Le néolibéralisme de Macron met en danger notre République

Macron assume tout, ses paroles et ses actes. Il est bien le Président des riches et des lobbys dont la politique néolibérale vise à remettre en cause un à un les fondamentaux de la République.

Le néolibéralisme de Macron met en danger notre République



Lors de son allocution télévisée, Macron a tout assumé, ses paroles et ses actes. Il est bien le Président des riches, qui mène une politique néolibérale aussi violente que celle de Thatcher. C’est un Sarkozy plus jeune et dans un style plus calme mais bien plus radical. En gagnant l’élection présidentielle face à Marine Le Pen (et grâce à ce face à face voulu) il a pu s’introniser tel le sauveur de la République face aux fascistes. Son opposition, la France Insoumise, est attaquée de tous les termes possibles pour la faire passer comme anti républicaine. Mais dans les faits, la politique du Président Macron vise à remettre en cause un à un les fondamentaux de la République. Le néolibéralisme est dangereux pour notre République et ne peut que s’accompagner d’une dérive autoritaire.

 

Sa réforme du code du travail remet en cause la hiérarchie des normes et le principe de faveur. Tout est fait pour remettre en cause les droits des salarié-e-s et les contre pouvoirs syndicaux, dans un renforcement du pouvoir patronal. La loi ne s’applique plus à toutes et tous, et le dumping social encouragé renforce les intérêts particuliers. Face à l’augmentation du recours à l'intérim, il impose l’horizon de la généralisation de la précarité dans les contrats de travail. La défense de l’intérêt général et l’égalité de toutes et tous devant la loi est pourtant le premier principe socle de notre République ! Ceux qui luttent pour défendre leurs emplois et leurs droits, comme les travailleurs de GM&S sont dénigrés, liés à des violents et bloqueraient leur entreprise. Mais de quels violents parle le Président, les élu-e-s de la République gazés avec les travailleurs quand ils voulaient lui parler ? Le Président devrait rassembler le peuple, constitué de citoyen-ne-s égaux en droits, dans la défense de leurs droits, il ne cherche qu’à le diviser, en dénigrant ceux qui luttent.

 

A cette précarisation généralisée s’ajoute la défense des privilèges des rentiers. La suppression de l’ISF et la flat tax, instaurant un taux fixe sur les revenus du capital est une remise en cause du principe de progressivité de l’impôt. Les 10% les plus riches captent de fait plus de la moitié des baisses d’impôts. Cette injustice sociale est assumée et revendiquée : vouloir la redistribution des richesses est relégué au rang d’une jalousie des riches, et ces derniers sont glorifiés au rang des premiers de cordée, considérés comme les plus talentueux ! Les 3520 ménages les plus riches qui planquent plus de 140 milliards d’euros dans les paradis fiscaux sont donc remerciés. Faut-il rappeler à Macron cette phrase de Victor Hugo “C’est de l’enfer des pauvres qu’est fait le paradis des riches” ? Napoléon avait supprimé la progressivité de l’impôt sur le revenu instituée par Robespierre. Macron assume lui aussi son camp, celui des riches, de la défense des privilèges de la caste et non des droits du peuple.

 

Macron a insisté sur l’importance de la formation professionnelle, qui pourrait le contredire ? Sauf que de suite, son discours vise à culpabiliser les chômeurs, qu’il faudrait traquer afin de lutter contre les “multi-récidivistes du refus”. Seulement 120 000 emplois ne sont pas pourvus par an mais les chômeurs seraient responsables de leur situation et devraient prouver qu’ils recherchent bien un emploi ! Selon Macron il faudrait donc renforcer le flicage des chômeurs pourtant à son comble dans les Pôles emploi pressurisés par les sous effectifs ! La recherche des radiations va continuer à primer sur l’accompagnement réel aux droits et à l’emploi. Mais surtout, Macron envisage de briser la logique même de la mutualisation solidaire des risques et la responsabilisation des salariés dans sa gestion en cassant tout d’abord le paritarisme de l’assurance chômage et de la formation professionnelle. C’est la déresponsabilisation collective, la casse de toute solidarité autogérée au profit de l’individualisme et de la guerre de tous contre tous. C’est à toute la démocratie sociale héritée du programme du Conseil national de la résistance que le président des riches s’attaque, comme le souhaitait Kessler, ex patron du MEDEF.

