Le fiasco d'Hidalgo sur les colos

La suppression abrupte des colonies de vacances suscite une forte mobilisation des parents. Déjà 10 000 signatures de la pétition lancée il y a 10 jours. La ville veut rétropédaler mais qu'à moitié. Le fiasco serait dû à son refus de titulariser 5 vacataires, et, effet d'aubaine, à sa volonté d'économiser 3 millions d'€ sur le dos de nos mômes et de nos ados... La mobilisation doit continuer !

La suppression abrupte des colonies de vacances suscite une forte mobilisation des parents. Déjà 10 000 signatures de la pétition lancée il y a 10 jours. A la veille du Conseil de Paris, la majorité tente d’éteindre l’incendie et de rétropédaler, partiellement en promettant de restaurer le dispositif pour 2019 et de compenser sa perte en 2018 en demandant aux caisses des écoles d’augmenter leurs propres séjours, aux centres de loisirs leurs mini séjour et en promettant de solliciter également les séjours de la CAF. La ville prétend que pour 2018, ce serait “techniquement” impossible de restaurer le dispositif Arc-en-ciel… Mais est-ce si sûr ?

Voici les informations glanées qui permettent de comprendre tout le fiasco des colos d’Hidalgo et pourquoi il est tout à fait possible de les sauver dès l’été 2018. La mobilisation doit se poursuivre et s’amplifier ! Ce lundi, rendez-vous a été donné aux signataires à 12h30 sur le parvis de l'hôtel de ville, pour chanter joyeusement "Ah les jolies colonies de vacances..." pendant la séance du Conseil de Paris, où nombre de groupes ont déposé des vœux.

 

Dans le budget adopté en décembre, la majorité avait prévu une baisse de 3 millions d’euros sur les moyens alloués à la DASCO (Direction des affaires scolaires), le budget des colos, et l’exécutif prétend avoir à l’époque informé les groupes de sa majorité de la suppression du dispositif Arc-en-ciel. Étant élue non inscrite, d’opposition citoyenne (ou opposition de “gauche” mais ce terme est tellement dévoyé par ceux qui s’en réclament et font l’inverse), je n’en ai bien évidemment pas été informée et j’ai voté contre ce budget : même sans l’info sur les colos, il y avait déjà suffisamment de raisons de s’y opposer !  Mais dans les faits, le dispositif des colonies Arc-en-ciel avait été supprimé dès le début de l’automne…

 

Le saviez-vous ? ce dispositif reposait en fait essentiellement sur 5 vacataires, avec des contrats de 8 à 9 mois par an et un fonctionnaire et une secrétaire. 5 vacataires qui ont dû pendant 4 ans supporter de travailler dans une salle sans fenêtre avant de remporter la victoire de bénéficier d’un meilleur cadre de travail… Las de devoir chaque année galérer dans la précarité (certains depuis 10 ans !), ils se mobilisent et exigent leur titularisation. Cet été, ils n’en peuvent plus. Et toute l’équipe, le responsable titulaire compris, décide d’arrêter. Que fait la ville ? Elle décide d’enfin les respecter et de sauver le dispositif ? Au moins pour les gamins ? Non. Elle en profite, belle aubaine, pour supprimer la ligne budgétaire correspondante. Le droit des jeunes parisiens à bénéficier de colonies de vacances a été sabré par la ville pour éviter de sortir 5 personnes de la précarité alors que cette équipe se démenait tous les ans pour ces colos !

 

Cela fait près de 30 ans que le dispositif existe. Mais s’il permettait à 12 000 enfants de partir en vacances dans les années 80, ils ne furent plus que 5000 en 2017. De 2008 à 2017, le budget est passé de 4,7 millions à 3,3 millions d’euros… Faute de demande ? Certainement pas, au contraire… Chaque année nombre de parents se retrouvaient sur liste d’attente et peu de publicité était faite afin de ne pas susciter trop de déception. Pourtant, c’est le dispositif qui permet le mieux de respecter la mixité sociale : des enfants du 20e pouvaient se retrouver avec d’autres du 16e et chaque année tous les parents en étaient ravis. Plus important encore, l’équipe avait depuis 4 ans développé l’inclusion d’enfants en situations de handicap dans ces séjours. Une bouffée d’air essentielle pour ces enfants et leur famille. Quel désespoir pour eux de devoir y renoncer et quelle honte pour la ville.

