Liberté pour Julian Assange !

Julian Assange vient d'être arrêté dans l'ambassade d'Equateur à Londres. Il est accusé, par les Etats-Unis, d'espionnage pour avoir divulgué à l'opinion publique les exactions commises par l'armée américaine sur différents théâtres de guerre. Il risque de 5 à 45 ans de prison. C'est donc au nom de la liberté - de conscience, de pensé, d'expression et de la presse - que je demande sa libération !

LIBERTE POUR JULIAN ASSANGE, AU NOM DE LA DEMOCRATIE ET DE L’HUMANISME

Ce 11 avril 2019 demeurera, dans l’histoire de nos démocraties modernes, censées pourtant garantir la liberté de conscience, de pensée tout autant que de parole, comme un jour noir, scellé, à l’encontre de la presse, par l’infâme sceau d’une dictature qui ne dit pas son nom : Julian Assange, fondateur de WikiLeaks, vient d’être arrêté manu militari, devant les écrans de télévision du monde entier, par six policiers britanniques, alors qu’il se trouvait à l’Ambassade d’Equateur à Londres, où, protégé par l’ancien président Rafael Correa (de qui il avait obtenu la nationalité équatorienne), il avait cependant trouvé refuge – l’asile politique, de fait – après avoir été sommairement accusé d’espionnage par les Etats-Unis, depuis le 19 juin 2012, il y a donc presque sept ans. (https://www.lepoint.fr/societe/tribune-pour-julian-assange-16-08-2012-1496483_23.php)

JUSTICE ET VERITE : UNE SALUTAIRE ŒUVRE D’INTERÊT PUBLIC

Son prétendu délit ? Avoir divulgué à l’opinion publique internationale, aidé en cela par une ancienne soldate de l’armée américaine, Chelsea Manning (condamnée, pour ce motif, à 35 ans de prison), des secrets d’Etat ou, plus précisément encore, les exactions, et autres turpitudes tout aussi inavouables, dont la torture et le viol, commises impunément, par cette même armée, sur différents théâtres de guerre à travers le monde, dont l’Irak. C’est dire si le courageux Julian Assange ne faisait en réalité là, au seul mais noble nom de la vérité, qu’une salutaire œuvre d’intérêt public (comme vient de le déclarer le cinéaste Oliver Stone), de justice tout autant que de transparence : action particulièrement louable, nonobstant les nombreux risques et périls dont son auteur peut manifestement encourir aujourd’hui, en ces hypocrites temps de pseudo-modernité !

A cet incroyable imbroglio judiciaire et diplomatique s’ajouta ensuite, comme pour venir discréditer davantage encore Julian Assange, une obscure affaire de viol, en Suède, sur deux jeunes femmes : crime certes abominable s’il est avéré, mais dont ce même Julian Assange fut toutefois innocenté, après un procès en bonne et due forme, par la justice suédoise.

Ainsi est-ce finalement au simple quoique grossier prétexte, lequel ressemble bien plutôt ici à un veule et piètre alibi, d’on ne sait quelle stupide violation, en Angleterre, de sa liberté conditionnelle que Julian Assange s’est donc vu arbitrairement mené ces jours-ci en prison, avec la bénédiction du nouveau président de l’Equateur, Lenin Moreno, en attendant de se voir probablement extradé, afin de répondre à la procédure judiciaire encore en cours, aux Etats-Unis, où entre 5 et 45 ans de réclusion (la peine de mort lui serait, semble-t-il, épargnée), l’attendent s’il y est effectivement jugé coupable du délit d’espionnage (par piratage informatique), particulièrement grave en ce pays, au profit d’une puissance « étrangère », voire « ennemie ».

UNE NOUVELLE AFFAIRE DREYFUS

Délit d’espionnage au profit d’une puissance ennemie ? Ce sont là, à l’évidence, des mots qui rappellent étrangement ceux, de triste mais historique mémoire, d’une autre mais tout aussi célèbre, et surtout sombre, affaire : l’affaire Dreyfus !

C’est donc au nom de la vérité tout autant que de la justice, et suivant en cela le glorieux exemple du grand Emile Zola en son non moins fameux « J’accuse », que, enfant des lumières d’un Voltaire ou de l’humanisme d’un Erasme, je demande solennellement et toutes affaires cessantes, comme je l’avais fait dans la presse francophone et internationale dès décembre 2010 (https://blogs.mediapart.fr/daniel-salvatore-schiffer/blog/071210/plaidoyer-pour-julian-assange-fondateur-de-wikileaks), il y a donc neuf ans déjà, la liberté immédiate pour Julian Assange !

LES LUMIERES DE L’HUMANISME

Car il n’est point de démocratie qui vaille à long terme, en effet, sans les lumières de cet humanisme que nous, intellectuels de bonne volonté, portons chevillé à notre raison tout autant qu’à notre cœur. C’est, comme nous l’a magnifiquement enseigné cet immense penseur de la philosophie morale que fut Emmanuel Kant, un impératif catégorique. Mieux, quels que soient les doutes que l’on puisse certes émettre légitimement à l’égard de Julien Assange, c’est aussi là une infaillible question de principe universel, où doit en outre émerger, à l’instar de toute justice correctement rendue, la non moins imprescriptible présomption d’innocence !

Un pays comme la France, patrie des droits de l’homme, ou une ville telle que Bruxelles, capitale de l’Europe, sauront-ils dès lors accueillir décemment sur leur sol, comme il se doit et quelles que soient là encore les zones d’ombre subsistant à son endroit, Julian Assange afin qu’il puisse enfin y vivre en paix, et avec la sécurité qu’il mérite ? C’est, très sincèrement, à souhaiter !

 

Daniel Salvatore Schiffer : philosophe, écrivain, éditorialiste, auteur notamment de « La Philosophie d’Emmanuel Levinas » (Presses Universitaires de France), « Oscar Wilde » et « Lord Byron » (publiés tous deux chez Gallimard-Folio Biographie), « Traité de la mort sublime – L’art de mourir de Socrate à David Bowie » (Alma Editeur), « Divin Vinci – Léonard de Vinci, l’Ange incarné » (Editions Erick Bonnier). 

N.B. : A cet appel se joint Maryam Namazie : porte-parole anglophone du Comité International contre la Peine de mort, « One Law For All », dont le siège est à Londres, et du Conseil des ex-Musulmans de Grande-Bretagne.

 

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