Danielle Simonnet
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Billet de blog 13 févr. 2015

Paroles laïques et actes antilaïques: la duplicité d’Anne Hidalgo…

Après l’unanimité des « Nous Sommes Charlie », après les grands discours laïques, les faits ont la vie dure. A Paris, lors du précédent conseil, Madame Hidalgo comme l’ensemble des groupes ont dévoilé leur complète duplicité. J’ai néanmoins arraché une belle victoire : il n’y aura plus de subventions facultatives accordées aux collèges privés. Convictions ou opportunité austéritaire ? Retour sur les grands écarts entra paroles et actes à Paris.

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Après l’unanimité des « Nous Sommes Charlie », après les grands discours laïques, les faits ont la vie dure. A Paris, lors du précédent conseil, Madame Hidalgo comme l’ensemble des groupes ont dévoilé leur complète duplicité. J’ai néanmoins arraché une belle victoire : il n’y aura plus de subventions facultatives accordées aux collèges privés. Convictions ou opportunité austéritaire ? Retour sur les grands écarts entra paroles et actes à Paris.

Durant la mandature précédente, je n’ai cessé avec Alexis Corbière de défendre la laïcité. Bien que dorénavant seule au Conseil de Paris, je poursuis la bataille laïque. A ce Conseil de Paris de février, je suis intervenue pour contester la proposition de la Maire d’organiser une conférence annuelle d’entente mutuelle invitant tous les chefs religieux et les associations laïques, j’ai voté contre la délibération relative à l’Institut des cultures de l’Islam et je me suis opposée à l’ensemble des financements publics à des structures confessionnelles.

Refusons l’assignation communautaire, la confessionnalisation de l’espace public

La Maire de Paris, le 21 janvier dernier, a dit vouloir réunir chaque année à l'Hôtel de Ville une conférence du partage, réunissant les autorités religieuses et les associations du mouvement laïc, et la première édition est censée se tenir le 12 mars prochain. Mais la laïcité, ce n'est pas de rassembler une fois par an les représentants des autorités religieuses. Nous n'avons pas à assigner les citoyens parisiens à une quelconque appartenance religieuse de croyance ou de non croyance. Cela relève de la sphère privée.

Beaucoup de croyants ne souhaitent pas être représentés par les dignitaires de leur propre communauté religieuse. Et personne ne peut représenter les agnostiques ou les athées. Une telle conférence de partage n’a pas lieu d’être. C'est juste un non-sens : les élus de la République ne doivent pas contribuer à assigner certains de leurs concitoyens à une communauté religieuse supposée ou réelle. Le rôle d'un-e élu-e de la République n'est pas de dialoguer avec les représentants des diverses communautés religieuses, mais de souder l'ensemble des citoyen-ne-s autour du triptyque "liberté, égalité, fraternité" garanti par le principe de laïcité.

Il est par contre nécessaire de contribuer à défendre la laïcité et de renforcer l'adhésion des citoyens et des citoyennes à ce principe essentiel qui garantit la liberté de conscience, la liberté d'exercice du culte, comme son absence d'exercice, l'égalité de toutes et de tous, quelles que soient les orientations religieuses, philosophiques ou spirituelles. Et il est urgent de lutter contre la montée des actes racistes, des actes antisémites, comme antimusulmans, qui alimentent la théorie du choc des civilisations, et c'est notre tâche.

La Mairie de Paris hélas n’entend pas renoncer à ce projet de conférence de partage et mon voeu a été rejeté. Elle confond laïcité et tolérance, et sombre dans l’assignation communautaire. Ce glissement théorique majeur la fait basculer dans le  clientélisme, à moins que ce ne soit le clientélisme déjà organisé sous Bertrand Delanoë qui n’ait conduit à cette dérive théorique.  

La confusion entre culturel et cultuel, l’exemple flagrant de l’Institut des cultures de l’Islam.

Voici comment l’exécutif parisien justifie la création de l’Institut des cultures d’Islam dans le secteur de la Goutte d’Or, écrit noir sur blanc sur la délibération : en considérant le quartier comme “emblématique d’une présence musulmane désormais inscrite dans l’histoire de Paris”. Ils assignent ainsi les habitants d’un quartier à une communauté religieuse.

Je récuse la réduction et l’amalgame entre immigrations et religion. L’histoire de tout Paris est étroitement liée à l’histoire de l’immigration et ne saurait être déformée et réduite aux faits religieux. Nous n’avons ni à trier entre français et résidents étrangers, ni à trier en fonction des croyances. Les croyances ou non croyance des habitants d’un quartier, comme celles des élu-e-s, ne concernent que la sphère privée. Et ensemble, avec nos histoires, nous devant faire France de tout bois !

La majorité parisienne semble par ailleurs ignorer que l’on peut venir d’un pays non laïque où une religion d’Etat est imposée, et être aussi bien athée que croyant. Quel paradoxe, alors que la ville s'apprête si justement à attaquer Fox news pour ses déclarations relatives à certains de nos quartiers qui seraient des “No-go-zones” pour les non musulmans, que de déclarer certains quartiers “emblématiques d’une présence musulmane”. Cette confessionalisation de l’espace public, cette vision communautarisante sont inacceptables.

Je pense à mes amis du Front Populaire Tunisien qui ont perdu certains de leurs dirigeants, comme Mohamed Brahmi et Chokri Belaid, assassinés par la même bande que ceux de Charlie hebdo et de l’Hyper Casher, en Tunisie parce qu’ils se battaient pour une constitution laïque dans le processus de la révolution citoyenne tunisienne. A quelle communauté la maire de Paris veut-elle donc assigner les résidents étrangers tunisiens à Paris ? Est-ce ainsi que l’on honore le combat laïque pour lequel nos amis ont été assassinés le mois dernier ?

