A Paris Macron et Hidalgo abandonnent les exilé.e.s

Porte de la Chapelle à Porte d'Aubervilliers, un millier d'exilé-e-s survivent sous des tentes dans des conditions indignes. Le gouvernement doit rompre avec sa politique anti-migrants et la ville doit prendre ses responsabilités. Il n’est pas tolérable que dans la capitale du pays des droits de l’homme, les conditions des exilé-e-s soient pires que dans certains camps humanitaires hors UE !

Cette situation ne peut plus durer. Dans le nord de Paris, porte de la Chapelle et porte d’Aubervilliers, un millier de réfugiés survivent sous des tentes, dans le dénuement le plus total. Jeudi dernier, une évacuation partielle a eu lieu dans des conditions indignes et sans apporter aucune réponse : violences des forces de l’ordre, absence de transparence vis-à-vis des associations sur les centres d’accueil et les lieux d’hébergement où quelque 300 personnes ont été déplacées, laissant à l’abandon la plupart des réfugiés, sous les voûte du périphérique et le long des voies de l’autoroute.

 

La politique anti-migrants du gouvernement français et de l’Union Européenne est bien sûr à l’origine de cette situation. Dans le nord de Paris, il y a parmi les réfugiés une forte proportion de dublinés, du nom de la procédure “Dublin” qui organise leur retour dans le premier pays européen où ils ont été enregistrés à leur entrée dans l’Union européenne. A cela s’ajoute les immenses complications des démarches de demande d’asile. Les associations tout comme les services de l’état volontairement affaiblis par le gouvernement sont débordés. Que peut pour ces milliers d’exilé.e.s une permanence téléphonique saturée et qui n’a de permanent que le nom ? L’objectif du gouvernement est clair : obtenir un maximum de déboutés et de reconduite à la frontière, sans considération aucune pour les droits humains.

 

Le gouvernement doit rompre avec cette politique qui ne respecte ni les principes les plus élémentaires d’accueil des réfugiés de la convention de Genève ni le droit inconditionnel à l’hébergement quelque soit la situation administrative des sans domicile fixe.

 

Mais la mairie de Paris ne doit pas être en reste. Elle aussi doit prendre ses responsabilités. Anne Hidalgo ne peut pas se contenter de «mettre une pression bienveillante sur l’Etat» ! Après avoir beaucoup communiqué dans un premier temps, notamment avec la mise en place du Centre de Premier Accueil de la porte de la Chapelle, la maire de Paris a ensuite cherché à se désengager au plus vite, préférant s’abriter dans le discours des « compétence de l’état». Mais les réfugiés sont aussi notre responsabilité, la responsabilité de Paris. Ainsi, la ville se doit d’anticiper le devenir des 150 exilés hébergés dans l’ancien lycée Jean Quarré du 19ème (Centre d’Hébergement d’Urgence Migrants devenu HUDA, Hébergement d’Urgence pour Demandeurs d’Asile). Un nouveau centre d’hébergement d’au moins 150 places doit impérativement ouvrir avant le début des travaux de la future médiathèque prévue, afin de garantir l'inconditionnalité du droit à l’hébergement de ses occupants.

 

La Ville de Paris ne peut pas se contenter de déplorer la situation inhumaine des réfugiés et les difficultés de plus en plus grande pour les quartiers qui les accueillent, et visite après visite regretter la dégradation de cette situation. Soit la ville assume la réquisition de bâtiments, soit elle permet au moins l’accès à l’eau, l’installation de sanitaires et le ramassage régulier des ordures, l’accès à internet et à des bornes de recharge de téléphones pour que les exilés puissent faire leurs démarches auprès de l’OFII (Office Français de l’Immigration et de l’Intégration).

 

Face à l’urgence humanitaire, il faut retrouver de l’ambition en matière d’accueil des migrants et s'inscrire dans une stratégie de désobéissance par rapport à Macron. C’est la condition pour régler cette crise de l’accueil des migrants et sortir du pourrissement actuel.

La ville devrait instaurer un cadre de travail avec le HCR (Haut comité aux réfugiés), et l’ensemble des associations de terrain qui agissent en faveur de l’accès aux droits. Le recensement des bâtiments vides voté en Conseil de Paris doit aboutir à des réquisitions de bâtiments à transformer en centre d’hébergement dans les plus brefs délais. N’est-il pas plus urgent de permettre l’accueil d’exilés comme toute personne sans domicile fixe à l’Hôtel Dieu plutôt que d’y prévoir des boutiques ? Il n’est pas tolérable que dans la capitale du pays des droits de l’homme, les conditions des exilés soient bien pires que dans certains camps humanitaires de réfugiés hors union européenne !

 

Ce mardi 9 avril, je serai avec les citoyen-ne-s impliqué-e-s dans “Paris en Commun” aux côtés des 17 organisations de solidarité avec les migrants qui seront en grève et se rassembleront à la rotonde de Stalingrad pour « alerter sur l'extrême gravité de la situation. qui menace l'intégrité physique et mentale de milliers de personnes. »

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