 

Même lorsque la question de la lutte contre le harcèlement sexuel et le viol est abordée, Macron l’instrumentalise pour mépriser le peuple en stigmatisant les quartiers populaires. Alors même que l’affaire Hollywoodienne Weinstein et le flux historique de la parole libérée dans les réseaux sociaux autour de #BalanceTonPorc ou #MeToo exigerait de s’attaquer à la question de la domination masculine liée aux rapports de pouvoir, dans le cinéma, dans les médias, dans la politique, dans l’ensemble des milieux professionnels et donc aussi dans l’entreprise. Mais Macron n’a pas jugé utile d’avoir un ministère des droits des femmes et les moyens alloués ont chuté de 25% ! La PMA, nouveau droit, qui devrait être bien plus simple à instaurer que la casse d’un siècle d’acquis sociaux, sera une fois de plus le sujet mis en débat pendant une longue période, pour l’instrumentaliser comme sous Hollande le fut le mariage pour tous, afin de faire écran aux autres casses à venir de l’ordre social. La fraternité (hélas le terme est à réinventer dans une perspective non genrée !) qui aurait tant besoin d’égalité femmes hommes et de lutte contre le sexisme et les LGBTphobies est à nouveau piétinée.

 

Il affirme vouloir s’attaquer à la sélection injuste à l’université notamment contre le tirage au sort mais ne dévoile pas à l’antenne son projet de casse du baccalauréat comme diplôme national. En le réduisant à quatre matières en épreuve terminale et laissant tout le reste au contrôle continu, c’est bien à un diplôme d’établissement qu’il va le reléguer, cohérent avec sa volonté de renforcer l’autonomie des établissements. La fin du cadre national de l’Education et de ses diplômes, malmené par plus de sept années de réduction des budgets est une atteinte inouïe au principe républicain de l’égalité dans l’accès à la formation et la qualification du citoyen. Le mépris de l’enseignement professionnel, même pas abordé et l’hyper valorisation de l’apprentissage occulte ce constat essentiel qu’un quart des contrats sont rompus avant leur terme. Les belles promesse de donner plus de moyens aux zones les plus en difficultés étant faites à moyens constants, c’est à une dégradation générale de l’éducation nationale qu’il faut s’attendre, qui ne va qu’accentuer la reproduction des inégalités.

 

L’ensemble des services publics, saignés par une politique d’austérité renforcée pour satisfaire les injonctions de Bruxelles autant que pour les devancer, n’est pas abordée par le Président. Mais que l’on ne s’y trompe pas, l’objectif politique de ce néolibéralisme est bien de marchandiser l’ensemble des activités humaines et donc d’encourager la privatisation des services publics. Cette politique est antirépublicaine car il ne peut y avoir de République sans service public. Les services publics sont la propriété de celles et ceux qui n’en n’ont pas et ont vocation à rendre effectifs les droits du citoyen inscrits dans la constitution. La République, c’est la défense des biens communs, ressources naturelles finies comme services essentiels pour toutes et tous qui doivent être extraits de la logique lucrative d’exploitation privée. Le droit au logement qui devrait être considéré comme supérieur au droit de spéculer sur le logement est mis à mal par la casse annoncée du logement social. Le Président fustige la pseudo rente des organismes HLM pour mieux protéger la rente des spéculateurs de l’immobilier dont les loyers ne feront pas l’objet d’un encadrement à la baisse. Et résultat, sa politique va accélérer la privatisation du logement social au profit des spéculateurs privés !

 

La mise à mort des associations par la suppression des contrats aidés, ce gigantesque plan de licenciement, est une attaque sans précédent d’un des piliers de notre démocratie lié à la loi de 1901 sur la vie associative. La marchandisation n’a pour lui pas de limite ! Ces politiques d’austérité sont également amplifiées à l’encontre des collectivités qui devront supporter près de 13 milliards de baisses de dotations. Mais la démocratie ne se limite pas à l’exercice du vote tous les cinq ans ! C’est aussi l’ensemble des cadres de contre pouvoir, d’exercice démocratique indépendant de l’Etat permettant aux citoyen-ne-s d’avoir un pouvoir d’agir collectivement sur leur vie. Quand Macron diminue de 50 millions les budgets de l’audiovisuel public déjà à l’os, c’est la capacité d’une information et d’une culture indépendante du système oligarchique à l’oeuvre qu’il détruit. Quand Macron prévoit de renforcer les conventions entre Etat et collectivités c’est dans les faits pour conditionner les dotations aux engagements de réformes structurelles de baisses de la dépense publique, pression à la baisse de la masse salariale, privatisation de services, tel le chantage du coup d’état financier de la troïka contre le peuple grec. C’est bien à l’autonomie démocratique de gestion des communes que Macron s’attaque. La commune est pourtant le premier échelon républicain dans lequel s’exerce la souveraineté du peuple !

