Après la tuerie de Nice: les indécentes leçons de morale de Sarkozy et de BHL

Il y en a qui ne manquent pas d'air tant leur outrecuidante mauvaise foi, doublée là d'une consternante faculté d'oubli, gonfle leur ego. C'est le cas, après l'odieux attentat terroriste qui vient d'ensanglanter Nice, de Nicolas Sarkozy et de Bernard-Henri Lévy, qui, malgré leur coupable irresponsabilité dans la guerre qu'ils ont menée en Libye, continuent de vouloir faire la leçon aux autres.

APRES LA TUERIE DE NICE : LES INDECENTES LECONS DE MORALE DE SARKOZY ET DE BHL

Il y en a qui, décidément, ne manquent pas d'air tant leur outrecuidante mauvaise foi, doublée là d'une non moins consternante faculté d'oubli, gonfle leur ego déjà hypertrophié en soi. C'est notamment le cas ces derniers jours, après l'odieux attentat terroriste qui vient d'ensanglanter Nice, de Nicolas Sarkozy, qui ne cesse de stigmatiser l'actuel gouvernement français au regard de ses hypothétiques lacunes quant à la politique sécuritaire qu'il dit mener dans le pays, et de Bernard-Henri Lévy, qui se pique, dans une tribune publiée ce 18 juillet 2016 à la « une » du site de l'hebdomadaire « Le Point », de dénombrer les « cinq erreurs à (essayer) de ne plus commettre après la tuerie de Nice » (http://www.lepoint.fr/editos-du-point/bernard-henri-levy/bhl-cinq-erreurs-a-essayer-de-ne-plus-commettre-apres-la-tuerie-de-nice-18-07-2016-2055281_69.php).

 DE LA GUERRE EN IRAK ET LIBYE A LA NAISSANCE DE L'ETAT ISLAMIQUE

 Car il est un élément capital que tant Sarkozy que Lévy omettent de préciser en amont de leurs analyses, les privant donc a priori de toute pertinence conceptuelle, sinon de crédibilité intellectuelle, hormis pour leurs aveugles et sectaires partisans : c'est que ce fléau désormais planétaire que constitue précisément cette nébuleuse terroriste que l'on nomme « État Islamique », celui-là même qui met aujourd'hui nos démocraties modernes à feu et à sang, a été de fait favorisé, quoique ce ne soit certes pas là son unique cause, par la guerre que ces mêmes Sarkozy et Lévy ont soutenu politiquement, en 2003, en Irak et, surtout, déclenché militairement, en 2011, en Libye !

 Certes leurs défunts présidents, Saddam Hussein et Mouhammar Kadhafi, n'étaient-ils pas des anges. Ils étaient même d'horribles dictateurs, qui, souvent, asservissaient, parfois de la manière la plus impitoyable qui fût, leur propre peuple. Mais, enfin, ces pays, dont l'un des fondements constitutionnels était cette laïcité que nous chérissons tant sous nos propres latitudes, n'en vivaient-ils pas moins, pour autant, en paix, ayant même alors atteint un niveau économique et culturel relativement enviable pour cette région du globe, au lieu que d'être, comme aujourd'hui, le sanguinaire terrain, sur le plan humain au vu du nombre incroyablement élevé de victimes civiles, d'une multitude d'attentats plus dévastateurs encore - ce qui n'est pas peu dire - que ceux qui ravagent, en ces obscurs temps de barbarie pseudo-religieuse, l'Occident, Europe et Amérique comprises.

