Pour des Assemblées des communs ! Ma réponse à l’adresse du PCF Paris

L’essentiel du bilan de l’actuelle majorité municipale tient en 3 mots : gentrification, bétonisation et privatisations. L’enjeu des prochaines élections municipales et l’avenir de notre ville passent par des listes citoyennes, soutenues par les forces politiques conséquentes attachées à l’émergence d’une alternative à cette financiarisation de la ville, antisociale et anti écologique.

Dans un courrier adressé aux forces de gauche et écologistes parisiennes ainsi qu’au PS parisien, le PCF Paris propose une démarche de rassemblement pour les élections municipales à Paris.

Comme on sort d’une longue séance de 4 jours de Conseil de Paris, et que le courrier m’était également adressé, je tiens en tant que conseillère de Paris à donner mes éclairages sur cette proposition à la lumière des plus récentes délibérations.

A ce conseil était soumis au vote le compte administratif 2018. Toute la majorité, PCF compris, a adopté ce compte qui se félicite d’une hausse contenue de 0,46% des dépenses de fonctionnement et d’un endettement sur 9,38 années, quand la contractualisation signée avec Macron imposait respectivement une hausse des dépenses de fonctionnement maximum de 1,14% et une capacité d’endettement plafonnée à 12 ans. La majorité municipale parisienne va donc plus loin dans l’austérité que ne l’exige la Macronie.

Lors du vote sur la contractualisation, l’an dernier, les élu-e-s communistes ont refusé de s’y opposer alors même que la Ville de Paris aurait dû le faire : parce que ses moyens budgétaires le lui permettaient (à la différence d’une écrasante majorité de collectivités prises à la gorge), que son statut de capitale et son histoire de contre-pouvoir lui en faisaient en quelque sorte le devoir! Mais la capitale a capitulé.

Résultat, le chantage libéral à la dette est l’argument sans cesse mis en avant dans la logique systématique d’autofinancement. À chaque nouveau projet d’urbanisme, les nouveaux logements sociaux ou équipements publics ne voient le jour qu’adossés à des projets aggravant la spéculation foncière, la mainmise d’intérêts privés et au mépris des exigences écologique qui devraient conduire à préserver des espaces de respiration non construits, la pleine terre, de vraies friches, et à refuser des tours énergivores garnies de bureaux inutiles et de chambres d’hôtel cinq étoiles, le recours massif au béton et à l’oligopole des géants du BTP!

A ce conseil, de nouvelles privatisations ont été engagées, sous couverts de CODP (convention d’occupation du domaine public), de DSP (délégation de services publics) et autres stratagèmes d’initiés pour marchandiser la ville. Nous nous retrouvons parfois ensemble pour s’y opposer. Parfois trop tardivement comme ce fut le cas pour la privatisation des crématoriums, pour laquelle vous avez voté contre mais un an après avoir accepté le mode de gestion DSP qui allait y conduire. Prenons un exemple emblématique : l’Hôtel Dieu. L’AP-HP, présidée par la maire de Paris et en son absence par l’adjointe EELV à la santé, a décidé en accord avec la Ville de Paris, de « valoriser » un tiers de l’hôtel-Dieu. Comprenez : pour autofinancer le projet médical (au rabais) et ses travaux, y intégrer du logement social pour étudiants (sans doute en médecine ou en soins infirmiers ce qui est une bonne chose), il est prévu de modifier le Plan Local d’Urbanisme, afin qu’il ne soit pas uniquement fléché «équipement public de santé » et d’y accueillir des start-up de la « biotech », un restaurant gastronomique et des commerces ! Hélas, ni les élu-e-s PCF ni les élu-e-s EELV ni les élu-e-s Générations n’ont voulu voter mon vœu qui refusait la modification du PLU pour préserver la vocation hospitalière millénaire de l’Hôtel Dieu. Ni l’affichage d’objectifs en termes de logement social, ni les contorsions de Ian Brossat ne peuvent justifier le dépeçage de l’Hôtel-Dieu, sa privatisation partielle, de surcroît, en pleine grève historique des urgences!