 

C’est que l’objectif politique des néolibéraux est bien de remettre en cause cette souveraineté du peuple. Le drapeau européen va être imposé à l’Assemblée nationale alors que les institutions européennes n’ont jamais cherché à se fonder sur un intérêt général européen commun aux peuples, mais ont placé au premier rang de l’union la concurrence libre et non faussée. Le Parlement du peuple est sommé de se soumettre au néolibéralisme européen, aux diktat de la finance et de ses valets technocrates. L’indépendance de la France déjà mise à mal par sa participation à l’OTAN le sera plus encore demain au vu des projets de défenses européennes. Avec le CETA, les dernières possibilités de résistance des instances démocratiques sont piétinées au profit du règne des lobbys et de leur justice privée que sont la création des tribunaux d’arbitrage privé. Le Président des riches et des lobbys, de la finance et de sa caste se moque bien de l’intérêt général. Quel est l’intérêt général le plus important si ce n’est la préservation des conditions de vie de notre humanité même dans notre écosystème ? Mais la question écologique n’aura pas été abordée lors de cette allocution télévisée. Macron se moque bien du climat et tous les arbitrages gouvernementaux actuellement en jeu risquent bien de se solder en faveur des intérêts des lobbys pollueurs.

 

Le Président Macron et son gouvernement défendent-ils par ailleurs la laïcité ? Ce principe d’organisation de la République essentiel qui garantit l’unicité du peuple devant la loi et sa souveraineté pour délibérer sur l’intérêt général en dehors de toute “vérité révélée” ? La loi de 1905 précise que l'État ne reconnaît, ne finance, ni ne subventionne aucun culte. Or le Ministre de l’Intérieur a décidé de mettre en place une "instance informelle de dialogue et de concorde" entre les responsables des principaux cultes, accordant un statut privilégié aux cultes, en rupture avec le principe d'égalité des droits entre tous les citoyens, croyants ou non, que permet la laïcité. Ce n’est pas étonnant quand on sait que Macron, ne s’est pas du tout offusqué que son même ministre de l’intérieur assiste comme chaque année au sommet de la colline de Fourvière à la cérémonie du voeu des échevins, au cours de laquelle le maire remet un "écu d'or" au cardinal Barbarin, pour le remercier de sa bénédiction de la ville !

 

Ce n’est pas un hasard de calendrier si l’état d’urgence est inscrit dans le droit commun en cette rentrée, si la répression du mouvement social s’amplifie. Ce n’est pas un hasard si Macron court après les pires mesures de Sarkozy comme le retour de la double peine vis à vis des résidents étrangers. L'inconditionnalité du droit d’asile est même remise en cause. Le néolibéralisme a besoin de diviser le peuple, de lui faire peur, de lui jeter en pâture des faux ennemis par amalgame. Ceux qui financent les terroristes comme Lafarge avec Daesh ne sont toujours pas inquiétés. Le renseignement humain comme la justice antiterroriste sont toujours en sous effectifs criants. Les politiques d'émancipation qui permettraient de lutter contre les fanatiques islamistes comme les groupuscules de l'extrême droite française sont totalement absentes des préoccupations de ce gouvernement. L’inscription dans le droit commun de l’état d’urgence est totalement inefficace pour lutter contre le terrorisme mais qu’importe. La contre révolution néolibérale a besoin d’autoritarisme et de remettre en cause les libertés fondamentales. Le Président Macron, en bon monarque va poursuivre l’exploitation des rouages antidémocratiques de la 5e. Et en grand défenseur de sa caste, il peut compter sur le parti des médias pour le soutenir dans la promotion de la culture dominante de la cupidité aux antipodes de l’éthique républicaine. Les attaques contre l’audiovisuel public par la baisse des moyens alloués à France télévision déjà à l’os n’est pas qu’une seule mesure d’économie, mais bien une attaque contre le service public d’information et culturel, indépendant financièrement des grandes entreprises qui tiennent plus de 90% des médias privés.

 

Alors que le rouleau compresseur du néolibéralisme macroniste casse la République sur son passage, répétons-le sans relâche : la République n’est pas un régime neutre. Sa devise, Liberté, Egalité, Fraternité, est en soi une orientation politique au service des émancipations. C’est la défense de l’intérêt général contre les intérêts particuliers, des biens et des services communs limitant et encadrant la propriété privée, une éthique républicaine nous sommant de délibérer non pas pour ce qui est bon pour soi ou pour certains mais pour toutes et tous. Non seulement le néolibéralisme est incompatible avec la République, mais son programme vise bien à la détruire.

 

Plus que jamais, défendons la République, son idéal inachevé comme le disait Jaurès. Nous avons un programme pour cela, l’Avenir en commun. Continuons à défendre la convocation d’une assemblée constituante pour refonder le peuple autour des enjeux d’intérêt général, la règle verte et la redistribution des richesses ! Continuons à construire la France insoumise, dans les luttes, la rue et au cœur des quartiers, en phase avec les préoccupation de la quotidienneté de toutes et tous. Ce mouvement citoyen ouvert au service de l’action est essentiel pour fédérer le peuple et l’aider à reprendre confiance en lui-même et en sa capacité de s’auto-organiser dans la résistance et la reconquête !

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