de « solidarité » tout autant que cette flagrante « passivité », de la part d’Aung San Suu Kyi, face à l’ampleur de ce qu’il convient malheureusement là d’appeler un « nettoyage ethnique » à l’encontre des Rohingyas, le Musée de l’Holocauste de Washington lui-même, pas plus tard que le 8 mars dernier, se prononça en ce sens, à juste titre, en lui retirant le prix dont il l’avait un peu trop vite gratifiée, lui aussi, peu de temps auparavant.

A bon entendeur, pour que justice et vérité triomphent enfin en ce tragique dossier concernant cet indicible et honteux martyr des Rohingya, dont, à ce jour, près de 700.000 personnes (femmes, enfants et vieillards confondus) ont dû fuir leurs terres natales, afin d’échapper à une mort atroce, pour aller se réfugier, en des conditions misérables, indignes de toute humanité, dans le Bangla Desh voisin, pays lui-même exsangue.

LUI RETIRER AUSSI LE PRIX ANDREÏ SAKHAROV

L’innommable atteint, là, son intolérable paroxysme, dont nous ne pouvons plus décemment être, en continuant lâchement à fermer les yeux sur les prétendus mérites d’Aung San Suu Kyi, la caution morale et intellectuelle ! Quant à mon vieil et défunt ami Andreï Sakharov, dont je m’enorgueillis d’avoir publié intégralement, avec le concours de sa femme Elena Bonner, l’édition italienne des « Mémoires » lorsque je vivais, dans les années 1980, à Milan, il doit aujourd’hui se retourner dans sa tombe, lui qui endura naguère les sévices de l’exil de Gorki sous la stalinienne férule de l’Union Soviétique, à l’idée que cette même Aung San Suu Kyi ait pu être, là encore, la lauréate, par la non moins aveugle volonté de l’Union Européenne, du prix portant son glorieux nom !

                                             DANIEL SALVATORE SCHIFFER*

*Philosophe, auteur, notamment, de « La Philosophie d’Emmanuel Levinas – Métaphysique, esthétique, éthique » (Presses Universitaires de France), « Le Testament du Kosovo – Journal de guerre » (Editions du Rocher) ; « Traité de la mort sublime – L’art de mourir de Socrate à David Bowie » (Alma Editeur). 

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