Danielle Simonnet
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Billet de blog 10 oct. 2014

Des luttes locales urbaines pour fédérer le peuple

Danielle Simonnet
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A nos émancipations urbaines…

Dans le cadre de la mondialisation et de la financiarisation du capitalisme, la ville, les métropoles et les grandes villes sont devenus le terrain de toutes les nouvelles mises en concurrence. L’espace urbain devient également le lieu de luttes essentielles pouvant contribuer à l’émergence ou la réemergence de la conscience collective de l’interdépendance de toutes et tous dans la satisfaction des besoins essentiels. Les mobilisations dans la ville, pour le droit à la ville,  peuvent être un fabuleux accélérateur de fédération du peuple. Dans ce nouveau blog, je souhaite régulièrement pouvoir approfondir un aspect de cette spatialisation du capitalisme, et mettre en lumière nos émancipations urbaines à construire !

Ma première note reprend en partie un article paru dans l’ouvrage collectif « Gauche : Ne plus tarder. » avec un focus sur des luttes très actuelles…

Des luttes locales urbaines pour fédérer le peuple

A l’échelle mondiale comme en France, l’accroissement des populations urbaines est un fait incontournable. Ce fait urbain, marqué par sa densité, est à la fois le terrain de nouvelles mises en concurrences et de nouvelles luttes qui s’y opposent…Les luttes locales urbaines peuvent jouer un rôle déterminant, construire de nouvelles émancipations et fédérer le peuple. 

Ce mercredi soir, j’assistais à la réunion de création d’un nouveau collectif d’habitants dans le 18e. L’objet de leur lutte ? S’opposer à la construction d’un grand magasin Carrefour, en face d’un supermarché, dans un quartier où tant d’autres projets d’intérêt général pourraient voir le jour. L’an passé, un collectif « Stop’Monop’ » s’était constitué dans le 10e pour un problème équivalent. Pour assurer « l’équilibre économique » d’un projet de construction de logements sociaux, il était prévu de céder les rez-de-chaussée à haut prix à cette enseigne. L’insuffisance des aides de l’Etat à la pierre, la baisse de ses dotations aux collectivités, le refus libéral de recourir plus fortement à l’emprunt, conduisent à ces choix pour forcer l’autofinancement de quelques logements sociaux en nombre insuffisants. 

Ce faisant, les bailleurs sociaux et la ville abdiquent leur rôle de protection du tissu social dans sa diversité. Pendant ce temps, les artisans et les petits commerçants de proximité sont chassés par la spéculation immobilière. Les espaces dédiés à la créativité, à l’associatif sont réduits à peau de chagrin pour laisser place à la mono-activité, à l’uniformisation du consumérisme effréné, sans rapport avec les vrais besoins des habitants. Ces stratégies sur les rez-de-chaussée participent à la gentrification galopante de la capitale.

Mais les habitants se rebiffent ! Les collectifs se montent, s’organisent, innovent dans leur lutte. Et on y retrouve une grande diversité tant socioculturelle que politique.

Ces luttes locales peuvent jouer un rôle déterminant dans l’émergence de la conscience de l’intérêt général. Comme les luttes dans l’entreprise révèlent les intérêts antagonistes entre d'un côté les salariés et de l'autre les actionnaires, la bataille pour le droit au logement et contre la hausse des loyers révèle les intérêts opposés entre les spéculateurs de l’immobilier, les politiques qui les servent, et les citoyens. Les mobilisations pour la défense des services publics révèlent la nécessité de s’opposer aux politiques d’austérité et aux intérêts privés qu’elles servent. Les collectifs qui se constituent contre l’implantation d’antennes relais, de panneaux publicitaires ou de grands projets inutiles et imposés tels que la Tour Triangle à Paris, Europa-city dans le 95 et l’aéroport de Notre Dame des Landes, permettent d’élever le niveau de conscience des intérêts écologiques contre les intérêts privés capitalistes et productivistes. L’implication citoyenne dans son quartier via l’action d’éducation populaire des centres sociaux et associations, ou dans une Amap, un SEL, un fablab’, sont autant d’expériences qui permettent également de réaliser que l’on peut, ensemble, penser autrement la satisfaction de nos besoins de façon solidaire, écologiquement responsable et à la barbe du système.

