Valeureux Liégeois: à l'alarme, citoyens !

Liège, 29 mai 2018. Un délinquant y tuait trois personnes. Radicalisé en prison, il y a perpétré son crime en criant "Allah Akbar". Cet assassinat terroriste est revendiqué par l' "Etat Islamique". Hommage à ces trois victimes ! Mais, aussi, la mise en accusation du parti "Islam", prônant la charia, la ségrégation sexuelle et se présentant, en Belgique, aux prochaines élections communales.

 © @Marc Salvatore © @Marc Salvatore

VALEUREUX LIEGEOIS :  A L’ALARME, CITOYENS !

Liège (Belgique), mardi 29 mai 2018, aux environs de 10h30’. Ce funeste matin-là, un délinquant multirécidiviste bénéficiant d’un congé pénitentiaire y abattait, de sang froid, trois personnes : deux policières (Lucile et Soraya) dans l’exercice de leur fonction et un jeune étudiant (Cyril) qui s’apprêtait à entrer dans la noble carrière d’instituteur avant que ce tragique destin ne vienne le faucher devant les yeux atterrés de sa propre mère. L’innocence massacrée par un acte d’une barbarie sans nom !

Ce tueur, abattu ensuite par le peloton anti-banditisme accouru sur les lieux, est aujourd’hui formellement accusé par la Justice, preuves à l’appui, d’ « assassinat terroriste ». Et pour cause : radicalisé, au contact de fanatiques islamistes, dans les diverses prisons qu’il avait fréquentées auparavant, il a perpétré son criminel geste en s’écriant « Allah Akbar » avant que, deux jours après seulement, le jeudi 31 mai 2018, les sanguinaires djihadistes de l’autoproclamé « Etat Islamique » ne revendiquent ouvertement, par agence de presse interposée, cet odieux attentat.

ISLAMO-FASCISME ET RADICALISATION

Certes est-il encore un peu tôt, ne fut-ce que par le nécessaire respect dû aux morts de cette tragédie humaine, pour que je m’associe ici, moi aussi, au compréhensible concert d’interrogations, et autres polémiques tout aussi justifiées, concernant l’opportunité de ce fameux « congé pénitentiaire », considéré comme la première étape vers une possible « réinsertion » au sein de la société, de cet abject individu : un homme particulièrement violent, aussi dangereux qu’instable sur le plan caractériel, aussi fragile au niveau psychologique qu’ignorant à l’échelon intellectuel, et, comme tel, proie rêvée pour les irrationnelles prêches de ces « fous d’Allah ». Ils n’auront donc probablement fait ainsi que l’instrumentaliser, à force de manipulations doctrinaires et d’autant de lavages de cerveau, pour parvenir à leurs ignobles fins. Dont acte !

Mais il est, en revanche, un point, et non des moindres, sur lesquels je souhaiterais toutefois m’attarder en cet hommage en forme de réflexion. Car s’il est exact qu’une élémentaire pudeur m’empêche, en d’aussi pénibles circonstances, de me livrer à quelle que spéculation sociologique, et encore moins à quelle que récupération politique, que ce soit, il n’en demeure pas moins vrai que, mû ici par le même respect dû à ces malheureuses victimes justement, et afin qu’une aussi cruelle mort ne reste pas vaine, je m’interroge très sérieusement - moi qui, profondément attaché aux valeurs de la démocratie, suis pourtant un ardent défenseur des droits de l’homme, du débat d’idées et de la liberté d’expression - sur le fait qu’un parti aussi extrémiste et rétrograde, sur le plan politico-religieux, que le parti « Islam », matrice idéologique d’un fascisme qui ne dit pas son nom, prônant la moyenâgeuse charia (la pseudo loi coranique) et préconisant la ségrégation sexuelle (au mépris de la femme), puisse se présenter librement en Belgique, pays au cœur de l’Europe dite moderne et civilisée, lors des prochaines élections communales et provinciales de ce 14 octobre 2018 !