Malgré une com’ particulière acharnée qui n’a que la mixité sociale à la bouche, la mairie de Paris a renoncé à mener une politique de réduction des inégalités seule capable de garantir le droit à la ville. Paris se vide de ses habitant-e-s, à commencer par les classes populaires qui ne sont plus que 25% (ouvriers et employés), quand ils représentaient 36% de la population parisienne en 2001. Au terme du cycle Delanoë-Hidalgo qui a joué aveuglément le jeu de la gentrification, condamnés à s’endetter face aux loyers exorbitants, ils quittent Paris. À vouloir contenir la dette publique, la dette privée explose, chasse ses habitant-e-s et les intérêts financiers font main basse sur la ville.

La seule dette qui devrait nous préoccuper est la dette écologique avec laquelle on ne négociera pas. Tout doit changer, il faut appuyer sur le frein et faire un pas de côté, prendre un tout autre chemin, inventer un avenir radicalement différent. Dans son courrier, le PCF le clame : « Nous ne voulons pas de la transformation de Paris en une ville déshumanisée et uniformisée, réservée aux touristes fortunés, aux parisien-ne-s les plus riches et aux propriétaires soucieux surtout de faire fructifier leur bien ». Mais la réalité de la politique de la majorité municipale pèse plus lourd que les grands discours. Qui a transformé Paris ainsi, à coups de fondations Louis Vuitton, LVMH et de JO? Où étaient les élu-e-s communistes quand la mairie a accordé comme jamais des permis de construire pour des palaces, vendu les Halles à Unibail et le siège du département à Bernard Arnault et Xavier Niel ?

L’exécutif municipal actuel, ceinturé par des adjoints macronistes et notamment le trio des lobbys (Missika, Girard, Martins), ne jure que par l’attractivité touristique et économique ! La ville met plus de moyens pour héberger et soutenir financièrement les start-up ou faire la course avec les mécènes du CAC40 pour  la cagnotte de Notre Dame que pour mettre à l’abri les sans-abris et les exilé-e-s. Aussi, comment nier que l’objectif de l’organisation des Jeux Olympiques constitue autre chose qu’un accélérateur de la financiarisation, gentrification et bétonisation de la ville et de la métropole aujourd’hui à l’œuvre ? Pourtant, les grèves et les marches pour le climat devraient convaincre la mairie qu’il est grand temps, avant qu’il ne soit trop tard, de tout changer et d’engager la ville dans une décroissance lucide au lieu de poursuivre tête baissée la fuite en avant. La trajectoire c’est le mur ou l’écologie - l’écologie sociale, l’écologie mentale : la barbarie économique ou l’intelligence collective.

Il y aurait encore bien d’autres exemples à puiser dans le bilan de cette mandature pour montrer que le cadre politique actuel est dépassé et que rien ne se fera pour l’intérêt général sans le peuple et une démocratie constante qui lie les enjeux du quotidien et du long terme.

Si la ville se vante sans cesse de faire preuve de démocratie participative, dans la réalité, les citoyen-ne-s ne sont associé-e-s que sur le secondaire, à l’instar du budget participatif (limité à 5% du budget d’investissement et verrouillé par des commissions contrôlées par la mairie), tandis que l’exécutif tranche sur l’essentiel (les JO, le travail du dimanche, la création d’une police municipale, la Tour Triangle, la mini Défense bis de Bercy Charenton, le refus de municipaliser de Vélib, la privatisation de la verbalisation du stationnement, l’accueil du free-floating et bientôt l’attribution de marchés pour les opérateurs des trottinettes, etc.)

Pour ma part, je pense que l’enjeu des prochaines élections municipales et l’avenir de notre ville passent par des listes citoyennes, soutenues par les forces politiques conséquentes attachées à l’émergence d’une alternative à cette financiarisation de la ville, antisociale et anti écologique. Des militant-e-s communistes, écologistes, sans exclusive, encarté-e-s ou non, peuvent y contribuer, des élu-e-s aussi, mais alors à la condition de s’engager clairement en dehors de l’actuelle majorité.

Je compte pour ma part mettre toute mon énergie au service de ces listes citoyennes : faisons le pari qu’il est possible de co-construire un programme, des listes avec les habitant-e-s eux-même, en fédérant toutes celles et ceux qui résistent, collectifs citoyens, militant-e-s associatifs, syndicalistes, et au-delà du seul enjeu du scrutin et quel que soit son résultat, faire perdurer des Assemblées des communs pour repenser complètement le rapport entre les représentant-e-s et les représenté-e-s et inventer de véritables contre-pouvoirs citoyens !

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