Les classes populaires sont durement touchées par la crise et par une ségrégation sociale accrue de l’espace urbain du fait de la spéculation immobilière et des processus de gentrification. Mais les « classes moyennes », concept fumeux jamais défini - parlons plutôt des couches moyennes du salariat - sont en train de faire à leur tour l’expérience du déclassement social et de la dégradation de leurs conditions de vie. Ayons conscience que si la mise en mouvement des classes populaires est essentielle, le décrochage idéologique des couches moyennes est déterminant. Nous devons travailler également à leur mise en mouvement ; nombres de luttes et d'expériences collectives en ville peuvent le permettre.

L’espace urbain peut éclairer à quel point les citoyens sont interdépendants, non seulement pour satisfaire leurs besoins, mais aussi pour préserver le cadre écologique essentiel dont dépend leur qualité de vie et parfois leur vie même. Ce n’est pas la main invisible du marché, la concurrence effrénée vers des solutions individuelles, qui peuvent être la réponse. Bien au contraire : la réponse est collective, qu’elle se traduise en politiques publiques, en nationalisation ou municipalisation, ou en initiatives citoyennes, coopératives ou associatives. Elles permettent de faire émerger des radicalités concrètes, alternatives au capitalisme : telle que la gratuité de biens fondamentaux comme l’eau ou la réappropriation collective de l’espace collectif en dehors du marché, comme l’incarnent les combats contre l’envahissement publicitaire.  

Patiemment, nous devons donc travailler à faire progresser la conscience de l’interdépendance dans la ville, ce que certains ont pu nommer hier « l’urbanité républicaine », parce qu’elle contribue à l’émergence de la conscience du peuple qu’il doit se mêler de tout et faire reculer les intérêts privés. Comme la conscience des intérêts communs des salariés dans leur collectif de travail qui émerge dans la lutte est le facteur déterminant de la conscience de classe, le fait urbain peut contribuer à de la conscience républicaine, celle qui donne envie de se mêler de la chose publique non pas pour définir ce qui est bon pour soi, mais bon pour tous. Celle qui fait prendre conscience que le système marche sur la tête. Celle qui donne l’audace de penser que la vie douce pour tous serait possible avec d’autres choix, radicaux et concrets, écologiques et sociaux. En un mot : écosocialistes. Investir ces combats crée de l’unité : de l’unité entre des histoires politiques, culturelles et sociales diverses.

Ce ne sont pas forcément ces combats qui feront craquer le système. Mais ils font émerger de la conscience, rendent acteurs de leur vie celles et ceux qui ne veulent plus subir. Permettent des victoires, mêmes petites, qui redonnent de la confiance.

Et cette confiance, elle est déterminante. Pour que, lorsque l’actualité le permettra, lorsqu’un fait mettra plus en évidence toute l’absurdité du système, le travail de longue haleine des militantes et des militants éclaireurs de conscience et déclencheurs de luttes que nous sommes porte ses fruits : des citoyennes et citoyens éclairés seront prêts à se soulever. Construire, par des actions communes et concrètes ancrées dans le réel, nos émancipations urbaines au service de la révolution citoyenne : ce n’est pas l’unique clé, mais c’est une étape nécessaire pour ne pas dire essentielle. 

J'entends bien mettre toute mon énergie dans ces luttes locales concrètes. Reprendre du pouvoir d'agir sur nos vies, dans la ville, fait partie intégrante du processus à construire plus large : celui du peuple qui exige le changement des règles du jeu, pour la convocation d'une assemblée constituante, pour la 6ème République....

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