Bruel chante Barbara: le perlimpinpin contre la poudre aux yeux des charlatans

BRUEL CHANTE BARBARA : LE PERLIMPINPIN CONTRE LA POUDRE AUX YEUX DES CHARLATANS

 

En ces temps de barbarie, où un nouvel obscurantisme religieux semble s'abattre sur l'humanité, frappant jusqu'aux enfants ainsi que le monde ébranlé a pu notamment le voir avec la tragédie du petit Aylan, échoué sur une plage de Bodrum après avoir fui son pays en guerre et s'être noyé en Méditerranée (http://www.lexpress.fr/actualite/la-tragedie-des-migrants-aylan-icone-du-massacre-des-innocents_1712984.html), il serait bon, et même urgent, que l'on se rappelle ces paroles que la grande Barbara chantait, la voix portée par un indicible chagrin tout autant que par la révolte, sinon la colère, en ce magnifique texte, véritable hymne à l'innocence martyrisée (car ce message d'humanisme concerne, plus généralement, toutes ces jeunes victimes, enfants et adolescents, migrants ou non, exploitées de manière éhontée par les extrémistes de tous poils), qu'est son poétique Perlimpinpin :

 

« Pour qui, comment, quand et pourquoi ?

Contre qui, comment, contre quoi ?

C'en est assez de vos violences,

D'où venez-vous, où allez-vous ?

Qui êtes-vous, qui priez-vous ?

Je vous prie de faire silence.

(...)

Car un enfant qui pleure,

Qu'il soit de n'importe où,

Est un enfant qui pleure.

Car un enfant qui meurt

Au bout de vos fusils

Est un enfant qui meurt.

Que c'est abominable d'avoir à choisir

Entre deux innocences.

Que c'est abominable d'avoir pour ennemi

Les rires de l'enfance. »

 

Mais si je parle ici de cet émouvant chant de mort, où l'innocence de l'enfance se voit massacrée par la violence des hommes, au nom de je ne sais quel abominable Dieu de surcroît, c'est que le modeste philosophe que je suis, bien que rompu aux impératifs de la raison, s'est vu soudain interpellé, les larmes aux yeux, la gorge nouée et la bouche bée, un long frisson parcourant mon échine, lorsque j'ai entendu Patrick Bruel, dont je ne suis pourtant pas spécialement « fan » et que je n'avais donc jamais vraiment écouté jusque là, l'interpréter, avec une rare vérité humaine, où l'intensité de l'émotion n'avait d'égale que la pudeur de la voix, lors d'une émission télévisée - « Vivement Dimanche » de Michel Drucker, ce 20 décembre 2015 sur France 2 - que je n'ai pas, là non plus, l'habitude de regarder, sinon distraitement, malgré, dans son genre, son indéniable qualité professionnelle.

 

Oui : moi qui suis pourtant plus féru de dialectique socratique que de messe cathodique, et plus adepte de rationalisme cartésien que de divertissement mondain, j'ai été là, sur le coup de seize heures en cet après-midi d'hiver, quelques jours seulement avant Noël, littéralement subjugué, ému et interloqué tout à la fois, comme si c'était à ma conscience même, sinon à la conscience du monde entier, que ce merveilleux, quoique douloureux, « Perlimpinpin », extrait de son dernier disque (en hommage précisément à Barbara et intitulé « Très souvent, je pense à vous... »), s'adressait là (https://www.youtube.com/watch?v=3jXLObfz6NM).

 

La musique même, que la sobriété de ses seuls tambours rendait, paradoxalement, d'autant plus somptueuse, avait alors, dans sa mélodieuse gravité, des accents, aussi solennels qu'actuels, de mise en garde, d'appel à la vigilance et de rappel à l'ordre : il faut battre le pavé, descendre dans la rue, crier notre refus de toute mortifère intolérance et même lever le poing s'il le faut, afin que ce tendre et magique perlimpinpin de notre enfance ne se voit pas indûment transformé, en ces temps de fausses et démagogiques lumières, où mêmes les dieux paraissent mentir, par l'aveuglante, nauséabonde poudre aux yeux des charlatans de tous bords et autres fanatiques de pacotille, surtout les fous d'Allah !

 

DANIEL SALVATORE SCHIFFER*

 

 

* Philosophe, auteur, notamment, de « Requiem pour l'Europe » (Éditions L'Âge d'Homme), « Lord Byron » (Gallimard-Folio Biographies) et « Le Testament du Kosovo - Journal de guerre » (Éditions du Rocher). 

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