Un Donald, ça Trump énormément !

C'est presque faire injure au célèbre titre de l'une des meilleures comédies du cinéma français : «Un éléphant, ça trompe énormément !», que de le paraphraser pour qualifier aujourd'hui, à entendre ses propos souvent aussi tonitruants que nauséabonds, ce clownesque mais néanmoins dangereux personnage qu'est Donald Trump.

C'est presque faire injure au célèbre titre de l'une des meilleures comédies du cinéma français, Un éléphant, ça trompe énormément !, que de le paraphraser pour qualifier aujourd'hui, à entendre ses propos souvent aussi tonitruants que nauséabonds, ce clownesque mais néanmoins dangereux personnage qu'est Donald Trump : un Donald, ça Trump énormément !

Celui-ci, qui pourrait faire pâlir d'envie même un éléphant rose dans un magasin de porcelaine, n'a de cesse, effectivement, de trompeter à la face du monde entier, souvent consterné par l'inaudible cacophonie de ce peu ragoûtant instrument à vent et autres contrepèteries de bas instinct, ses insanités. Ce pitre de Donald, qui n'est pourtant pas Duck, devrait faire peur à tous les canards, et pas seulement journalistiques, d'Amérique, sinon de la planète entière !

DOCTEUR FOLAMOUR

Imaginez, en effet, ce vulgaire milliardaire à la douteuse houppette, semblant venu tout droit d'une mauvaise bande dessinée yankee, être à la tête, si d'aventure il se voyait élu à la présidence des États-Unis, de la nation la plus puissante, tant sur le plan politique qu'économique, et surtout militaire, de notre bonne vieille Terre. Même ce fou furieux de Kim Yong-Un, pourtant barricadé dans son sinistre bunker de Pyongyang, capitale de la paranoïaque et loufoque Corée du Nord, doit trembler face à ce Donald à la gâchette apparemment facile et qui un jour, au comble du péril à la bannière étoilée, aura peut-être, à Dieu ne plaise, la bombe atomique à disposition pour déverser, sans plus personne alors pour en rire ou en pleurer, ses très toxiques élucubrations sur ses ennemis, réels ou imaginaires, et surtout fantaisistes, qu'ils soient. Au secours, Docteur Folamour est revenu !

Davantage : même cet ancien président de George Walker Bush, qui n'était pourtant pas lui-même une lumière en matière de géopolitique, lui qui, Pinocchio d'entre les Pinocchio, alla jusqu'à s'inventer de toutes pièces une très menaçante « arme de destruction massive » pour pouvoir mettre à feu et à sang l'Irak de Saddam (autre imbuvable tyran) en vue d'y piller ses très rentables puits de pétrole, paraît, aux côtés de l'inénarrable Donald, un enfant de chœur, sinon un génie diplomatique. C'est tout dire !

BRUXELLES, TROU A RATS ?

Quant à prétendre que Bruxelles, capitale de la Belgique et surtout de l'Europe, n'est qu' un « trou à rats » en raison des djihadistes qui y ont fait malheureusement leur nid, comme vient donc encore de le claironner intempestivement, du haut d'une tribune donnant sur un parterre d'abrutis aussi hilares qu'ignorants, ce candidat dont on ne sait si ce sont les fascisantes saillies ou la foncière bêtise qu'il faut blâmer le plus, c'est là, bien évidemment, une autre de ces énormes stupidités auxquelles même ses rivaux politiques, y compris dans son propre camp, qui n'a de « républicain » que le nom (je leur conseille humblement, à ce sujet, de relire attentivement Voltaire et son Traité sur la Tolérance ou Montesquieu et son Esprit des Lois), ne prêtent véritablement plus de sérieuse attention, sinon pour eux-mêmes le brocarder. Enfin, il lui restera bien toujours, parmi sa clique de fans anciennement avides eux aussi de Maison Blanche, la plus fidèle des « groupies » : la tête de linotte Sarah Palin, dont l'éclat de l'intelligence semble inversement proportionnel à l'hystérie de ses envolées lorsqu'elle le présente, quasi en pâmoison, devant son électorat.

Davantage : je lui ferais aimablement remarquer, concernant cet hypothétique « trou à rats » que serait Bruxelles, qu'un soir d'hiver, alors que je m'en retournais tranquillement d'un restaurant situé en plein cœur de New York, à Manhattan même, je vis, à ma grande stupeur, sinon indignation, une horde de rats, bruyants et rebutants, surgir subitement de la bouche d'une station de métro, elle-même perdue sous les pestilentielles vapeurs des gaz d'échappement qu'exhalaient des dizaines de taxis jaunes, à proximité - ça ne s'invente pas - de la fameuse Trump Tower, toute de verre, d'acier et de béton... armé (cela va, pour cet amateur de breloques martiales et autres vétérans s'en revenant des champs de bataille, sans dire).

LES SERIAL KILLER D'AMERIQUE

Mieux : à tout prendre, et s'il fallait vraiment choisir entre deux maux, je préfère encore les rats de Bruxelles à ces psychopathes et autres serial killer qui, autorisés à s'armer par la très rétrograde et quelque peu sauvage Constitution de son cher pays, où l'on apprend même à tirer à des enfants, sèment trop souvent la terreur sur les campus d'Amérique ! Même le pauvre Obama, qui n'est pas si baraqué que cela face à ce très mauvais genre de Donald, n'arrive pas à s'en débarrasser, fût-ce en brandissant, pour les châtier définitivement, la non moins abominable peine de mort. Il lui arrive même parfois, à cause de ces tragédies humaines, de verser publiquement, la gorge nouée, la voix cassée et le regard voilé, une furtive mais émouvante larme.

Bref : que cet inepte démagogue, ridicule pantin et menteur invétéré de Donald Trump, balaye donc, avant de s'autoriser à faire je ne sais quelle absurde et honteuse morale aux autres, devant sa propre porte. On y verra ainsi moins voltiger ça et là, en outre, ses propos orduriers, même si la crasse, à la triste évidence, continuera certes malgré tout, très (in)vraisemblablement, à le guinder.

LE NOUVEAU JUMBO MADE IN USA

Reste donc à espérer, pour le bien de l'humanité tout entière, que l'Amérique, qui ne craint pas de s'autoproclamer « la plus grande démocratie du monde », ne vote pas pour lui, clouant ainsi enfin le bec à ce misérable, malgré sa fortune colossale, canard boiteux.

Car, oui, un Donald, ça Trump, en effet, énormément : il est même, par son éléphantesque démarche politique, le nouveau Jumbo, pour rester dans le registre du dessin animé, made in USA !

On s'en consolera en pensant que les rats font tellement peur aux éléphants qu'ils les font fuir...

DANIEL SALVATORE SCHIFFER*

* Philosophe, auteur, notamment, de Le Dandysme - La création de soi (François Bourin Éditeur), Oscar Wilde - Splendeur et misère d'un dandy (Éditions de La Martinière), Lord Byron (Gallimard-Folio Biographies) et Le Testament du Kosovo - Journal de guerre ». A paraître : David Bowie, le dandy absolu.

 

 

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