De ce parti « Islam », en voici, par ailleurs, quelques éléments programmatiques, qu’il suffit de consulter pour en percevoir aisément toute l’horreur :  https://www.7sur7.be/7s7/fr/14836/Elections-2018/article/detail/3405200/2018/04/06/La-charia-et-la-segregation-sexuelle-dans-les-bus-le-programme-interpellant-du-parti-Islam.dhtml

NON AU PARTI « ISLAM » EN BELGIQUE

Je connais par avance, bien évidemment, l’éventuelle riposte. On me rétorquera, non sans fondement conceptuel, que, contrairement à la France, dont l’un des pivots constitutionnels est, depuis la loi de 1905, la laïcité (la stricte séparation entre la sphère de l’Etat et la sphère de l’Eglise), la Belgique, quant à elle, privilégie plutôt, comme principe en la matière, la neutralité, c’est-à-dire le fait que ce pays ne puisse se prononcer juridiquement, dans le domaine politique, à propos des croyances religieuses. Soit ! A quoi je répondrai alors, me basant ainsi sur le simple code civil et pénal, qu’un parti politique, quel qu’il soit, ne peut s’adonner légalement, sauf à verser dans un délit hautement répréhensible, à quelle que discrimination, encore moins haine, que ce soit : ni à la ségrégation sexuelle, ni à l’intolérance religieuse, ni à la stigmatisation morale, ni même encore, et plus simplement, au « vivre ensemble » entre peuples libres, civilisés et solidaires des vertus égalitaires de la démocratie.

Ainsi, n’y a-t-il pas plus de raison pour que l’on autorise ce parti « Islam », à partir du moment où il enfreint la loi, l’esprit tout autant que la lettre de notre législation même, qu’un parti ouvertement fasciste, voire aux nauséabonds relents, par son antisémitisme notoire, nazi ! Davantage : ceux qui prétendent en conduire les listes lors de ces prochaines élections communales et provinciales, à travers une bonne partie de la Belgique, ne se servent-ils pas précisément des mêmes arguments fallacieux, aussi criminels qu’éhontés, que ceux-là mêmes qui ont contribué à endoctriner ce sinistre tueur, en ce fatidique 29 mai 2018, de Liège ? C’est dire si, afin d’éviter d’autres drames de la même espèce, et peut-être de bien plus terrible ampleur encore, l’interdiction pure et simple de ce parti « Islam » s’avère aujourd’hui, et plus que jamais, nécessaire, sinon urgente, ne serait-ce que, par-delà même l’hommage dû au souvenir des victimes, pour une impérieuse raison de sécurité publique ! Cela, tout en réduisant les inévitables parts de dérive sectaire, aurait peut-être le mérite, en outre, d’enrayer pareil fléau : une plaie purulente qui, si on ne la referme pas à temps, avec le soin tout autant que l’attention qu’elle requiert, pourrait encore assassiner, à l’avenir, bon nombre de nos enfants. A l’alarme, citoyens !

UN C(H)OEUR DE RESISTANCE FACE A LA BARBARIE

Davantage ! Il y a un peu plus de sept ans déjà, le 13 décembre 2011, cette même ville de Liège, où je suis moi-même né il y a soixante ans et où je suis aujourd’hui professeur de philosophie à l’Ecole Supérieure de l’Académie Royale des Beaux-Arts, vivait une autre tragédie : un déséquilibré y tirait aveuglément dans la foule, faisant cinq morts et quelques dizaines de blessés. Aux humbles morts de pareille folie meurtrière, j’avais tenu, bien sûr, à rendre déjà, et publiquement, hommage. En voici, alors publiée sous le titre de « Requiem pour Liège – In Memoriam », une des indélébiles traces écrites : https://blogs.mediapart.fr/daniel-salvatore-schiffer/blog/201211/requiem-pour-liege-memoriam

Tel est également le motif pour lequel, m’associant ici à la douleur de ma bonne ville de Liège, cette chère « cité ardente » dont je porte aujourd’hui le deuil moi aussi, il me vient d’entonner en c(h)oeur, tel un chant de résistance, mais aussi de courage, face à la barbarie, le refrain de cet hymne portant l’emblématique titre de « Valeureux Liégeois », écrit et composé en 1790 déjà, par l’abbé Ramoux, au lendemain même de la Révolution Française, à l’illustre Siècle des Lumières :

« Valeureux Liégeois,
Fidèles à ma voix,
Volez à la victoire!
Et la liberté de notre Cité
Vous couvrira de gloire. »

DANIEL SALVATORE SCHIFFER*

*Professeur de philosophie à l’Ecole Supérieure de l’Académie Royale des Beaux-Arts de Liège, professeur invité au Collège Belgique, sous le parrainage officiel du Collège de France, et délégué général du Prix Littéraire Paris-Liège.

L'illustration de cette tribune, représentant le logo officiel, mais ici endeuillé et ensanglanté, de la Ville de Liège, est une création originale, pour cette triste circonstance, de mon frère, Marc Salvatore, né et habitant lui aussi à Liège.

 

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