Ni Paris ni la République n’ont à être transformés en mosaïque pluriconfessionnelle ! Quelle erreur de croire qu’on serait plus efficace dans le combat contre le racisme anti musulman qui se développe de façon inquiétante dans notre pays en remettant en cause la laïcité. C’est l’inverse. La Laïcité nous protège, nous émancipe. Elle est garante de nos libertés de croire ou de ne pas croire et nous permet de vivre ensemble.

Sur ce projet, La maire de Paris et son équipe appliquent les préconisations du rapport Machelon de 2006 commandé par Sarkozy qui visait à remettre en cause la loi de 1905 afin de permettre aux communes de financer les cultes en s’appuyant sur la confusion entre le culturel et le cultuel.

La délibération relative à l’Institut des Cultures de l’Islam revendiquait “l’enjeu déterminant du projet est la juxtaposition des activités culturelles et cultuelles”. Je dénonce la ruse qui consiste à financer le culte en finançant la culture. Je dénonce l’usage du mot culture comme soumission statique à la tradition, alors que la culture dynamique c’est le dépassement critique de cette tradition, en vue de l’émancipation ! Je dénonce l’amalgame entre culture et religion. Je me suis permise lors de mon intervention au Conseil de Paris de rappeler à Madame la Maire que l’Espagne nationale-catholique brimait les athées au nom de la culture espagnole, et tout récemment a remis en question le droit à l’IVG au nom de cette même culture.

La Goutte d’Or gagnerait pour son vivre ensemble à bénéficier d’un Institut Transculturel. Un lieu d’éducation populaire culturel. La culture est faite d’échanges, elle est l’échange, et c’est en cela qu’elle nous émancipe. L’assigner à une résidence communautaire, qui plus est religieuse, c’est l’enfermer et nous enfermer. Et c’est tuer notre vivre ensemble ou le condamner à la guerre civile. C’est là tout l’objectif des tenants du choc des civilisations, que je ne cesserai de combattre.  

« Fonds publics à services publics », laïcité et austérité…

La République ne reconnaît ni ne finance aucun culte. C’est à la communauté de croyants de financer leur lieu de culte ou leurs « services » communautaires.

Le clientélisme électoral des élu-e-s PS leur fait fouler au pied la laïcité comme émancipation, reproduire honteusement les ruses de Sarkozy pour contourner la Loi de 1905. Ils détournent l’argent public pour des religions qui n’engagent que leurs fidèles alors même que nombre de services d’intérêt général sont en souffrance faute de crédits ! Bref ils sacrifient l’intérêt général sur l’autel de l’intérêt particulier. Je leur ai relu le décret de Ventôse An II : « nul citoyen ne doit être contraint de financer un culte ». Mais ils ne cessent de contredire leurs beaux discours laïques par des pratiques antilaïques !

A Paris, quand on décide, dans tel quartier, de financer des crèches confessionnelles, loubavitch, dans tel autre quartier des crèches des associations familiales catholiques (AFC), quand on décide de financer au-delà de l'obligation, à travers des subventions facultatives, les collèges privés catholiques, des bâtiments religieux comme les travaux du temple protestant, qui ne sont  ni propriété publique, ni monument historique, on outrepasse, on foule du pied les principes mêmes de la laïcité et de cette séparation stricte entre les églises et l'Etat.

Quel scandale que de le faire à Paris, capitale des lumières, capitale de la Révolution française, de tout cet héritage, près de 300 ans de luttes laïques ! J’ai donc présenté un autre vœu à ce conseil contre l’ensemble de ces financements, qui a été bien évidemment rejeté.

Par contre, après être intervenue sur une délibération contre une subvention facultative à 3 collèges privés catholiques, bataille que je mène depuis le début de la mandature, j’ai arraché une belle victoire : Me répondant, l’adjointe au maire chargée des affaires scolaires a déclaré s’engager à ne plus dorénavant renouveler par la suite ces subventions facultatives.

Reste une grande question : Ai-je convaincu cette élue, ou aider cette élue à convaincre l’exécutif sur le fond ? Ou bien s’agit-il d’une aubaine en ces temps de soumission à l’austérité, d’économiser au moins 340 000€ par an ? En clair, les 340 000€ dépensés (subventions accordées en octobre et en février) seront-ils affectés l’an prochain aux collèges publics ou seront-ils « aspirer » par la réduction des dépenses publiques ? J’espère que les syndicats enseignants et les associations de parents délèves des établissements publics s’engageront dans cette bataille. Car sans rapport de force social et citoyen, je ne pourrai seule l’emporter.

La bataille laïque demeure esentielle, constitutionnalisons-la.

La laïcité est le principe d'organisation de notre République. J’espère que nous saurons mettre en mouvement le peuple pour l’exigence de la convocation de l’assemblée constituante. La laïcité devra être réellement inscrite dans notre constitution pour l’ensemble de ses territoires. La laïcité établit, par la séparation des églises et de l'Etat, que le religieux relève de la sphère privée, et n’a pas à régenter l’espace public. La laïcité, ce n’est pas une arme contre les religions. Elle reconnaît tous les citoyens sans assignation et les traite à égalité. Pas de privilèges publics pour les religions, ni pour l’athéisme. C’est la condition de l’exercice de la citoyenneté, qui ne doit souffrir d’aucun dogme, d’aucune vérité révélée. C’est donc ce qui permet d’exclure tout délit de blasphème. « Etre Charlie » pour moi, est et restera de défendre sans concession ce principe essentiel émancipateur : La Laïcité, contre tous les « Oui-Mais assassins », comme le disait Marika Bret à la cérémonie le jour de l’enterrement de Charb.

Poing levé comme toi, camarade, on continue. 

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