Au nom de nos libertés, refusons l’état d’urgence permanent !

La République a été frappée de nouveau. Là où il aurait fallu répondre avec plus de République, donc plus de démocratie, de Liberté, d’Egalité et de Fraternité, notre pays, par l’intermédiaire de son président est en train de basculer dans une dérive autoritaire et sécuritaire en voulant non seulement prolonger l’état d’urgence de trois mois, mais aussi  constitutionnaliser l’état d’urgence en le rendant de fait permanent.

La République a été frappée de nouveau. Là où il aurait fallu répondre avec plus de République, donc plus de démocratie, de Liberté, d’Egalité et de Fraternité, notre pays, par l’intermédiaire de son président est en train de basculer dans une dérive autoritaire et sécuritaire en voulant non seulement prolonger l’état d’urgence de trois mois, mais aussi  constitutionnaliser l’état d’urgence en le rendant de fait permanent.

 

Si le peuple sait qu’il doit revendiquer qu’il ne doit pas avoir peur, la peur est néanmoins là. Mais, comme le disait Nelson Mandela, “Le courage n’est pas l’absence de peur, mais la capacité de la vaincre.” Notre pays doit donc réagir et les représentants du peuple que sont nos parlementaires, sont face à un choix qui nous engage toutes et tous et qui est crucial :

La restriction de nos libertés publiques et individuelles est-elle la bonne réponse nécessaire pour garantir la sécurité de nos concitoyen-ne-s ?

 

Je ne le pense pas. je suis même convaincue du contraire. Cette citation de Benjamin Franklin, très fortement partagée sur les réseaux sociaux est toujours criante d’actualité : "Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l'une ni l'autre et finit par perdre les deux."

 

La période est à la surenchère sécuritaire mais pas à l’efficacité de la sûreté et de la sécurité.  Notre sécurité intérieure nécessite plus que jamais un Etat bien présent, pour faire respecter ses lois et les faire appliquer et garantir le droit à sûreté de toutes et tous. Dès le lendemain des attentats, tout le monde unanimement, et c’est heureux, a salué le dévouement des forces de l’ordre, des gendarmes, des pompiers. Preuve de l’importance du rôle de tous ces fonctionnaires. Or, les fonctions régaliennes de l’Etat sont à bout de souffle. Partout du terrain, policiers, gendarmes, pompiers nous alertent de l’insuffisance totale de leurs moyens humains. Le Président de la République a enfin reconnu les erreurs de son propre gouvernement comme des précédents en déclarant que « le pacte de sécurité [devait être] supérieur au pacte de stabilité ». Alain Juppé lui-même a également déclaré à l’émission de Jean-Jacques Bourdin au sujet de la nécessaire création de postes pour la sécurité "Nous avions sans doute eu tort, avant 2012, d'en supprimer des milliers". Les dirigeants du PS et de LR comme du FN autant acquis à l’austérité, réalisent donc l’erreur des politiques de baisses des dépenses publiques qui conduisent à diminuer le nombre de fonctionnaires de police, de gendarmerie, de l’armée, des douanes, de la justice, sans parler de la santé (encore plus attaquée par l’austérité). Hélas, les créations d’effectifs annoncées restent encore bien en deçà des besoins. Pour la police cela ne correspond qu’aux promesses de Hollande de 2012. Par ailleurs, alors que Hollande lançait sont discours martial-sécuritaire devant le Congrès, les fonctionnaires de police sur le terrain, eux, recevaient un courrier de leur administration leur demandait s’ils tenaient à conserver leur titre de transport, jusqu’ici automatiquement et intégralement pris en charge. Il n’y a pas de petites économies... Quelle indécence que cette dérive comptable visant à restreindre des droits de ceux dont le rôle est si déterminant… L’administration de la police n’a t-elle donc pas mieux à faire après les terribles évènement ? De plus, à quelques semaines de la COP21, encourager d’autres moyens de transports plus polluants que les transports publics, ça fait plus que désordre…

 

Mais que fait par ailleurs la police ? Depuis Sarkozy, elle est soumise à la politique du chiffre. En clair, arrêter 10 personnes en situation administrative irrégulière pour défaut de titre de séjour, cela vaut 10 résolutions d’infractions… Bien plus rentable pour afficher l’efficacité d’un commissariat et être bien noté que de résoudre 10 enquêtes ou simplement être réellement sur le terrain… Résultat, l’explosion des contrôles au faciès, pratique discriminatoire condamnée normalement par la loi comme toute discrimination, n’a cessé depuis 2001. Ces conduites illégales ont non seulement été encouragées par un ministre après les attentats déjoués du Thalys, mais le gouvernement lui-même a fait appel au jugement de cet été rendu en faveur du collectif “Stop le contrôle au faciès”, qui condamnait l’Etat pour ces pratiques.