 

Que la ville arrête le bricolage discriminant prévu pour l’été 2018 !

Le dispositif présenté pour 2018 n’est pas sérieux. Augmenter les mini séjours des centres de loisirs est nécessaire mais ne remplace pas l’expérience d’une colo. Aussi, ces mini séjours, comme les colonies dépendant des caisses des écoles, ne garantissent pas la mixité sociale. Les enfants restent avec ceux de leur quartier, de leur arrondissement. Rien ne garantit que les adolescents puissent bénéficier de places suffisantes via les dispositifs CAF et de fait ils sont hors d’âge pour les centres de loisirs. Surtout, qu’en est-il des enfants en situations de handicap ? Enfin, nombre de caisses des écoles n’ont tout simplement pas ce dispositif ! Comme dans le 2ème ou encore le 17eme ! Quelle discrimination ! Seule la remise en route du dispositif Arc-en-ciel garantit l’égalité de tous les jeunes parisiens dans l’accès à ces colos, au moins en principe, faute de places suffisantes. Surtout, si la mairie de Paris bricole en 2018, pourquoi s’engagera t-elle à réellement remettre en place le dispositif en 2019, une fois la mobilisation passée ?

 

Techniquement, c’est possible de reconduire le dispositif pour cet été, les prestataires l’assurent ! Le collectif des 26 organisateurs de séjours de vacances, les prestataires des colonies Arc-en-ciel, viennent d’écrire à la Maire de Paris et aux maires d’arrondissement. Ils avaient remporté le marché qui court sur 4 ans, dont 3 années restantes. Mais début janvier, par lettre recommandée, ils ont appris qu’on ne leur réserverait aucune colo. Le marché ne fixe pas d’obligation minimale ni maximale de séjour, donc c’était légal. Cependant, si la ville via les caisses des écoles, fait appel à d’autres prestataires tandis qu’elle vide de son contenu ce marché, elle commettrait une faute juridique… La bonne nouvelle, c’est que ces structures sont partantes pour que la ville honore bien son marché ! D’ailleurs, certaines structures, du fait du marché, ont engagé des investissements importants et des embauches depuis l’attribution des lots il y a un an, que la ville devrait respecter, sous peine de les exposer à de graves difficultés. Il y a quelques années encore, les inscriptions se faisaient en mars. La ville peut très bien les relancer dès maintenant !

 

Qu’elle fasse enfin confiance à celles et ceux qui servent la ville, qu’elle respecte leur statut et leurs conditions de travail, la mémoire de l’expertise du travail bien réalisé ! Qu’elle respecte également les prestataires, structures pour la plupart issues de l’éducation populaire, du tourisme social et solidaire !

 

Cette mobilisation m’aura permis de découvrir tout ce dossier. Que Paris ne permettait qu’à 5000 enfants et ados de partir à ces colos. Qu’elle est prête à supprimer le dispositif pour ne pas titulariser 5 vacataires, et économiser 3 millions d’€ au passage. C’est minable, non ? En même temps, ça ne vous fait pas réfléchir à ces mesures de purge que Macron veut imposer aux 3 fonctions publiques ? Développer le recours aux contractuels plutôt qu’aux concours ? Prévoir 120 000 suppressions de postes de fonctionnaires et des départs volontaires et asphyxier plus encore les budgets des collectivités ? Leur libéralisme c’est le chaos. Empêchons-les de briser nos services publics. Défendons les colos, dès 2018 et exigeons que des objectifs de places offertes bien plus ambitieux soient fixés pour les années à venir ! C’est eux les archaïques, qui veulent imposer un retour en arrière, avant 36 et la victoire des congés payés, avant la création des colos pour nos mômes et nos ados !

 

Hidalgo, pas touche à nos colos !

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