De Macron à Hidalgo, ubérisation et privatisation

Les taxis, ambulanciers et autoécoles se mobilisent contre la loi LOM. Le secteur des transports constitue un business potentiel juteux. Paris est ainsi le monopoly du déploiement de l’ubérisation et des privatisations. Pourquoi la maire de Paris, Anne Hidalgo, ne s’oppose-t-elle pas à cette logique bruxelloise et macronienne ?

De Macron à Hidalgo, ubérisation et privatisation

 

L’Assemblée nationale reprend ses travaux sur la loi d'orientation des mobilités (LOM), fortement impactées par la transposition dans le droit français des traités et directives européennes. Ce 20 mai, je suis allée avec Leila Chaibi, candidate France Insoumsie aux élections européennes, soutenir la mobilisation des taxis, des autoécoles et des ambulanciers contre l’ubérisation accélérée par cette loi. Elle était il y a deux semaines à Madrid, avec Podémos, notre partenaire de Maintenant le peuple, aux côtés des travailleurs qui subissent cette ubérisation en Espagne, les taxis et les livreurs à vélo. La semaine passée, c’était avec Loïc Prudhomme, député FI très impliqué contre cette loi que nous avions fait une vidéo. L’occasion de revenir par cette note de blog sur le sujet des transports. Pouvoir se déplacer en ville comme à la campagne et notamment dans la capitale en polluant le moins possible devrait être une question majeure, au moment où les dernières études nous alertent sur les morts prématurés par an du fait de la pollution et l’enjeu de mener une bataille acharnée pour gagner chaque dixième de degré face au réchauffement climatique. Mais il n’en sera rien. L’emballage com’ habituel ne fait pas illusion : il s’agit de casser les professions réglementées du transport et de démanteler les services publics. Les transports constituent un business potentiel juteux. Paris est ainsi le monopoly du déploiement de l’ubérisation et des privatisations. Pourquoi la maire de Paris, Anne Hidalgo, ne s’oppose-t-elle pas à cette logique bruxelloise et macronienne ?

 

Avec le développement de l’ubérisation, les VTC ont envahi la capitale, au mépris de l’urgence écologique de réduction du trafic, imposant au passage une concurrence déloyale à la profession de taxi. Pas une seule fois au Conseil de Paris l’adjoint EELV d’Anne Hidalgo n’a voulu se préoccuper du sujet ! Tous mes voeux ont été rejetés. Et côté gouvernemental ? Pire. Macron achève son travail entamé sous la Présidence Sarkozy, via le rapport Attali dont il fut le rédacteur. Il a sa revanche : ce qu’il n’avait pas réussi à imposer dans la loi travail, il l’impose dans cette loi LOM. Moyennant des pseudos compensations sociales, toute aspiration à la requalification en salarié des chauffeurs VTC sera définitivement proscrite alors même que des procédures en justice en la matière sont en passe d’aboutir. Pour compenser les fermetures de petites lignes en zone rurale, provoquées par la casse de la SNCF, le transport occasionnel à titre onéreux par des particuliers sera autorisé, alors même que les plateformes Heetch et Uberpop avaient été condamnées à fermer. Pour rédiger cette loi LOM, le gouvernement avait organisé des Asssises de la mobilité. L’une de ces réunions de travail avait précisément été présidée par un dirigeant de la plateforme Heetch... La loi LOM reprend par ailleurs une note de Nelly Kroes, ex membre de la Commission européenne chargée de la Concurrence puis des Nouvelles technologies, embauchée depuis par Uber pour ses bons et loyaux services de lobbying… La loi LOM va également légaliser les Tuk-Tuk pour touristes et ubériser les autoécoles. En réduisant l’usager-citoyen à un consommateur, c’est un vaste marché à la sauvette qui est imposé.

 

Parallèlement à l’ubérisation, la libéralisation impose ses privatisations tout azimut. Toujours dictée par Bruxelles et appliquée par Macron, l’heure est à la mise en concurrence des lignes de bus, puis des tramways et de toute la RATP entre 2021 et 2024. Pour chaque ligne de bus, un marché avec appel d’offres sera ouvert. Les enchères sont lancées. La RATP est condamnée à créer des filiales pour postuler sur chaque ligne et nombre d’entreprises s’y donneront à coeur joie. Les premiers impactés seront les salariés de la RATP comme hier les agents de la SNCF. A moyen termes, le scénario logique, quoi qu'on nous dise, est la remise en cause des stations et lignes moins fréquentées à l’instar de la SNCF ainsi que la tarification unique. Là encore, le conseil de Paris a rejeté mes voeux de résistance.

 

Jouant le rôle d’accélérateur de la financiarisation de la capitale, l’approche des jeux Olympiques de 2024, accélère la grande marchandisation des transports. La Gare du Nord va être privatisée pour laisser place à un nouveau centre commercial du luxe. Alors que le RER B mériterait d’être repensé vu la saturation de sa fréquentation, c’est le Charles de Gaulle Express, à 23€ le ticket qui est priorisé pour relier la gare de l’Est à l’aéroport. Ce dernier, privatisé, va se voir accorder la création d’un nouveau terminal T4 augmentant son trafic de 40 millions de voyageurs par an en plus des 70 millions actuels. Une croissance irresponsable quand on sait l’impact CO2 des vols qu’on devrait limiter voir interdire drastiquement pour les lignes intérieures. Mais la Maire de Paris n’en dit mot, comme si les particules fines respectaient la limite du périphérique.  

 

Et pour achever le tableau, c’est la prolifération des trottinettes du free-floating qui envahit l’espace public parisien. Le Conseil de Paris aurait pu assumer, comme les villes de Miami et de San Francisco de l’interdire tel que je le proposais. Mais son unique préoccupation fut d’en faire une nouvelle source de recette pour les caisses de la ville ! L’exaspération est à son comble devant l’encombrement de ces engins sur les trottoirs qui n’ont une durée de vie en moyenne que de 28 jours et dont le modèle social repose sur des “chasseurs de trottinettes” payés à la tâche comme au 19e siècle.

 

La question des transports illustre bien l’enjeu écologique et social de sortir des traités européens et de défendre les biens communs contre les prédateurs extrémistes de la logique du tout marché. Macron comme Hidalgo ont choisi la défense des intérêts financiers contre les professions réglementées et les services publics au mépris des salariés et des usagers.

Le 26 mai, élisons un maximum de députés France Insoumise qui se battront contre les lobbys de l’ubérisation au parlement européen ! Tout peut et doit changer !




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