 

Les annonces relatives à la déchéance de la nationalité des binationaux nés français qui n’empêcheront jamais aucun acte terroriste ne constituent qu’une com’ nauséabonde pour couper l’herbe sous le pied de la droite extrême et de l’extrême droite. Mais cela ne fait que valider leur victoire culturelle ! Quelle capitulation idéologique impardonnable ! Ils encouragent la stigmatisation et remettent gravement en cause l’indivisibilité du peuple en catégorisant les français. Le racisme anti immigrés, anti réfugiés, anti musulmans (réels ou supposés) va hélas continuer de plus belle à prospérer ! Pire encore, le fait qu’un Président et qu’un gouvernement qui se disent de “gauche” en viennent à accepter d’étudier la rétention de personnes fichées pour radicalisme, c’est à dire d’envisager l’internement “par précaution” avant même qu’un quelconque crime ne soit commis est le signe d’une déchéance idéologique majeure, ouvrant la porte aux pires Guantanamo.

 

Et pendant ce temps là, aucune interrogation sur les causes sociales et idéologiques de ces radicalisations. Ne serait-il pas grand temps de cesser les politiques de ségrégations spatiales et sociales ? De s’attaquer aux inégalités, lutter contre la précarité et le chômage et son lot de détresse sociale ? Lutter contre les discriminations et construire l’égalité réelle en acte dans tous les quartiers comme en zone rurale ? De mettre le paquet sur l’éducatif, éducation nationale, éducation populaire, prévention judiciaire de la jeunesse, accompagnement aux droits, à l’emploi, la culture sous toutes les formes ? Rien. Pas un mot. Pour ces politiques fondamentales au service de l’émancipation, rempart contre tous les obscurantimes, il n’y a guère que les coups de rabot d’austérité d’envisagés. Hannah Arendt disait pourtant, évoquant la banalité de ceux qui obéissent à des ordres sanguinaires “C’est dans le vide de la pensée que s’inscrit le mal.”

 

Dans la lutte contre le terrorisme, il est plus que temps de cesser l’illusion du renseignement 2.0. Cesser la mystification des nouvelles technologies comme la solution miracle, pour remettre les moyens humains dans la filature réelle, physique. L’ancien juge antiterroriste Marc Trevidic ne cesse de le dire : Il faut avoir les effectifs permettant la filature des personnes fichées. Il faut également renforcer les effectifs du judiciaire et les coopérations afin de permettre le recueillement de preuve et les arrestations. Les moyens humains devraient être multipliés par deux !

 

Mais au lieu de cela, les gouvernements se succèdent et après chaque terrible évènement, l’arsenal législatif se superpose. Quand donc seront prévu le bilan et l’évaluation des 10 lois antiterroristes consécutives en 10 ans qui n’ont aucunement empêché les terribles attentats de vendredi 13 ? La dernière loi sur le renseignement constituait déjà une grave remise en cause de nos libertés. Généralisant les mises sous écoute, mesure totalement inopérante mais prétexte pour la mise sous surveillance de toute la population, elle accordait des pouvoirs aussi larges que flous au premier ministre, sans aucun contrôle et s’affranchissant du juge judiciaire.

 

Que s’apprête à imposer le Président de la République et le gouvernement ? D’aggraver plus encore la situation. La prolongation de 3 mois de l’état d’urgence, et bien pire encore car quasi irréversible, la constitutionnalisation de l’état d’urgence pour instaurer un état d’exception permanent va terriblement renforcer les pouvoirs du président et restreindre nos libertés. En situation d’état d’urgence, les préfets peuvent décréter les interdictions de manifester. D’ores et déjà, la manifestation mondiale pour le climat prévue le dimanche 29 novembre pourrait être interdite. La COP21 pourrait se faire en huis clos, bien bunkerisée, avec la très bonne présence des multinationales, sponsors et lobbies contre le climat sans s’embarrasser de la mobilisation citoyenne… Les grèves pourront également être interdites.

Les perquisitions, tout à fait possible hors état d’urgence et y compris décidées par la police, ne dépendront pas de décisions judiciaires, qui du fait de l’indépendance de la justice garantissent le respect des droits, permet d’éviter des abus, mais elles deviendront administratives dans un cadre de fait “de non droit” instauré par l’état d’urgence pérennisé, étendant considérablement les pouvoirs de la police. D’ores et déjà, comment nier que la criminalisation du mouvement social s’est de fait poursuivie et aggravée après le gouvernement de Sarkozy ? N’acceptons pas cette instauration de facto d’un état d’exception quasi permanent.

 

Cette réforme de la constitution va se faire de fait très certainement sans le peuple, sans recours une fois de plus au référendum. La 5ème République, régime quasi de monarchie présidentielle, qui accorde d’ores et déjà un pouvoir exorbitant au Président va donc une fois de plus renforcer ses propres dispositions antidémocratiques.

 

Comment ne pas craindre les nombreux abus possibles, qui plus est dans le contexte de la montée de l’extrême droite ? Mais il est vrai que nos dirigeants PS comme LR en sont à un tel niveau de banalisation du FN et de lepénisation des esprits qu’ils appliquent de fait déjà des mesures du programme du FN avant même leur accession possible au pouvoir comme l’a dénoncé Jean Luc Mélenchon.

 

Des lâches criminels ont attaqué la République, ne laissons personne poursuivre le travail.

Peuple libre résiste, résiste sans relâche…

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