 LA TRAGEDIE HUMAINE DES MIGRANTS EN MEDITERRANEE

 Quant à ceux qui voudraient mettre en doute cette thèse, pourtant prouvée factuellement, je les renverrai tout simplement, en guise de réponse définitive, à cette immense tragédie que représente, sur le plan humain là aussi, le nombre non moins incroyablement élevé de migrants, qui meurent aujourd'hui par dizaines de milliers, afin de fuir l'indescriptible chaos que nous avons nous-même ainsi instauré sur leurs propres terres, en cet énorme cimetière à ciel ouvert qu'est devenu, en quelques mois seulement, la Mer Méditerranée. Là, c'est la multitude des morts qui, hélas pour ces innocents, invalide, a posteriori cette fois, la coupable imprévoyance, si ce n'est l'invraisemblable arrogance, de ces indignes va-t-en-guerre que sont Sarkozy et Lévy, lesquels, tout empêtrés qu'ils sont dans leur narcissisme guerrier, n'ont même pas l'intelligence, à défaut d'honnêteté, de faire, à ce douloureux sujet, le moindre examen de conscience.

 Au contraire : malgré leur faillite personnelle, dans laquelle ces irresponsables auront embarqué en outre ainsi jusqu'à nos propres vies à présent menacées de toutes parts, et surtout celles des malheureuses victimes des terribles attentats de Paris, de Bruxelles, de Nice ou d'ailleurs, ils continuent inlassablement, bien que pour notre plus grande lassitude, de pérorer, parader, gesticuler et dispenser impunément, à qui veut bien encore les écouter, leurs dérisoires leçons de morale, sinon de stratégie géopolitique, sur des plateaux de télévision, et autres studios de radio, qu'ils ne cessent, forts d'on ne sait quel prestige, de squatter, toute honte bue, indûment !

 QUAND LE PRINTEMPS ARABE N'ETAT QUE LE PRELUDE A L'HIVER ISLAMISTE

 Un dernier élément enfin, mais non des moindres, pour compléter ce lamentable tableau quant à la prétendue lucidité idéologique de ces deux apprentis sorciers que sont, chacun en leur domaine, Sarkozy et Lévy. N'ont-ils donc pas vu que ce fameux « printemps arabe » pour lequel ils se sont tant enthousiasmés, voulant alors nous faire gober là encore tout et n'importe quoi, ne s'avérait en réalité, même si tout authentique démocrate l'appelait certes théoriquement de ses vœux, que le prélude à un rude hiver islamiste, comme je l'ai moi-même alors qualifié en une de mes tribunes, sinon, ainsi que je l'avais encore écrit en un autre de mes articles, à une saison en enfer ? Car à la dictature politique s'est maintenant ajoutée, telle la plus terrible des doubles peines, la dictature religieuse : la pire de toutes dans la mesure où c'est sur les consciences mêmes, en ce qu'elles ont de plus intime et sacré tout à la fois, qu'elle impose ainsi son effroyable tyrannie !

COUPABLE IRRESPONSABILITE ET FAILLITE INTELLECTUELLE

Conclusion ? Que Nicolas Sarkozy et Bernard-Henri Lévy examinent donc leur propre part de responsabilité, dans le désastre qui secoue aujourd'hui notre civilisation, mettant en péril jusqu'à ses valeurs morales comme ses principes philosophiques, au premier rang desquels émergent l'esprit de tolérance aussi bien que le goût de la liberté, plutôt que de s'évertuer, au mépris de toute décence intellectuelle, à faire la leçon, sans la moindre autocritique, à la terre entière. Ils en sortiraient grandis, pour peu, certes, qu'on leur laissât encore le bénéfice de quelque doute en matière d'intelligence politique. Je parle ici, bien sûr, de la politique au sens noble du terme - celle qui privilégie le bien commun plutôt que l'intérêt particulier - et non de la basse, mesquine et glauque, politicaille, hélas trop répandue, faute d'idéaux dignes de ce nom, de nos jours !

DANIEL SALVATORE SCHIFFER*

 * Philosophe, auteur, notamment, de La Philosophie d'Emmanuel Levinas (Presses Universitaires de France), Critique de la déraison pure - La faillite intellectuelle des 'nouveaux philosophes' et de leurs épigones (François Bourin Éditeur), Le Testament du Kosovo - Journal de guerre (Éditions du Rocher).

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